Qui était Omar ?
Omar ibn al-Khattab est né à La Mecque vers 584, dans le clan des Banû 'Adî, une branche modeste de la tribu de Quraysh. Lettré à une époque où peu de Mecquois savaient écrire, il passait pour un homme de grande taille, à la parole tranchante, et servait d'ambassadeur à son clan. Son prénom s'écrit Omar, 'Umar ou Oumar en français, et Ömer en turc ; il reste l'un des plus portés du monde musulman, ce qui explique que tant de personnalités homonymes apparaissent dans l'actualité.
La tradition lui a donné le surnom d'al-Farouk (al-Fârûq), « celui qui distingue le vrai du faux », parce que sa conversion permit aux musulmans de prier ouvertement. Comme calife, il fut le premier à prendre le titre d'amîr al-mu'minîn, « commandeur des croyants », que porteront ensuite tous les califes.
Il était lié au Prophète par le mariage : sa fille Hafsa épousa Muhammad en 625, et c'est chez elle que furent conservés les feuillets du Coran réunis sous Abou Bakr, avant qu'Othman ne s'en serve pour établir l'exemplaire de référence. Les sunnites le comptent parmi les dix compagnons à qui le paradis a été annoncé.
Comment Omar s'est-il converti ?
Dans les premières années de la prédication, Omar fut l'un des adversaires les plus durs de la nouvelle religion. Le récit le plus connu, transmis par les biographes du Prophète, raconte qu'il partit un jour pour s'en prendre à Muhammad. En chemin, il apprit que sa propre sœur, Fâtima bint al-Khattâb, et son mari s'étaient convertis. Il les trouva en train de lire un passage de la sourate Tâ-Hâ, les frappa, puis, troublé, demanda à lire le texte. La lecture le bouleversa et il alla se déclarer musulman auprès du Prophète. On situe sa conversion vers 616, la sixième année de la prédication.
Sa conversion changea la situation des premiers croyants : selon les récits, les musulmans purent dès lors prier ensemble près de la Kaaba. Lors de l'Hégire, en 622, la tradition rapporte qu'il quitta La Mecque ouvertement, quand la plupart partaient en cachette.
À Médine, il fut l'un des proches conseillers du Prophète. Selon un hadith rapporté par Boukhari, Omar disait s'être trouvé « en accord avec son Seigneur » sur trois points, que des versets vinrent confirmer : faire du lieu où se tint Abraham un lieu de prière, « Adoptez donc pour lieu de prière, ce lieu où Abraham se tint debout » (sourate 2, verset 125), le rideau entre les épouses du Prophète et les visiteurs (sourate 33, verset 53), et une mise en garde adressée aux épouses.
Comment Omar est-il devenu calife ?
À la mort du Prophète, en 632, Omar joua un rôle décisif dans le choix du premier calife : à la réunion de la Saqîfa, il fut le premier à prêter serment d'allégeance à Abou Bakr, entraînant les autres compagnons. Il conseilla ensuite au calife de faire réunir le Coran après la mort de nombreux récitateurs à la bataille de Yamâma.
Avant de mourir, en 634, Abou Bakr le désigna comme successeur, après avoir consulté plusieurs compagnons. Omar gouverna dix ans, jusqu'en 644. Pour le récit complet de cette période et des quatre premiers califes, voir la page les premiers temps de l'islam et les califes.
Qu'a fait Omar pendant son califat ?
Ses dix années de règne voient la plus rapide expansion de l'histoire de l'islam. Les armées musulmanes battent les Byzantins au Yarmouk (636) et prennent la Syrie, défont les Perses sassanides à Qâdisiyya puis à Nahâvand, et entrent en Égypte sous la conduite de 'Amr ibn al-'Âs. Des villes de garnison sont fondées, dont Koufa et Bassora en Irak, et Fustât en Égypte.
En 638, Omar se rendit en personne à Jérusalem, qui se rendait à condition de traiter avec lui. Il accorda aux chrétiens la sécurité de leurs personnes, de leurs biens et de leurs églises. Dans Islam et tolérance religieuse, le cheikh Ahmed Kuftaro rapporte qu'il refusa de prier dans l'église du Saint-Sépulcre, de peur que les musulmans ne s'en servent plus tard pour la transformer en mosquée. Le texte appelé « pacte d'Omar », qui fixe des conditions restrictives aux non-musulmans, est en revanche considéré par beaucoup d'historiens comme une rédaction postérieure.
Omar organisa aussi l'État : il créa le dîwân, le registre des soldes et des pensions, divisa l'empire en provinces confiées à des gouverneurs qu'il contrôlait de près, et fit adopter vers 638 le calendrier hégirien, qui compte les années à partir de l'Hégire. Il réunit les fidèles derrière un seul récitant pour les prières de tarawih du Ramadan.
Omar, juriste et figure de justice
La tradition a retenu de lui une image d'austérité et de justice : le calife qui portait des vêtements rapiécés, qui parcourait Médine la nuit pour s'enquérir des pauvres et qui révoquait ses gouverneurs sur une plainte. Ses décisions forment un chapitre entier du droit musulman, car il pratiqua largement l'ijtihâd, l'effort de raisonnement juridique.
Plusieurs articles d'Oumma s'appuient sur ces décisions. Selon Khalid Chraibi dans La réforme de l'héritage en droit musulman, Omar cessa de verser une part de la zakât aux « gens dont les cœurs sont à gagner », pourtant cités par le Coran, parce que la raison de cette part avait disparu. Siham Benchekroun et Merieme Yafout, dans Pourquoi faut-il abroger l'héritage par voie de ta'sib ?, rappellent ses décisions en matière de succession, connues sous le nom d''umariyyatân. La tradition rapporte aussi qu'il suspendit la peine de l'amputation pour vol pendant l'année de famine. Ces exemples sont souvent cités dans les débats contemporains sur la place de la raison et du contexte dans l'application des textes.
Une vidéo d'Oumma reprend l'une de ses maximes sur les épreuves de la vie : il disait n'avoir jamais subi une épreuve sans y trouver trois bienfaits.
La mort d'Omar et son héritage
En novembre 644, pendant qu'il dirigeait la prière de l'aube dans la mosquée de Médine, Omar fut poignardé par Abou Lou'lou'a, un esclave persan. Il mourut de ses blessures quelques jours plus tard. Avant de mourir, il confia le choix de son successeur à un conseil de six compagnons, qui désigna Othman. Il fut enterré dans la chambre du Prophète, auprès de Muhammad et d'Abou Bakr.
Pour les sunnites, Omar est le deuxième des califes « bien guidés » (rachidoun) et un modèle de gouvernant juste. Les chiites portent sur lui un regard critique : ils lui reprochent d'avoir écarté Ali de la succession lors de la Saqîfa, et retiennent des récits de conflit avec Fatima après la mort du Prophète. Cette divergence explique en partie la séparation entre sunnisme et chiisme.
Sa vie a été portée à l'écran en 2012 dans la série Omar, produite par la chaîne MBC et la télévision du Qatar. Comme le rapporte l'article « Omar Al Farooq » ou le scandale télévisuel du mois de Ramadan, elle a suscité une vive polémique, car de nombreux savants refusent que l'on représente les compagnons du Prophète, alors que d'autres, comme Youssef al-Qaradawi, l'admettaient.






