Que veut dire zarma ?
Zarma veut dire « soi-disant », « genre », « comme si ». On l'emploie pour se moquer d'une prétention ou mettre en doute ce qu'on rapporte : « Il fait zarma le riche, mais il n'a rien », « Zarma, il était malade ». Placé seul, avec une moue, il signifie « tu parles ! ».
Le mot sert aussi de simple tic de langage, comme « genre » : « Il m'a dit zarma qu'il allait venir ». Il introduit aussi des paroles rapportées qu'on ne prend pas au sérieux : « Il m'a répondu, zarma, qu'il était débordé ». Le ton fait la différence entre la moquerie franche et la simple prise de distance. Redoublé, zarma zarma accentue la moquerie. Comme wesh ou seum, zarma appartient au français des jeunes, où des personnes de toutes origines l'emploient.
Que veut dire zarma en arabe ?
Zarma vient de za'ma (زعما), mot de l'arabe d'Algérie et du Maroc qui veut dire « soi-disant », « prétendument ». Il dérive du verbe classique za'ama (زعم), « prétendre, affirmer », souvent avec l'idée qu'on avance une chose sans preuve. En arabe, on prononce za'ma, avec la lettre 'ayn (ع) au milieu. Ce son guttural n'existe pas en français : l'oreille l'a rendu par un r roulé, d'où zarma.
Le Coran emploie ce verbe pour des affirmations sans fondement : « Ceux qui ont mécru prétendent qu’ils ne seront point ressuscités. » (sourate 64, verset 7). Un hadith rapporté par Abû Dâwûd va dans le même sens : il qualifie le « on prétend » (za'amû) de mauvaise monture pour l'homme, c'est-à-dire de prétexte pour colporter des rumeurs.
La même racine a donné za'îm, « garant », puis « chef, meneur », un mot que l'on retrouve dans le vocabulaire politique arabe. Le Coran l'emploie au sens de garant, dans l'histoire de Joseph (sourate 12, verset 72).
Comment zarma est-il entré dans le français ?
Zarma est arrivé avec l'immigration algérienne et marocaine, puis s'est répandu dans les quartiers populaires et le rap. Dans sa chronique Parlons wech-wech, publiée par Oumma en 2015, Akram Belkaïd parle de « l'incontournable « zaâma » qui se dit « zarma » et qui signifie « soi-disant » ou « genre » » et cite : « zarma, il se la joue intellectuel avec ses lunettes ».
On trouve le mot dans Oumma dès 2004 : dans Et nous dans tout ça ?!, Farid Abdelkrim interpelle ses lecteurs avec ironie : « Toujours victimes za'ma ? ». Zarma voisine avec d'autres mots de l'ironie familière comme yaani, « c'est-à-dire ».
Zarma, zaama : graphies et faux amis
On écrit zarma, zaama, zaâma, za'ma ou zâma. La graphie zarma suit la prononciation française, zaama l'arabe.
Deux faux amis reviennent dans les recherches. Les Zarma, ou Djerma, sont un peuple du Niger, dont la langue porte le même nom : aucun lien avec l'arabe za'ma. Et Sawda bint Zam'a, épouse du Prophète, doit son nom à son père, Zam'a, d'une autre racine arabe.


