Qu'est-ce que le Jour dernier en islam ?
Le Jour dernier désigne la fin du monde tel que nous le connaissons, puis la résurrection des êtres humains et leur jugement devant Dieu. Pour le croyant, la vie présente n'est pas le tout de l'existence : elle est un passage, une épreuve, et l'au-delà (l'Âkhira) en est l'aboutissement. Le Coran nomme cet événement de multiples façons, et l'une de ses sourates, Al-Qiyâma, la Résurrection, lui est entièrement consacrée (sourate 75).
C'est l'un des six articles de la foi (îmân) que le Prophète énumère dans le hadith de Gabriel : croire en Dieu, en Ses anges, en Ses livres, en Ses messagers, au Jour dernier et au décret divin. Ce hadith est rappelé dans l'exposé sur les six piliers de la foi, tandis que Mohamed Chtatou souligne que cette foi dans l'invisible (al-ghayb) en est le cœur : on ne voit pas l'au-delà, on y croit parce que la Révélation l'annonce.
Pourquoi cet article de foi compte-t-il autant ? Parce qu'il fonde la responsabilité. Si les actes humains n'avaient aucune suite, le bien et le mal se vaudraient. Croire au Jour dernier, c'est croire que la justice sera rendue pleinement et que rien de ce qui est fait en secret n'échappe à Dieu. C'est aussi une source de consolation pour qui a souffert sans réparation ici-bas. Le texte coranique y revient sans cesse, souvent pour inviter à ne pas s'attacher excessivement au monde présent, comme le rappellent ces passages du Coran sur l'attachement au monde.
Que se passe-t-il après la mort ? Le barzakh
Selon la tradition, la mort n'est pas une disparition mais un changement d'état. Dieu en fixe le moment ; l'ange de la mort sépare l'âme du corps. S'ouvre alors le barzakh, mot qui signifie « barrière » ou « intervalle » : la période qui sépare la mort de la résurrection. Pour en savoir plus, voir l'entrée du lexique sur le barzakh.
Le médecin et converti Abdallah Thomas Milcent en propose une présentation d'ensemble dans Une vision islamique de la mort. Il y rappelle, d'après les traditions prophétiques, l'interrogatoire des deux anges dans la tombe (qui est ton Seigneur, quelle est ta religion, qui est ton prophète), puis l'idée que le séjour dans ce monde intermédiaire varie selon les actes de chacun. Il précise lui-même que les savants divergent sur certains détails et qu'il s'en tient à ce qui fait consensus.
Une autre question est celle de ce que le défunt devient pour les vivants. La tradition retient que le croyant continue de bénéficier de certaines actions : l'invocation d'un autre musulman en sa faveur, une aumône faite en son nom, une œuvre utile durable qu'il avait laissée. Ces pratiques entourent le deuil musulman, que l'on découvrira sur la page consacrée à la mort et au deuil. L'article Dieu aime-t-il la mort ? d'Abdelkrim Semani aborde, lui, le sens spirituel de la mort face aux reproches que lui adressent certains athées.
Résurrection, jugement et balance des actes
À la fin des temps, selon le Coran et la Sunna, Dieu rappelle à la vie tous les êtres humains. La tradition évoque le souffle dans la trompe confié à l'ange Isrâfîl, puis le rassemblement de tous les humains pour le jugement. Les descriptions de cette scène sont celles de l'angoisse de ce jour-là, mais aussi de la justice absolue : chacun reçoit le compte exact de ses actes.
Le Coran dit, dans la sourate 99, que celui qui aura fait le poids d'un atome de bien le verra, et que celui qui aura fait le poids d'un atome de mal le verra aussi (sourate 99, versets 7 et 8). Cette idée d'une comptabilité précise est souvent résumée par l'image de la balance (mîzân). Elle n'écarte pas pour autant la miséricorde de Dieu : la tradition insiste sur le fait que la grâce divine précède Sa rigueur.
Sur le plan du sens, l'article Le salut en islam : du libre arbitre à la grâce divine du cheikh Khaled Bentounès invite à ne pas faire du salut une récompense que l'on calculerait comme un contrat. Il rappelle que, selon le Prophète, « les actions ne valent que par leurs intentions » et que le salut est avant tout une grâce accordée par le Miséricordieux à celui qui revient vers Lui. Pour la majorité des savants, les deux dimensions se rejoignent : l'homme est responsable de ses actes, et c'est Dieu qui, au bout du compte, pardonne.
Le paradis et l'enfer : comment les comprendre ?
Le paradis (la janna, « le jardin ») et l'enfer (jahannam, la géhenne) sont décrits dans le Coran avec des images concrètes : jardins, rivières, demeures pour l'un ; feu et épreuve pour l'autre. Le Coran emploie plusieurs noms pour le paradis, comme Firdaws, 'Adn ou Dâr as-Salâm, que l'historienne Asma Sassi passe en revue dans Les visions du Paradis.
Comment lire ces descriptions ? Dans les premiers siècles de l'Hégire, les penseurs ont débattu de la nature de ce paradis et du sens de ses images. Une partie des savants y voit des réalités à entendre au sens propre ; d'autres, notamment dans la tradition rationaliste et dans la tradition spirituelle, y voient des symboles d'états que le langage humain ne peut dire autrement. Le philosophe Faker Korchane rappelle, dans sa chronique Raison et révélation : l'eschatologie islamique décryptée, que ce sujet relève avant tout de la Révélation, la raison seule ne pouvant le trancher.
L'immortalité de l'être humain a aussi été pensée par des philosophes musulmans. Le poète et penseur Muhammad Iqbal discute, dans L'immortalité, l'idée d'une survie personnelle. L'essentiel, pour le croyant, reste ceci : l'au-delà est la véritable demeure, et l'espérance en la miséricorde divine y a toute sa place. Quant à savoir qui entrera dans quelle demeure, la majorité des savants rappellent que seul Dieu le sait et déconseillent de condamner quiconque.
Les signes de l'Heure et la fin des temps
Plusieurs hadiths décrivent des signes qui précéderont l'Heure. Les recueils authentiques de Boukhari et Mouslim en rapportent plusieurs, parmi lesquels l'apparition de l'Antéchrist (al-Dajjâl), la venue de Gog et Magog, le soleil se levant à l'ouest et le retour de Jésus. La tradition parle aussi d'un guide attendu, le Mahdi, dont Tayeb Chouiref présente la figure telle que l'évoque Ibn 'Arabî.
Il faut cependant rester prudent. Les savants distinguent les signes qui s'appuient sur des chaînes de transmission solides de ceux qui sont plus discutés, et les grands courants n'accordent pas à ces figures la même place : le Mahdi, par exemple, occupe une place centrale dans le chiisme duodécimain, alors que sunnites et soufis le présentent de manière plus nuancée.
Surtout, nul ne connaît la date. Dans le hadith de Gabriel, lorsque l'ange demande au Prophète quand viendra l'Heure, celui-ci répond que l'interrogé n'en sait pas plus que celui qui l'interroge. Les prédictions chiffrées ne reposent donc sur aucun fondement religieux. La leçon que tirent les savants est d'ordre moral : se tenir prêt en vivant avec justice, sans attendre une échéance.




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