Que signifie âkhira ?
Âkhira (آخرة) vient de la racine '-kh-r, qui exprime l'idée de ce qui vient après, de ce qui est en dernier. De la même racine viennent âkhir, « dernier », et ta'khîr, « retard ». Al-âkhira est un adjectif féminin employé seul : « la dernière ». Il sous-entend un nom, ad-dâr, « la demeure », ou al-hayât, « la vie ». Le Coran dit d'ailleurs en entier ad-dâr al-âkhira, « la Demeure dernière ».
Le mot forme un couple avec dunyâ, « la plus proche », la vie présente. La traduction française varie selon les éditions : « l'au-delà », « la vie future », « la vie dernière », « l'autre monde ». Toutes rendent la même idée : une vie qui vient après celle-ci et qui ne finit pas.
Il ne faut pas confondre al-âkhira avec al-yawm al-âkhir, le Jour dernier, formé sur la même racine. Le Jour dernier est le moment de la résurrection et du jugement ; l'âkhira est toute la vie qui s'ouvre alors. On écrit âkhira, akhira, âkhirah ou akhirat ; les Turcs disent ahiret.
Que dit le Coran sur l'âkhira ?
Le mot revient environ 115 fois dans le Coran, autant que son opposé dunyâ, une symétrie souvent relevée. La foi en l'au-delà figure dès le début de la sourate 2, dans le portrait des croyants : ceux « qui croient fermement à la vie future » (sourate 2, verset 4).
Le Coran compare souvent les deux vies. La vie présente y est décrite comme passagère, l'autre comme la vraie : « La Demeure de l’au-delà est assurément la vraie vie. S’ils savaient! » (sourate 29, verset 64). Il reproche aux hommes leur préférence pour l'immédiat : « Mais, vous préférez plutôt la vie présente » (sourate 87, verset 16), « alors que l’au-delà est meilleur et plus durable » (sourate 87, verset 17).
La même idée console le Prophète : « La vie dernière t’est, certes, meilleure que la vie présente » (sourate 93, verset 4). Ici, l'âkhira désigne aussi, pour plusieurs commentateurs, la suite de sa mission, meilleure que ses débuts difficiles. Le recueil L'homme et l'au-delà, publié par Oumma, rassemble les principaux versets sur le sujet.
Que comprend l'âkhira ?
Au sens large, l'âkhira commence à la mort. La tradition y distingue plusieurs étapes. La première est le barzakh, l'intervalle entre la mort et la résurrection, vécu dans la tombe. Vient ensuite la qiyâma, la résurrection de tous les êtres humains, suivie du jugement : chacun rend compte de ses actes, pesés sur la balance. L'âkhira s'achève dans l'une des deux demeures éternelles, le paradis, janna, ou l'enfer, jahannam.
Ces étapes sont expliquées sur la page consacrée au Jour dernier. Croire à l'âkhira est l'un des six piliers de la foi, aux côtés de la foi en Dieu, aux anges, aux livres, aux prophètes et au décret divin.
Les théologiens ont débattu de la nature de cette vie. Al-Ghazâlî a reproché aux philosophes de son temps, dans L'Incohérence des philosophes, de nier la résurrection des corps, que la majorité des théologiens affirme. Le courant mu'tazilite insiste sur le Coran plutôt que sur les hadiths qui décrivent les signes de la fin des temps : Faker Korchane défend cette lecture dans Raison et Révélation : l'eschatologie islamique décryptée.
Dunyâ et âkhira : faut-il choisir ?
Le Coran ne demande pas de renoncer au monde. Il le dit dans le conseil que son peuple adresse au riche Coré (Qârûn) : « Et recherche à travers ce qu’Allah t’a donné, la Demeure dernière. Et n’oublie pas ta part en cette vie » (sourate 28, verset 77). La vie présente devient le lieu où se prépare l'autre : le travail, la famille, le service des autres comptent pour l'au-delà.
L'invocation la plus connue réunit les deux : « Seigneur! Accorde nous belle part ici-bas, et belle part aussi dans l’au-delà; et protège-nous du châtiment du Feu! » (sourate 2, verset 201). Selon un hadith rapporté par Boukhari, c'était l'invocation que le Prophète prononçait le plus souvent. En arabe, elle commence par Rabbanâ âtinâ fi-d-dunyâ hasanatan.
La tradition met aussi en garde contre l'attachement aux biens. Un hadith rapporté par Boukhari recommande d'être en ce monde comme un étranger ou un voyageur de passage. Le Coran compare la vie présente à une végétation qui pousse après la pluie puis jaunit et se dessèche (sourate 57, verset 20). Les soufis ont fait de cette tension le cœur de leur chemin, sans en tirer un mépris du monde : le détachement porte sur le cœur, non sur l'activité. Oumma a réuni les versets sur ce thème dans Quelques passages du Coran concernant l'attachement au monde.
Âkhira dans le langage courant
Chez les musulmans francophones, le mot s'emploie tel quel : « penser à son âkhira », « travailler pour l'âkhira », « réussir dans la dounia et dans l'akhira ». Il sert souvent à rappeler l'essentiel quand une discussion porte sur l'argent ou la réussite. On l'entend aussi dans les condoléances, quand on demande à Dieu d'accorder au défunt une bonne demeure dans l'au-delà, comme dans la formule Allah yarhamou, « que Dieu lui fasse miséricorde ».
Le mot n'appartient pas qu'au vocabulaire de la piété. Il exprime une idée simple, commune aux religions abrahamiques : la vie ne s'arrête pas à la mort, et chacun répondra de ce qu'il a fait. Le Coran le rappelle : « Toute âme goûtera la mort. Mais c’est seulement au Jour de la Résurrection que vous recevrez votre entière rétribution » (sourate 3, verset 185).

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