Que veut dire janaza ?
Janâza (جنازة) vient de la racine j-n-z, qui évoque l'idée de couvrir et de rassembler. Les lexicographes arabes donnent au mot deux sens liés : le défunt étendu sur sa civière, et la civière elle-même. Certains distinguent janâza, avec un a, pour le mort, et jinâza, avec un i, pour le brancard. Par extension, le mot désigne l'ensemble des funérailles, et son pluriel janâ'iz donne son titre au chapitre des recueils de hadiths et des manuels de droit consacré à la mort.
En France, on rencontre les graphies janaza, djanaza ou janazah. L'expression la plus courante est salât al-janâza, la prière funéraire accomplie sur le défunt. Les musulmans turcs disent cenaze, ceux du sous-continent indien namaz-e janaza. Le mot ne figure pas dans le Coran, qui parle de la mort et de la tombe avec d'autres termes.
Quelles sont les étapes des funérailles musulmanes ?
La janâza suit un ordre fixé par la tradition. Après le décès, on ferme les yeux du défunt et l'on invoque Dieu pour lui, souvent avec la formule inna lillahi wa inna ilayhi raji'un. Viennent ensuite la toilette rituelle (ghusl mortuaire), l'enveloppement dans le linceul (kafan), la prière funéraire, le convoi jusqu'au cimetière et l'inhumation. Le corps repose sur le côté droit, le visage tourné vers la qibla.
La tradition demande de ne pas tarder. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète disait de presser le pas avec la janâza : si le défunt était bon, on le mène vers un bien ; sinon, on se décharge d'un mal. L'imam Ibrahim Halitim, dans Les droits du mourant(e) et du défunt(e), résume l'enchaînement : purification, linceul, prière mortuaire, puis mise en terre. Le détail de chaque étape et du deuil qui suit se trouve sur la page La mort et le deuil en islam.
Que dit le Coran sur la sépulture ?
Le Coran ne décrit pas le rituel, mais il fait de l'ensevelissement un geste voulu par Dieu. Dans le récit des deux fils d'Adam, le meurtrier ne sait que faire du corps de son frère, et Allah envoie un corbeau gratter la terre « pour lui montrer comment ensevelir le cadavre de son frère » (sourate 5, verset 31). Ailleurs, la mise au tombeau est présentée comme une étape de la condition humaine : « puis Il lui donne la mort et le met au tombeau » (sourate 80, verset 21).
Un verset concerne la prière sur les morts. Il interdit au Prophète de prier sur les hypocrites de Médine : « Et ne fais jamais la Salât sur l'un d'entre eux qui meurt, et ne te tiens pas debout auprès de sa tombe » (sourate 9, verset 84). Les juristes en ont déduit, à l'inverse, que prier sur les musulmans et se tenir auprès de leur tombe fait partie des devoirs de la communauté.
Suivre une janaza : quelle récompense et pour qui ?
Accompagner un défunt est l'un des droits du musulman sur son frère. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, celui qui assiste à la prière sur le mort reçoit un qirât de récompense, et celui qui reste jusqu'à l'inhumation en reçoit deux, que le Prophète compara à deux grandes montagnes. Le respect dû au mort ne s'arrête pas aux musulmans : Boukhari rapporte que le Prophète se leva au passage du convoi d'un juif et répondit à ceux qui s'en étonnaient qu'il s'agissait, là aussi, d'une âme humaine.
La participation des femmes est discutée. Selon Umm 'Atiyya, dans un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, les femmes furent dissuadées de suivre les convois, sans que cette consigne leur soit imposée de façon stricte. La majorité des savants en déduit que suivre le cortège jusqu'au cimetière leur est déconseillé sans leur être interdit ; la prière funéraire, elle, leur est permise. Les usages varient beaucoup d'un pays à l'autre.
La janaza en France et dans l'actualité
En France, l'inhumation se fait en cercueil, dans un délai de 24 heures au moins et de six jours au plus après le décès, sauf dérogation. Les familles choisissent entre un carré musulman d'un cimetière communal et le rapatriement du corps. En mai 2023, Oumma a raconté la prière funéraire de Rayane Lammouchi à la mosquée de Nanterre, avant le rapatriement de son corps en Algérie.
Certaines janâzas ont marqué l'actualité. En juin 2016, des milliers de personnes ont assisté à Louisville aux funérailles de Mohamed Ali, ouvertes par une prière musulmane. En août 2023, la chanteuse irlandaise Sinead O'Connor, convertie en 2018, a eu des obsèques musulmanes. À l'inverse, en juin 2017, plus de 130 imams britanniques ont refusé de célébrer la prière funéraire des auteurs de l'attentat de London Bridge.










