Que veut dire avoir le seum ?
Avoir le seum, c'est être dégoûté, frustré, amer. On a le seum après une défaite au dernier moment, un examen raté, une injustice ou quand un autre obtient ce qu'on voulait : « J'ai le seum, on a perdu le match à la dernière minute ». Le mot peut aussi exprimer la jalousie : « il a le seum de te voir réussir ».
Il s'emploie dans plusieurs tournures : « avoir le seum », « mettre le seum à quelqu'un » ou « foutre le seum », c'est-à-dire le dégoûter, « c'est le seum », « c'est rageant ». Le mot est familier : on ne l'emploie ni à l'écrit soutenu ni dans un cadre professionnel.
D'où vient le mot seum ?
Seum vient de l'arabe samm (سمّ), « poison, venin ». Dans les parlers du Maghreb, il se prononce semm, et c'est de cette forme que vient la graphie française. L'image est parlante : le seum est un poison intérieur, une rancœur qui ronge celui qui la garde.
Dans sa chronique Parlons wech-wech, publiée par Oumma en 2015, Akram Belkaïd présente le seum comme « le venin en arabe » et précise : « Avoir le seum, signifie donc être jaloux, envieux, mais aussi être en colère, être amer ou frustré ». Il cite l'exemple d'une adolescente : « Fouzia a le seum de voir les fraîcheurs' et les populaires' être entourées de garçons ». Il note aussi un autre sens, plus rare, où le mot désigne une variété de cannabis.
Comme wesh, zarma ou hagra, seum est passé des familles maghrébines aux quartiers populaires, puis au rap. Un article du Figaro repris par Oumma, « Wallah », « hess », « seum », montre qu'il est aujourd'hui employé jusque dans les milieux aisés, par des jeunes qui ignorent souvent son origine.
Seum, saoum, samm : les confusions fréquentes
Saoum n'a aucun rapport avec seum. C'est la transcription de sawm (صوم), « le jeûne », l'un des piliers de l'islam, présenté sur la page sawm. Les deux mots se ressemblent à l'oreille, mais ils n'ont ni la même racine ni le même sens.
Le mot samm figure en revanche dans le Coran, avec un autre sens : il y désigne le « chas » de l'aiguille, dans l'image du chameau qui n'entre au Paradis « que quand le chameau pénètre dans le chas de l’aiguille » (sourate 7, verset 40). En arabe, samm veut dire à la fois « poison » et « petit orifice » ; seul le premier sens est passé en français.
On écrit seum, plus rarement sem ou saoum, cette dernière graphie créant justement la confusion avec le jeûne.
Seum a-t-il un sens religieux ?
Non. Seum est un mot de la vie courante, employé par des jeunes de toutes origines et de toutes croyances. Il décrit un sentiment, pas une notion religieuse. La tradition musulmane parle bien de la jalousie, sous le nom de hasad, mais le mot seum ne renvoie pas à cette notion : il dit simplement l'amertume du moment.






