Que signifient Isra et Mi'raj ?
L'expression réunit deux mots. Isrâ' (إسراء) vient de la racine s-r-y, qui exprime l'idée de voyager de nuit : c'est le voyage nocturne du Prophète de La Mecque à Jérusalem. Mi'râj (معراج) vient du verbe 'araja, « monter » ; le mot désigne l'échelle, l'instrument de l'ascension, et par extension l'ascension céleste elle-même. La même racine donne le titre de la sourate 70, al-Ma'ârij, où Dieu est appelé « le Maître des voies d'ascension » (sourate 70, verset 3).
On écrit Isra et Miraj, Isrâ' et Mi'râj, ou l'on dit « al-isra wal miraj », qui transcrit la prononciation arabe. Le titre « Le Voyage nocturne » désigne aussi, dans les traductions françaises, la sourate 17 tout entière.
Que dit le Coran du voyage nocturne ?
Le voyage est mentionné au premier verset de la sourate qui porte son nom : « Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur [Muhammad], de la Mosquée Al-Harâm à la Mosquée Al-Aqsâ dont Nous avons béni l’alentour, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles » (sourate 17, verset 1). La tradition identifie la « mosquée la plus lointaine » au sanctuaire de Jérusalem.
L'ascension n'est pas racontée en détail dans le Coran. Les commentateurs la rattachent aux versets de la sourate 53 qui décrivent une vision « près de la Sidrat-ul-Muntahâ » (sourate 53, verset 14), le lotus de la limite, et affirment : « Il a bien vu certaines des grandes merveilles de son Seigneur » (sourate 53, verset 18). Le verset 60 de la sourate 17 parle d'une vision montrée au Prophète « pour éprouver les gens », que plusieurs exégètes rapportent au même épisode.
Comme le résume Moussa Allem dans Le Voyage Nocturne et l'Ascension, citant Hamza Boubakeur, la brièveté du Coran sur cet épisode contraste avec l'abondance des récits de la tradition, de la théologie et de la mystique.
Comment la tradition raconte-t-elle l'Isra et le Mi'raj ?
Le récit détaillé vient des hadiths, notamment ceux rapportés par Boukhari et Muslim. Le Prophète est transporté de nuit sur une monture appelée Bourâq. À Jérusalem, il dirige la prière des prophètes qui l'ont précédé. Puis, accompagné de l'ange Jibril, il monte de ciel en ciel et y rencontre plusieurs prophètes, dont Adam, Jésus, Moïse et Abraham, jusqu'au lotus de la limite.
C'est là que, selon ces hadiths, Dieu prescrit la prière : cinquante par jour d'abord. Sur le conseil de Moïse, le Prophète demande un allègement à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il n'en reste que cinq, qui valent la récompense de cinquante. C'est l'origine de la salât quotidienne.
Au matin, les Mecquois se moquent du récit. Selon la tradition, Abou Bakr répond que si le Prophète l'a dit, c'est vrai, ce qui lui vaut le surnom d'as-Siddîq, « le véridique ». La plupart des savants sunnites considèrent que le voyage a eu lieu en corps et en esprit ; d'autres avis, rapportés par les biographes anciens, y voient une vision. Al-Ghazâlî, cité par Moussa Allem, en souligne surtout le sens spirituel.
Quelle est la date de l'Isra et du Mi'raj ?
Les sources situent l'événement à La Mecque, un an à un an et demi avant l'Hégire, sans s'accorder sur le jour. La date la plus répandue pour la commémoration est la nuit du 27 Rajab, septième mois du calendrier musulman, mais d'autres mois sont proposés par les biographes, et beaucoup de savants rappellent qu'aucune date n'est établie avec certitude.
Comme toutes les dates du calendrier hégirien, le 27 Rajab recule d'environ onze jours chaque année dans le calendrier grégorien. Son jour exact dépend du début du mois de Rajab, fixé par l'observation du croissant ou par le calcul selon les pays : il faut donc attendre l'annonce des autorités religieuses, ou consulter le calendrier hégirien, pour connaître la date de l'année en cours.
La commémoration n'est pas un rite prescrit. En Turquie, la Miraç Kandili est une nuit de prière ; au Maghreb et en Afrique de l'Ouest, on lit le récit dans les mosquées. D'autres savants, notamment hanbalites, jugent qu'une célébration particulière de cette nuit est une bid'a, une innovation. Les différents avis sont présentés sur la page Achoura, Mawlid et fêtes.
Un récit qui a nourri la littérature
Le récit de l'ascension a inspiré poètes, mystiques et peintres de miniatures. Traduit en latin et en vieux castillan au XIIIe siècle sous le titre de Livre de l'échelle de Mahomet, il a circulé en Europe, et des chercheurs ont discuté de son influence sur La Divine Comédie de Dante. En français, l'arabisant Jamel Eddine Bencheikh en a composé une version littéraire, Le Voyage nocturne, rééditée dans la collection L'islam à livre ouvert. Oumma a aussi présenté l'essai du psychanalyste Jean-Michel Hirt, Le voyageur nocturne, dans Le voyage céleste.






