Madrasa

مدرسة

Prononciation : madrasa · Autres graphies : madrassa, médersa, medersa

Définition

Madrasa : École, souvent d'enseignement religieux et de droit. Le mot désigne en arabe tout établissement scolaire. Les madrasas médiévales, comme la Nizamiyya de Bagdad, ont formé des savants. Aujourd'hui, le terme couvre des réalités très variées selon les pays.

Que signifie madrasa ?

Madrasa (مدرسة) est formé sur la racine d-r-s, qui veut dire « étudier ». Le préfixe ma- indique le lieu : la madrasa est donc « le lieu où l'on étudie ». La même racine donne dars, la leçon, mudarris, le professeur, et tadrîs, l'enseignement. Le Coran l'emploie au sens d'étudier un livre révélé : les savants y sont invités à servir Dieu « puisque vous enseignez le Livre et vous l'étudiez » (sourate 3, verset 79).

En arabe d'aujourd'hui, madrasa est le mot courant pour toute école : une école primaire se dit madrasa ibtidâ'iyya, et un enfant arabophone parle de sa madrasa sans aucune nuance religieuse. Le mot est passé dans de nombreuses langues : medrese en turc, madrassa ou madrasah en anglais, et médersa en français, une forme qui reproduit la prononciation maghrébine. Le pluriel arabe est madâris.

Le sens religieux vient de l'histoire : pendant des siècles, la madrasa a été l'école où l'on formait les juristes et les savants de l'islam.

La madrasa dans l'histoire de l'islam

Aux premiers siècles, l'enseignement religieux se donnait dans des cercles d'étude (halaqa) réunis dans les mosquées autour d'un maître. Au XIe siècle, la madrasa devient une institution à part, avec son bâtiment, ses professeurs payés, ses étudiants logés et nourris, et souvent une bibliothèque. Le vizir seldjoukide Nizâm al-Mulk en a fait un réseau : la Nizâmiyya de Bagdad, achevée vers 1067, est restée la plus célèbre, et al-Ghazâlî y enseigna. Chaque madrasa était souvent consacrée à une école juridique (madhhab).

Ces écoles vivaient de fondations pieuses, les waqf : des terres ou des boutiques dont les revenus payaient salaires et bourses. L'enseignement portait d'abord sur le Coran, le hadith et le fiqh, mais aussi sur la grammaire, la langue et parfois le calcul ou l'astronomie. L'étudiant recevait de ses maîtres une ijâza, l'autorisation d'enseigner à son tour. Le modèle s'est répandu de l'Andalousie à l'Inde ; au Maroc, les médersas de Fès et de Marrakech, comme la Bou Inania du XIVe siècle, comptent parmi les monuments les plus visités.

L'historien Mohamed Chtatou retrace cette histoire, jusqu'aux réformes du XXe siècle, dans La madrasah, un établissement d'enseignement des sciences islamiques, l'article de référence d'Oumma sur le sujet.

Médersa, madrassa : le mot aujourd'hui

En Algérie coloniale, la France créa à partir de 1850 des médersas officielles pour former des cadres musulmans de l'administration et de la justice. Les réformistes de l'Association des oulémas, autour de Ben Badis, ouvrirent ensuite leurs propres médersas libres. Nadjib Achour montre dans Lieux de résistance culturelle dans l'Algérie coloniale que la médersa, plus que la mosquée contrôlée par l'administration, fut le principal relais de ce mouvement.

En Asie du Sud, la madrasa de Deoband, fondée en 1867 en Inde britannique, a inspiré des milliers d'écoles. Depuis 2001, les médias occidentaux associent souvent le mot madrassa aux écoles religieuses du Pakistan et de l'Afghanistan, parce que les talibans (de tâlib, « étudiant ») y ont été formés. Ce raccourci réduit un mot qui, en arabe, désigne n'importe quelle école.

En Europe, on appelle souvent madrasa les cours d'arabe et de religion que les mosquées organisent le mercredi ou le week-end pour les enfants. D'autres institutions gardent la forme classique : Baptiste Brodard a décrit pour Oumma la madrassa Dar al-Mustafa de Tarim, au Yémen, qui accueille des étudiants du monde entier.

Madrasa, kuttâb, zâwiya, université : ne pas confondre

Le kuttâb, appelé msid au Maghreb, est l'école coranique élémentaire où les enfants apprennent à lire et à mémoriser le Coran ; la madrasa venait après, pour les études supérieures. La zâwiya est d'abord le centre d'une confrérie soufie, même si beaucoup enseignaient aussi. La mosquée reste un lieu d'enseignement, et les grandes mosquées-universités, comme al-Azhar au Caire ou al-Qarawiyyin à Fès, ont joué le rôle de madrasas à grande échelle. Enfin, jâmi'a, qui désignait la grande mosquée du vendredi, est aujourd'hui le mot arabe pour « université ».

Dans le Coran

  • Coran

    « Il ne conviendrait pas à un être humain à qui Allah a donné le Livre, la Compréhension et la Prophétie, de dire ensuite aux gens: «Soyez mes adorateurs, à l’exclusion d’Allah; mais au contraire, [il devra dire]: «Devenez des savants, obéissant au Seigneur, puisque vous enseignez le Livre et vous l’étudiez». »

    Sourate 3, verset 79 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Questions fréquentes

Que veut dire madrasa en français ?+

Madrasa signifie « école » : littéralement « le lieu où l'on étudie », de la racine arabe d-r-s, étudier. En arabe moderne, le mot désigne n'importe quelle école. En histoire de l'islam, il désigne un collège où l'on enseignait le droit et les sciences religieuses. Le français l'a emprunté sous les formes madrasa, madrassa et médersa.

Quelle est la différence entre madrasa et médersa ?+

Aucune sur le fond : médersa est la forme francisée du mot, d'après la prononciation maghrébine. On l'emploie surtout pour les écoles du Maghreb, comme les médersas monumentales de Fès et de Marrakech, ou les médersas créées en Algérie à l'époque coloniale. Madrasa est la transcription de l'arabe classique, madrassa une graphie influencée par l'anglais.

Que fait-on dans une madrasa ?+

Dans une madrasa traditionnelle, on étudie le Coran, sa récitation, le hadith, le droit religieux (fiqh), la théologie et la langue arabe, auprès de maîtres qui délivrent une autorisation d'enseigner (ijâza). Les étudiants y vivaient souvent en internat. Aujourd'hui, le mot couvre aussi bien des écoles religieuses que des écoles ordinaires, selon les pays.

Quelle est la plus ancienne madrasa ?+

La Nizâmiyya de Bagdad, achevée vers 1067 sur ordre du vizir Nizâm al-Mulk, est la plus célèbre des premières madrasas, mais des écoles de ce type existaient déjà avant en Iran et en Asie centrale. La mosquée-université d'al-Qarawiyyin, à Fès, fondée au IXe siècle, est souvent citée comme l'un des plus anciens lieux d'enseignement encore en activité.

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