Que signifie maturidisme ?
Maturidisme (الماتريدية, al-mâturîdiyya) vient du nom d'Abû Mansûr al-Mâturîdî, théologien de Samarcande, dans l'actuel Ouzbékistan. Son nom renvoie à Mâturîd, un quartier de cette ville. On dit d'un savant de cette école qu'il est maturidite.
Comme l'ach'arisme, le maturidisme est une école de kalâm : il expose la croyance (aqîda) par l'argumentation rationnelle. Ce n'est pas une école de droit. Il est lié à l'école hanafite, dont il prolonge les positions de croyance attribuées à Abû Hanîfa. Pour situer les deux écoles dans le sunnisme, voir la page sunnisme.
Qui était al-Mâturîdî ?
Al-Mâturîdî meurt à Samarcande en 944 (333 de l'Hégire), quelques années après al-Ash'arî, sans que les deux hommes semblent s'être connus. Il écrit dans un milieu hanafite, en Transoxiane, loin de Bagdad. On lui doit un Kitâb al-tawhîd, traité sur l'unicité divine, et un commentaire du Coran, les Ta'wîlât.
Son école se développe ensuite en Asie centrale. Abû al-Mu'în al-Nasafî (mort en 1114) la systématise, et Najm al-Dîn 'Umar al-Nasafî (mort en 1142) en tire un court credo, les 'Aqâ'id, appris dans les écoles pendant des siècles. Le commentaire qu'en a fait al-Taftâzânî, un savant plutôt ach'arite, montre la proximité des deux écoles.
Quelles différences avec l'ach'arisme ?
Les maturidites partagent l'essentiel avec les ach'arites : attributs divins réels, Coran parole incréée de Dieu, vision de Dieu dans l'au-delà, refus d'exclure de l'islam le croyant pécheur. Ils s'en distinguent sur plusieurs points.
La raison a un rôle plus large. Pour les maturidites, l'homme peut connaître par la raison l'existence de Dieu et l'obligation de croire en lui, même sans prophète, et beaucoup d'actes sont bons ou mauvais en eux-mêmes. Pour les ach'arites, ces obligations naissent de la révélation.
La liberté humaine est décrite par le choix (ikhtiyâr) : Dieu crée l'acte, mais l'homme le choisit réellement, ce qui le rend responsable. La foi est l'adhésion du cœur, qui n'augmente ni ne diminue, selon la position hanafite ; les maturidites refusent donc de dire « je suis croyant, si Dieu le veut », formule que les ach'arites admettent. Les auteurs classiques ont dressé des listes d'environ une douzaine de divergences, souvent présentées comme des nuances de vocabulaire. Voir aussi mu'tazila, l'école rationaliste à laquelle les deux répondaient.
Où le maturidisme est-il suivi ?
Le maturidisme a suivi l'expansion hanafite. Il a été la théologie officielle de l'Empire ottoman et domine encore en Turquie, dans les Balkans, en Asie centrale, en Afghanistan et dans le sous-continent indien, où l'école de Deoband s'en réclame. Al-Azhar l'enseigne à côté de l'ach'arisme.
Omero Marongiu-Perria souligne, dans Qu'est-ce qu'un musulman ?, que le maturidisme s'est imposé avec l'école hanafite, « qui dominera l'ensemble du monde musulman non arabe », et qu'il partage avec l'ach'arisme une lecture « inclusive » de la foi. Dans un autre article, il évoque une théologie « hanafite-maturidite » attentive aux rapports avec les non-musulmans. Baptiste Brodard rappelle enfin que les traditionalistes sunnites revendiquent trois appartenances : une école juridique, une école de croyance, ach'arite ou maturidite, et souvent le soufisme.



