Que veut dire miskine ?
Miskine est une exclamation qui veut dire « le pauvre ! », « la pauvre ! ». On l'emploie pour plaindre quelqu'un : « Miskine, il a raté son train », « Elle a perdu son père, miskina ». Au Maghreb, on l'entend dans toutes les familles, au masculin meskine et au féminin meskina.
En France, le mot est passé dans l'argot des jeunes avec une nuance de plus. « Miskine » peut y marquer une pitié condescendante : « T'es miskine », « c'est miskine », veut dire « tu fais pitié », « c'est minable ». Le ton fait la différence entre la compassion sincère et la moquerie.
On l'écrit miskine, meskine, miskin ou meskin. Il voisine avec d'autres mots du même registre venus de l'arabe, comme hchouma, « la honte », ou hagra, « l'injustice ».
D'où vient le mot miskine ?
Miskine reprend l'arabe miskîn (مسكين), « pauvre, indigent ». Le mot se rattache à la racine s-k-n, qui exprime l'immobilité et le calme : sakana veut dire « être tranquille » ou « habiter », et la même racine a donné sakîna, « la sérénité ». Le miskîn serait celui que la misère a immobilisé. Le Coran emploie aussi maskana, « la misère », pour un peuple frappé d'humiliation (sourate 2, verset 61).
Le mot est très ancien dans les langues sémitiques : l'akkadien muškênum désigne, dans le Code d'Hammurabi, une catégorie d'hommes de condition modeste, et l'hébreu biblique emploie misken, « pauvre », dans le livre de l'Ecclésiaste.
Il est aussi passé dans les langues d'Europe par la Méditerranée : italien meschino, espagnol mezquino, portugais mesquinho. Le français mesquin vient de l'italien. Il a d'abord voulu dire « pauvre, chétif », avant de prendre son sens moderne de « petit, sans générosité ».
Que signifie miskîn dans le Coran ?
Le miskîn est une figure constante du Coran, toujours associée au devoir de le nourrir et de l'aider. Le verset qui fixe les bénéficiaires de la zakât le nomme parmi les premiers : « Les Sadaqâts ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent » (sourate 9, verset 60). Les « pauvres » traduisent fuqarâ', les « indigents » masâkîn.
Le Coran évoque aussi « un pauvre dans le dénuement » (sourate 90, verset 16), littéralement « collé à la poussière », et reproche à celui qui renie la Rétribution de ne pas encourager « à nourrir le pauvre » (sourate 107, verset 3). Nourrir des masâkîn est aussi l'une des expiations prévues, par exemple pour un serment rompu.
Quelle différence entre faqîr et miskîn ? Les juristes en débattent. Les hanafites et les malikites tiennent le miskîn pour le plus démuni, celui qui n'a rien. Les chaféites et les hanbalites pensent l'inverse et s'appuient sur l'histoire du bateau qui « appartenait à des pauvres gens » (sourate 18, verset 79) : le miskîn posséderait quelque chose, mais pas assez. Dans un article publié par Oumma, La pauvreté, un point de vue musulman, Saïd Moustarhim propose une autre lecture : le faqîr serait celui dont la pauvreté se voit, le miskîn celui dont la pauvreté reste cachée. Pour les règles de calcul et de répartition, voir la page zakât.
Miskine est-il péjoratif ?
Pas à l'origine. En arabe, dire meskine d'une personne, c'est exprimer de la compassion, et la tradition fait du soin des masâkîn une vertu. Mais en français familier, le mot glisse souvent vers la moquerie, comme « le pauvre » peut être ironique. Employé pour une personne réellement dans la peine, il reste un mot de tendresse ; lancé à un camarade qui a raté un tir, il devient une pique amicale.

