Que signifie zâwiya ?
Zâwiya (زاوية, pluriel zawâyâ) signifie en arabe « coin » ou « angle », de la racine z-w-y, qui exprime l'idée de mettre de côté, de se retirer. Le mot désignait à l'origine le recoin d'une mosquée où un ascète ou un maître s'isolait pour prier et enseigner. Il a fini par nommer un bâtiment entier : le siège d'une confrérie soufie, la tarîqa, ou d'une de ses branches.
En français, le mot s'écrit le plus souvent zaouïa (ou zaouia), une graphie fixée pendant la période coloniale en Algérie. On trouve aussi zawiya et zaouiya. Au Maghreb, le mot est souvent associé à celui de marabout, qui désigne à la fois le saint et son sanctuaire.
D'autres mots désignent des lieux voisins. Le ribât était au Maghreb médiéval un fort de frontière où vivaient des hommes partagés entre la dévotion et la défense. La khânqâh, d'origine persane, était en Orient un établissement soufi souvent financé par l'État. En Turquie et dans les Balkans, on parle de tekke ; au Sénégal, les fidèles se réunissent aussi en dâ'ira, des cercles de quartier ou d'émigrés.
Que fait-on dans une zâwiya ?
La zâwiya réunit les disciples, les [mourîd](/islam/lexique/mourid/), autour d'un maître, le cheikh, ou de son représentant, le muqaddam. On y prie, on y récite en commun les litanies propres à la confrérie et on y pratique le dhikr, le rappel de Dieu, souvent le jeudi soir ou le vendredi. Beaucoup comprennent une salle de prière, des chambres pour les étudiants et les voyageurs, une cuisine et un cimetière.
La zâwiya est aussi une école. Dans les campagnes du Maghreb et du Sahel, elle a longtemps été le principal lieu d'enseignement du Coran, de la langue arabe et du droit, sur le modèle de la madrasa. Baptiste Brodard décrit pour Oumma une école coranique du Sahara algérien : la région d'Adrar compte de nombreuses zaouïas auxquelles sont rattachées des écoles où l'on apprend le Coran, le droit malikite et la grammaire.
Elle accueille enfin les pauvres, les pèlerins et les voyageurs, et sert souvent de lieu de médiation entre familles ou tribus. Beaucoup sont bâties autour du tombeau du fondateur, que l'on visite pour sa [baraka](/islam/lexique/baraka/).
Les zâwiyas dans l'histoire
Les zâwiyas se multiplient à partir des XIIe et XIIIe siècles, avec l'essor des grandes confréries. L'islamologue Éric Geoffroy explique dans Les hommes de religion dans le Moyen-Orient ayyoubide et mamelouk la différence avec la khânqâh : celle-ci était financée et contrôlée par le pouvoir, alors que le cheikh de zâwiya, financé par des dons privés, tenait à son indépendance, « sultan y compris ».
Au Maghreb, les zâwiyas ont joué un rôle politique majeur. L'émir Abdelkader, qui mena la résistance à la conquête française de l'Algérie à partir de 1832, était le fils d'un cheikh de la confrérie Qâdiriyya. En Libye, le réseau des zâwiyas de la Sanûsiyya organisa la vie religieuse et la résistance à la colonisation italienne. L'administration coloniale française les surveillait de près, et le mouvement réformiste algérien des oulémas, au XXe siècle, les critiqua pour leurs pratiques jugées superstitieuses.
En Afrique de l'Ouest, elles ont accompagné l'islamisation. Bakary Sambe montre dans Tivaouane : le rôle diplomatique pionnier d'une zâwiya rayonnante comment la zâwiya fondée par El Hadji Malick Sy, mort en 1922, a tissé des liens entre le Sénégal, le Maroc et le monde arabe, à partir de son allégeance à la zâwiya-mère de la Tijâniyya, à Fès.
Les zâwiyas aujourd'hui
Les zâwiyas restent très vivantes au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie, au Sénégal et au Mali. Certaines rassemblent des milliers de fidèles lors du mawsim ou de la ziyâra annuelle, la commémoration du saint fondateur. Elles suscitent aussi des débats entre courants : les soufis y voient des lieux de transmission spirituelle, tandis que les courants salafistes rejettent la visite des tombeaux et le culte des saints.
En France, les confréries se réunissent le plus souvent dans des appartements, des salles associatives ou des dâ'iras. Bakary Sambe relevait en 2005, dans La Tijâniyya en France : à quand la reconnaissance ?, que ses fidèles pratiquaient le dhikr collectif sans réellement disposer de mosquée ou de zâwiya. Pour comprendre la voie spirituelle dont la zâwiya est le foyer, voir la page sur le soufisme.




