Que veut dire wesh ?
Wesh est une interjection du français familier empruntée à l'arabe du Maghreb. Selon le ton et la situation, elle veut dire « salut », « hé », « quoi ? » ou « sérieux ? ». C'est l'un des emprunts à l'arabe les plus connus des jeunes Français, au même titre que kiffer, seum ou zarma.
Dans sa langue d'origine, wâsh (واش) est un mot interrogatif. En arabe algérien, il signifie « quoi ? » : wesh rak ?, « comment tu vas ? » (mot à mot « quoi, tu es ? ») ; wesh bik ?, « qu'est-ce que tu as ? » ; wesh hada ?, « qu'est-ce que c'est ? ». En arabe marocain, wash introduit une question fermée, comme « est-ce que » en français : wash nta mzyan ?, « est-ce que tu vas bien ? ». Les Tunisiens disent plutôt chnowa pour « quoi ».
Les dialectologues rattachent ce mot à l'arabe classique ayy shay' (أيّ شيء), « quelle chose », réduit dans les parlers à âsh puis wâsh. Le même âsh se retrouve dans d'autres mots des parlers maghrébins : ʿlâsh, « pourquoi » (sur quelle chose), kifâsh, « comment », ou bâsh, « pour que ». Le mot n'existe pas sous cette forme en arabe littéraire, où l'on dit mâdhâ ou mâ pour « quoi ».
En Algérie, wesh ? employé seul sert aussi à répondre quand on vous appelle, au sens de « oui ? », « qu'est-ce qu'il y a ? ». C'est de cet usage d'interpellation que vient la salutation française.
Comment wesh est-il entré dans le français ?
Wesh est arrivé en France avec l'immigration algérienne et marocaine. Il est d'abord resté un mot de la maison, utilisé entre arabophones, avant de passer dans le parler des quartiers populaires, où des jeunes de toutes origines l'ont adopté.
Le rap a joué un rôle décisif dans sa diffusion. Dans une chronique publiée par Oumma en 2015, Parlons wech-wech, le journaliste Akram Belkaïd le décrit comme « l'un des mots vedettes du moment » et note que « c'est la banlieue et le rap qui se sont emparés de ce terme avec le fameux « wech gros, ça va ? » avant qu'il ne se diffuse dans le reste de la société française ». Il relève d'autres formules entendues autour de lui : « Wech, tu nous as oubliés ? », « Wech la famille ? ».
Cette voie d'entrée distingue wesh d'emprunts plus anciens comme toubib, clebs ou bled, arrivés en français au temps de la colonisation de l'Algérie, souvent par l'argot des soldats. Wesh, lui, appartient à la vague des emprunts récents, transmis par les enfants de l'immigration et la culture urbaine.
Comment s'emploie wesh aujourd'hui ?
En français, wesh a pris plusieurs emplois. Le plus courant est la salutation entre proches : « Wesh, ça va ? », « Wesh frère ». Il sert aussi à interpeller quelqu'un (« Wesh, viens voir ! ») ou à marquer la surprise et le reproche : « Wesh, t'es sérieux ? », « Wesh, pourquoi tu m'as pas appelé ? ». Dans ce dernier usage, il garde la valeur interrogative de l'arabe.
Il peut enfin servir de simple ponctuation orale, sans autre sens que de donner du rythme à la phrase. On le trouve souvent associé à d'autres emprunts : khey, sahbi, wallah.
Le redoublement wesh-wesh est devenu un nom, souvent péjoratif, pour désigner les jeunes des cités ou leur façon de parler. Oumma a relevé l'emploi méprisant qu'en faisait le polémiste Mohamed Sifaoui en parlant d'un « peuple wesh-wesh » à Barbès. Le mot lui-même n'est pas une insulte, mais il reste familier : on ne l'emploie ni à l'écrit soutenu ni avec un inconnu dans un cadre professionnel.
Wesh ou wech : comment l'écrire ?
Aucune orthographe n'est fixée. Wesh est la plus répandue en ligne ; wech et ouech suivent l'habitude française de rendre le son « ch » par ch ; ouèche est la graphie choisie par Akram Belkaïd dans sa chronique. Dans les messages, on lit souvent l'abréviation wsh. En arabe dialectal écrit, on trouve واش.
Deux faux amis reviennent dans les recherches. L'anglais wash, « laver », n'a aucun lien avec wesh, même si les deux mots se ressemblent à l'écrit. Et le début de la sourate 91, parfois transcrit « wash shamsi wa duhaha », ne contient pas ce mot : il faut lire wa ash-shams, « par le soleil », la particule wa introduisant un serment.
Wesh a-t-il un sens religieux ?
Non. Wesh est un mot de la vie courante, sans lien avec la religion, et il est employé par des personnes de toutes croyances. Il ne faut pas le confondre avec des formules religieuses passées dans le même langage familier, comme wallah, « par Dieu », qui est un serment, ou inchallah, « si Dieu le veut ». Ces dernières engagent le nom de Dieu ; wesh n'engage rien d'autre que la conversation. La salutation proprement musulmane est une autre formule : salam aleykoum, « la paix soit sur vous », à laquelle on répond par wa aleykoum salam. Wesh peut précéder ou remplacer un salut entre amis, jamais tenir lieu de cette salutation de paix quand on entre dans une mosquée.

