Qui était Khadija ?
Khadija bint Khuwaylid est née à La Mecque, dans le clan des Banû Asad, une branche de la tribu de Quraysh. Avant l'islam, elle était connue comme une femme d'affaires prospère : elle confiait ses marchandises à des hommes qui les emmenaient vers la Syrie et partageait avec eux les bénéfices. Les biographes disent qu'on la surnommait déjà al-Tâhira, « la pure ». Elle avait été mariée deux fois et était veuve quand elle rencontra Muhammad.
Son prénom vient d'un verbe arabe qui, selon les lexicographes, se dit d'une naissance survenue avant terme. Il reste l'un des prénoms féminins les plus portés dans le monde musulman, sous les formes Khadija, Khadîdja ou Khadidja au Maghreb, et Hatice en Turquie. En France, il a servi de prénom test dans une étude sur la discrimination à l'embauche : à CV équivalent, « Khadija » obtenait moins d'entretiens que « Marie ».
Comme les autres épouses du Prophète, elle porte le titre de Umm al-Mu'minîn, « mère des croyants », tiré du Coran : « ses épouses sont leurs mères » (sourate 33, verset 6).
Comment Khadija a-t-elle épousé le Prophète ?
Selon les récits de la sîra, la biographie du Prophète, Khadija engagea Muhammad, connu à La Mecque pour son honnêteté, pour conduire une de ses caravanes en Syrie. Son serviteur Maysara, qui l'accompagnait, lui rapporta la droiture du jeune homme. C'est elle qui prit l'initiative du mariage, par l'intermédiaire d'une amie, Nafîsa.
La tradition la plus répandue, reprise par l'article d'Oumma Épouses du Prophète, dit que Muhammad avait 25 ans et Khadija quinze ans de plus, soit 40 ans. D'autres récits, moins suivis, lui donnent une trentaine d'années. Le mariage eut lieu vers 595, une quinzaine d'années avant la première révélation.
Ils vécurent ensemble environ vingt-cinq ans, et le Prophète ne prit aucune autre épouse tant qu'elle vécut. Ils eurent quatre filles, Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthûm et Fatima, et des fils, dont al-Qâsim et 'Abd Allâh, morts en bas âge. Toute la descendance du Prophète qui s'est perpétuée vient d'elle, par Fatima.
Khadija, la première croyante
Quand Muhammad reçut la première révélation dans la grotte de Hira, vers 610, il rentra chez lui bouleversé. Selon le récit rapporté par Boukhari, Khadija le rassura en lui disant que Dieu ne l'humilierait jamais, car il entretenait les liens de parenté, aidait les faibles, donnait au démuni et honorait ses hôtes. Elle l'emmena ensuite chez son cousin Waraqa ibn Nawfal, un chrétien lettré, qui reconnut dans ce qu'il avait vécu le signe d'une révélation semblable à celle de Moïse.
La majorité des historiens musulmans en font la première personne à avoir cru au message, avant Ali, alors enfant, et avant Abou Bakr. Pendant les années difficiles de La Mecque, elle mit sa fortune au service de la communauté naissante et partagea le boycott imposé au clan du Prophète.
Le Coran ne la nomme pas. Certains commentateurs voient une allusion à son soutien dans le verset « Ne t’a-t-Il pas trouvé pauvre? Alors Il t’a enrichi » (sourate 93, verset 8), ce qui reste une interprétation parmi d'autres.
La mort de Khadija et « l'année de la tristesse »
Khadija mourut à La Mecque en 619, trois ans avant l'Hégire. La même année mourut Abû Tâlib, l'oncle qui protégeait le Prophète. La tradition a appelé cette période 'âm al-huzn, « l'année de la tristesse ». Khadija fut enterrée au cimetière d'al-Ma'lâ, au nord de la Mosquée sacrée.
Le Prophète resta attaché à sa mémoire. Selon des hadiths rapportés par Boukhari, il continuait d'envoyer des présents aux amies de Khadija, et Aïcha confiait n'avoir jalousé aucune épouse autant que Khadija, qu'elle n'avait pourtant jamais connue, tant il parlait d'elle. L'article Le Prophète et la féminité rappelle que leur union fut monogame et fondée sur des affinités personnelles, et que les mariages suivants obéirent à d'autres circonstances.
Ce que disent les hadiths, chez les sunnites et les chiites
Plusieurs paroles du Prophète sur Khadija figurent dans les recueils de Boukhari et de Muslim. Dans l'une, rapportée par Ali, il dit que la meilleure des femmes de son temps fut Marie, fille d'Imrân, et que la meilleure des femmes de son temps à elle fut Khadija. Dans une autre, l'ange Jibril charge le Prophète de transmettre à Khadija le salut de son Seigneur et de lui annoncer une demeure au paradis, faite de perle, où il n'y a ni bruit ni fatigue. Une tradition rapportée par Tirmidhi la compte parmi les quatre femmes les plus éminentes des mondes, avec Marie, Âsiya, l'épouse de Pharaon, et Fatima.
Sunnites et chiites partagent cette vénération. Pour les chiites, elle a une place particulière comme mère de Fatima, donc comme aïeule des imams de l'Ahl al-bayt. Deux points font débat : certains auteurs chiites contestent qu'elle ait été mariée avant le Prophète, et certains estiment que Zaynab, Ruqayya et Umm Kulthûm étaient des filles adoptives et non ses propres filles. Les biographies sunnites retiennent ses deux mariages antérieurs et les quatre filles.
Khadija dans les articles d'Oumma
Pour la Journée internationale des droits des femmes de 2024, Oumma lui a rendu un hommage en la décrivant comme une femme « résolue, intelligente et noble », que « d'aucuns pourraient qualifier aujourd'hui de féministe avant l'heure ». Son parcours de femme indépendante, maîtresse de son commerce et à l'origine de son mariage, est souvent mis en avant dans les débats sur la place des femmes en islam. Son nom est aussi donné à des mosquées, des écoles et des associations, en France comme dans le monde musulman.
Pour situer Khadija dans la vie du Prophète et dans les débuts de l'islam, voir la page consacrée au Prophète Muhammad et celle sur les premiers temps de l'islam et les califes.



