Comment dit-on Jérusalem en arabe ?
Les musulmans appellent Jérusalem al-Quds (القدس), de la racine q-d-s, qui exprime la sainteté et la pureté. Le mot veut dire « la sainte » ou « le sanctuaire ». Les sources anciennes emploient aussi Bayt al-Maqdis ou al-Bayt al-muqaddas, « la maison sanctifiée », une expression reprise de l'hébreu qui désignait le Temple. Les premiers textes arabes la nomment encore Iliyâ', d'après Aelia, le nom romain de la ville. Ûrshalîm, plus proche du nom hébreu, est surtout employé par les chrétiens arabes.
L'islamologue Pierre Lory rappelle dans Jérusalem, ville sacrée dans la tradition islamique que ces noms disent déjà le statut de la ville. Il précise aussi sa place : La Mecque reste le centre unique du culte, vers lequel on prie et où l'on fait le Hajj ; Médine vient ensuite ; Jérusalem est la troisième dans la conscience musulmane. C'est pourquoi on la dit « troisième lieu saint de l'islam ». La même racine q-d-s donne le nom divin al-Quddûs, « le Saint », et Rûh al-Qudus, l'Esprit saint, que la tradition identifie à l'ange Jibril.
Que dit le Coran sur Jérusalem et al-Aqsâ ?
Le Coran ne cite pas Jérusalem par son nom. Le verset le plus important ouvre la sourate 17 : « Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit voyager Son serviteur [Muhammad], de la Mosquée Al-Harâm à la Mosquée Al-Aqsâ dont Nous avons béni l'alentour, afin de lui faire voir certaines de Nos merveilles » (sourate 17, verset 1). Al-masjid al-aqsâ signifie « le lieu de prosternation le plus éloigné ». La très grande majorité des commentateurs l'identifient au site du Temple de Jérusalem, d'où partit selon la tradition l'ascension céleste du Prophète, le Mi'raj.
D'autres versets évoquent la « terre sainte » promise aux enfants d'Israël du temps de Moïse (sourate 5, verset 21) et la terre bénie où Dieu sauva Abraham et Lot (sourate 21, verset 71), que les commentateurs situent dans la région de Jérusalem et de la Palestine. Le Coran rattache ainsi la ville à l'histoire des prophètes qu'il reconnaît : Abraham, David, Salomon, Zacharie, Jean-Baptiste et Jésus.
Enfin, les versets sur le changement de direction de la prière (sourate 2, verset 144) concernent directement Jérusalem, première qibla de la communauté.
Pourquoi Jérusalem fut-elle la première qibla ?
Dans les premières années de l'islam, les musulmans priaient tournés vers Jérusalem. Selon un hadith rapporté par Boukhari, ils le firent encore seize ou dix-sept mois après l'arrivée à Médine. En 624, la révélation ordonna de se tourner vers la Mosquée sacrée de La Mecque : « Tourne donc ton visage vers la Mosquée sacrée. Où que vous soyez, tournez-y vos visages » (sourate 2, verset 144). Le verset précédent présente ce changement comme une épreuve, pour savoir « qui suit le Messager » (sourate 2, verset 143).
Cet épisode vaut à Jérusalem le titre de ûlâ al-qiblatayn, « la première des deux qiblas ». Le sujet est développé sur la page qibla ; pour trouver aujourd'hui la direction de la Kaaba depuis n'importe quelle ville, Oumma propose un outil de qibla.
Mosquée al-Aqsa, Dôme du Rocher : que trouve-t-on sur l'esplanade ?
Selon le récit de Pierre Lory, Jérusalem se rendit sans combat aux armées musulmanes, et le calife Omar s'y rendit en 638. Il fit déblayer l'esplanade de l'ancien Temple, devenue un dépotoir, et pria au sud du site, face à La Mecque. Les califes omeyyades y bâtirent ensuite deux édifices.
Le Dôme du Rocher (Qubbat al-Sakhra), achevé sous le calife 'Abd al-Malik à la fin du VIIe siècle, est le bâtiment octogonal à la coupole dorée. Il abrite le rocher d'où, selon la tradition, le Prophète s'éleva vers le ciel. Ce n'est pas une mosquée au sens strict, et le nom de « mosquée d'Omar » qu'on lui donne parfois est inexact. La mosquée al-Aqsâ, au sud de l'esplanade, est la grande salle de prière à la coupole grise, élevée au début du VIIIe siècle et plusieurs fois reconstruite. Beaucoup de musulmans appellent aussi al-Aqsâ l'ensemble de l'esplanade, nommée al-Haram al-Sharîf, « le noble sanctuaire », qui compte d'autres lieux de prière.
Plusieurs hadiths en disent le rang. Selon Boukhari et Muslim, on ne se met en route pour prier que vers trois mosquées : la Mosquée sacrée de La Mecque, la mosquée du Prophète à Médine et al-Aqsâ. Selon Boukhari, interrogé sur la première mosquée bâtie sur terre, le Prophète cita la Mosquée sacrée, puis al-Aqsâ, quarante ans plus tard. D'autres traditions chiffrent la valeur d'une prière à al-Aqsâ, avec des nombres qui varient selon les versions.
Jérusalem dans l'histoire et l'actualité
Prise par les croisés en 1099, Jérusalem fut reprise par Saladin en 1187. Pierre Lory note que ce sont les croisades qui ranimèrent la ferveur des musulmans pour la ville et son rang symbolique. Sous les Ottomans, Soliman le Magnifique fit bâtir au XVIe siècle les remparts actuels de la vieille ville.
Jérusalem-Est, avec la vieille ville et l'esplanade, est occupée par Israël depuis 1967 ; l'ONU considère cette occupation et les colonies qui l'accompagnent comme contraires au droit international, ce que rappelle par exemple la résolution 2334 du Conseil de sécurité. La Jordanie est la gardienne reconnue des lieux saints musulmans de la ville, et un statu quo encadre l'accès à l'esplanade. Oumma a couvert les moments de tension autour d'al-Aqsâ : l'incendie criminel du 21 août 1969, rappelé par Nabil Ennasri dans La mosquée Al Aqsa est en danger !, la seconde intifada de 2000, dite « intifada al-Aqsa », ou en 2026 la fermeture de la mosquée pendant le Ramadan, dénoncée par huit pays arabes et musulmans.
Jérusalem est aussi sainte pour les juifs et les chrétiens. Un article de 2000 repris par Oumma, Jérusalem, la ville des prophètes, la décrivait comme un « berceau du monothéisme » qu'aucune religion ne peut accaparer.









