Que sont les livres révélés en islam ?
Dans la conception musulmane, la Révélation (wahy) est la communication de Dieu à certains êtres humains choisis, les prophètes, pour guider l'humanité. Les livres sont la mise par écrit, ou la transmission orale puis écrite, de cette parole. Les croire fait partie de la foi : le Coran demande de croire « en Dieu, en Ses anges, en Ses livres et en Ses messagers » (sourate 2, verset 285 ; voir les six piliers de la foi et la notice du lexique Kutub).
Le Coran précise que Dieu communique avec les humains de trois manières : « par inspiration, ou derrière un voile, ou en envoyant un messager » (sourate 42, verset 51). Tahar Gaïd, dans Présentation du Coran (2e partie), rappelle que ces trois voies décrivent les formes de la Révélation reçue par le Prophète : visions dans le sommeil, communication par l'ange Gabriel, parole « derrière un voile » comme lors du voyage nocturne.
Les soufis distinguent l'inspiration (ilhâm) de la révélation (wahy). Laila Khalifa examine cette distinction chez le grand mystique Ibn 'Arabî dans Aperçu sur les notions de révélation wahy et d'inspiration ilhâm, une étude qui aide à ne pas confondre les deux.
Torah, Psaumes, Évangile : que dit le Coran des livres précédents ?
Le Coran mentionne explicitement plusieurs écrits antérieurs. Les « feuillets » d'Abraham et de Moïse (sourate 87, versets 18 et 19), la Torah (Tawrât) donnée à Moïse comme « guide et lumière » (sourate 5, verset 44), les Psaumes (Zabûr) donnés à David (sourate 4, verset 163) et l'Évangile (Injîl) donné à Jésus (sourate 5, verset 46).
Le Coran se présente comme confirmant ce qui l'a précédé, tout en le « dominant » (sourate 5, verset 48). Les musulmans en tirent un respect pour les « gens du Livre » : ils sont invités au dialogue autour d'une « parole commune », adorer Dieu seul (sourate 3, verset 64). Ismaël Amin a réuni ces versets dans Quelques passages du Coran concernant les autres révélations, où figurent aussi les passages critiques envers certaines croyances, comme la divinité attribuée à Jésus.
Sur l'état actuel de la Torah et de l'Évangile, les savants musulmans ne s'expriment pas tous de la même manière. Beaucoup estiment que des altérations (tahrîf) sont intervenues dans les textes ou dans leur interprétation, d'autres insistent surtout sur l'interprétation. Tous s'accordent à dire que le Coran, lui, est le critère qui permet de les juger. On retrouve ce thème dans le débat islamo-chrétien sur Jésus publié par Oumma.
Comment le Coran a-t-il été révélé ?
Les musulmans croient que le Coran est la parole de Dieu, transmise à Muhammad par l'ange Gabriel (voir Anges et Jibrîl). Selon Tahar Gaïd, la Révélation s'est étalée sur environ vingt-trois ans, entre 612 et 632, d'abord à La Mecque puis à Médine. Le Prophète se retirait alors dans la grotte du mont Hira, près de La Mecque, et c'est là qu'aurait eu lieu la première révélation, avec les premiers versets de la sourate 96 (« Lis au nom de ton Seigneur qui a créé »).
Le Coran n'est pas descendu d'un seul bloc. Dans Présentation du Coran (1re partie), Tahar Gaïd explique que cette descente progressive répondait aux événements vécus par les croyants et leur permettait de comprendre et d'appliquer l'enseignement pas à pas. Il cite aussi Muhammad Hamidullah, pour qui le style coranique, ses changements de ton et ses rythmes, s'expliquent par la manière dont le texte était dit à l'assemblée.
Le Coran désigne lui-même la nuit où il a commencé à descendre : la nuit du Destin (sourate 97), dans le mois de Ramadan (sourate 2, verset 185). Voir la notice du lexique sur Laylat al-qadr, et les pages sur le Ramadan. La vidéo d'Oumma La première révélation du Coran et celle sur le choix du mois de Ramadan prolongent cette réflexion.
Comment est organisé le Coran et comment le lit-on ?
Le Coran compte 114 sourates, de longueur très inégale, divisées en versets. La première est Al-Fâtiha ; elles sont classées, pour l'essentiel, de la plus longue à la plus courte, et non dans l'ordre de leur révélation. On distingue les sourates dites mecquoises et médinoises selon la période de leur révélation. Le texte est aussi découpé en trente parties (juz'), pour une lecture régulière, notamment pendant le Ramadan (voir Juz' et Hizb). Pour lire le texte en français et en arabe sur Oumma, rendez-vous sur la page Le Coran.
La tradition des savants a développé des disciplines pour le comprendre : l'exégèse (tafsîr), l'art de la récitation (tajwîd), l'étude des circonstances de la révélation. Azzedine Guellouz propose, dans Le principe de « lecture totale » du Coran, de rapprocher les versets entre eux plutôt que de les isoler. Le Coran est aussi, avec la Sunna du Prophète, la première source du droit musulman (voir Charia et fiqh).
Selon la Tradition, le texte a été rassemblé en un volume après la mort du Prophète, puis fixé sous le calife Othman (voir les premiers califes). Les musulmans voient dans le texte actuel celui que Dieu a promis de préserver (sourate 15, verset 9). Ce sujet est parfois discuté par des chercheurs, et Oumma a publié sur le sujet des points de vue divers, comme Critiques des nouvelles lectures critiques du Coran.
Révélation, rêve et inspiration : où s'arrête la prophétie ?
Dans la tradition musulmane, le rêve véridique occupe une place particulière. Un hadith bien connu fait du songe véridique une partie de la prophétie. Abd El Hafîd Benchouk situe, dans Le rêve en islam : entre révélation divine, songe véridique et tradition spirituelle, le rêve à la croisée de ces trois domaines. Tahar Gaïd rappelle de son côté que le Prophète a d'abord reçu la Révélation sous forme de visions pendant son sommeil. Pour les prophètes, ces visions relèvent du wahy lui-même : le rêve d'Abraham, par exemple, est tenu pour un ordre de Dieu (sourate 37, verset 102 ; voir aussi Les rêves).
Pour autant, le rêve d'une personne ordinaire n'est pas une révélation : il ne contient pas d'obligation religieuse et ne s'ajoute pas au Coran. C'est pourquoi les spécialistes classiques de l'interprétation des rêves en font une affaire de prudence et de signes. La même distinction se retrouve en spiritualité : l'inspiration, qu'évoque Ibn 'Arabî, n'a pas valeur de texte sacré. Cette limite est un principe de l'islam sunnite : avec le Prophète, dernier des messagers (sourate 33, verset 40), la révélation législative est close.
Cette clôture explique l'importance donnée à la préservation du texte et à la transmission du hadith, qui conserve les paroles et actes du Prophète. Le Coran reste donc le seul livre révélé que les musulmans considèrent comme intégralement préservé dans sa forme.



















