Que signifie mahram ?
Mahram (محرم), que l'on entend aussi prononcer mahrem, vient de la racine ḥ-r-m, qui exprime à la fois l'interdit et le sacré. C'est la racine de haram, « illicite », du haram de La Mecque, le territoire sacré, et de l'ihrâm du pèlerin. Le mahram est la personne qui est interdite en mariage de façon définitive : on ne pourra jamais l'épouser, quelles que soient les circonstances. Le pluriel est mahârim.
De cet interdit découle une proximité permise. Parce que le mariage est exclu, la femme peut se montrer devant son mahram sans voile, voyager avec lui et rester seule en sa compagnie. Le mot désigne donc à la fois une limite et une protection.
Deux confusions sont fréquentes. Mahram n'est pas le mois de muharram, premier mois du calendrier hégirien, ni le muhrim, le pèlerin en état de sacralisation. Il ne se confond pas non plus avec le walî, le tuteur matrimonial qui représente la femme lors du nikâh, même si c'est souvent la même personne, le père ou le frère.
Qui sont les mahram d'une femme ?
Les juristes distinguent trois causes d'interdiction perpétuelle. La première est la parenté (nasab) : le père, le grand-père et les ascendants ; le fils, le petit-fils et les descendants ; le frère ; l'oncle paternel et l'oncle maternel ; le neveu, fils du frère ou de la sœur. La deuxième est l'alliance (musâhara) : le père du mari, le fils du mari né d'une autre union, le mari de la fille, et le mari de la mère une fois le mariage consommé. La troisième est l'allaitement (radâ') : selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, l'allaitement rend interdits les mêmes liens que la parenté. Le frère de lait ou le père de lait sont donc des mahram.
Cette liste vient du verset qui énumère les femmes interdites en mariage aux hommes (sourate 4, verset 23), complété par le précédent : « Et n'épousez pas les femmes que vos pères ont épousées » (sourate 4, verset 22). Pour l'homme, la liste est symétrique : sa mère, ses filles, ses sœurs, ses tantes, ses nièces, sa belle-mère, la fille de son épouse, la femme de son fils, et leurs équivalents de lait.
Pour l'allaitement, les écoles divergent sur le seuil. Les chaféites et les hanbalites exigent cinq tétées distinctes avant l'âge de deux ans ; les hanafites et les malikites considèrent qu'une seule tétée suffit.
Qui n'est pas mahram ?
Plusieurs proches très présents dans la vie familiale ne sont pas des mahram, parce que le mariage avec eux reste possible. C'est le cas du cousin, que l'islam permet d'épouser, et du beau-frère, frère du mari. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète mit en garde contre la proximité avec le beau-frère en la comparant à la mort, image forte de la vigilance demandée envers un proche que l'on côtoie sans méfiance.
La sœur de l'épouse n'est pas non plus une mahram pour le mari. Le Coran interdit de réunir deux sœurs (sourate 4, verset 23), mais cet interdit est temporaire : il cesse si le mariage avec la première prend fin. Il en va de même de la tante de l'épouse.
Le mari, enfin, n'est pas un mahram au sens technique, puisque le mariage avec lui est justement permis. Il a cependant les mêmes prérogatives, et davantage : c'est lui que le Coran nomme en premier parmi ceux devant qui la femme peut montrer ses atours.
Ce que change le statut de mahram
Le premier effet concerne la pudeur. Le verset sur le voile énumère ceux devant qui la femme peut se montrer sans couvrir ses atours : « qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils » (sourate 24, verset 31), puis les fils du mari, les frères, les neveux, les femmes et les enfants. Un verset parallèle concerne les épouses du Prophète (sourate 33, verset 55). Devant un mahram, le hijâb n'est donc pas requis.
Le deuxième effet concerne l'isolement (khalwa). Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, un homme ne doit pas rester seul avec une femme sans la présence d'un mahram de celle-ci. Khalid Chraibi rappelle, dans Est-il licite pour une femme de conduire un véhicule ?, que ce hadith est compris au Maghreb comme une mise en garde morale, alors qu'en Arabie saoudite il a été étendu jusqu'à interdire à un homme et une femme de partager une table dans un lieu public.
Le troisième effet concerne le voyage. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, une femme ne voyage pas sans mahram au-delà d'une certaine distance, un jour et une nuit ou trois jours selon les versions. Sa portée est discutée, comme le montre la question du pèlerinage.
Hajj et omra sans mahram : que disent les écoles ?
Pour les hanafites et les hanbalites, la présence d'un mahram ou du mari fait partie des conditions qui rendent le hajj obligatoire pour une femme : sans lui, elle n'est pas tenue de partir. Les malikites et les chaféites admettent qu'elle accomplisse le pèlerinage obligatoire avec un groupe de femmes dignes de confiance ou une compagnie sûre. Yacob Mahi le résume dans Le Hajj, pèlerinage : règles et pratique, en citant le cheikh Youssef al-Qaradâwî, pour qui une femme peut aujourd'hui voyager seule, vu la sécurité des transports.
C'est cet avis qu'a retenu l'Arabie saoudite. Le 11 octobre 2022, un conseiller saoudien chargé du hajj et de la 'umra a annoncé que toutes les femmes, saoudiennes ou étrangères, pouvaient désormais accomplir le hajj ou la omra sans mahram, accompagnées de femmes ou d'un groupe de confiance, en se référant explicitement aux malikites et aux chaféites. Auparavant, les autorités saoudiennes admettaient déjà, sous conditions, les femmes de plus de 45 ans en groupe organisé. Pour la omra, obligatoire une fois dans la vie selon les chaféites et les hanbalites, recommandée selon les deux autres écoles, le débat est le même.
Le mahram en Arabie saoudite et en France
En Arabie saoudite, le mot a longtemps désigné, dans l'usage administratif, le tuteur masculin sans l'accord duquel une femme ne pouvait voyager, renouveler un passeport ou séjourner à l'hôtel. Khalid Chraibi décrivait en 2012, dans Pour la réforme du droit musulman de la famille, le statut de « mineures perpétuelles » qui en résultait. Oumma a suivi les étapes de l'assouplissement : l'autorisation de séjourner à l'hôtel sans mahram en 2016, l'appel de Saoudiennes à desserrer la tutelle en 2017, puis l'ouverture du pèlerinage en 2022.
En France, la question se pose surtout pour les voyages et le pèlerinage. Les agences de hajj appliquent les règles saoudiennes en vigueur, et les femmes partent de plus en plus souvent en groupe. Le témoignage de la journaliste britannique Tahmina Begum, relayé par Oumma en 2025, montre que le voyage d'une femme seule reste discuté dans certaines familles, entre interprétation religieuse et normes culturelles.








