Que signifie wahhabisme ?
Wahhabisme (الوهابية, al-wahhâbiyya) vient du nom de Muhammad ibn 'Abd al-Wahhâb. Le mot reprend donc le nom de son père, 'Abd al-Wahhâb, « serviteur du Donateur », al-Wahhâb étant l'un des noms de Dieu. On parle de wahhabites pour ses partisans, et l'on trouve aussi les graphies wahabisme ou wahhabiyya.
Ce nom vient de ses adversaires. Les partisans du mouvement le refusent, car il semble faire d'un homme le fondateur d'une nouvelle religion. Ils se désignent comme muwahhidûn (« ceux qui proclament l'unicité de Dieu »), « gens du tawhîd », gens de la Sunna, ou simplement salafis.
Dans le « wahhabisme », arme fatale du néo-orientalisme, le chercheur Pascal Ménoret rappelle que le terme a d'abord servi d'injure, puis de catégorie dans la littérature diplomatique européenne du XIXe siècle, et qu'il reste très relatif : « on est toujours en quelque sorte le wahhabite de quelqu'un ».
Qui était Muhammad ibn 'Abd al-Wahhâb ?
Muhammad ibn 'Abd al-Wahhâb naît en 1703 à al-'Uyayna, dans le Najd, dans une famille de juges de l'école hanbalite. Il étudie notamment à Médine et à Bassora, puis prêche contre des pratiques qu'il juge contraires à l'unicité divine : visites aux tombeaux des saints pour leur demander des faveurs, vénération d'arbres ou de pierres. Son ouvrage le plus connu est le Kitâb al-tawhîd, « Le livre de l'unicité ».
Chassé d'al-'Uyayna, il s'installe à Dir'iyya, où il conclut en 1744 un pacte avec l'émir Muhammad ibn Saoud : l'émir soutient sa prédication, le prédicateur légitime le pouvoir de l'émir. Hamadi Redissi a consacré à cette alliance un livre, Le pacte de Nadjd, présenté sur Oumma par Ian Hamel dans le wahhabisme peut-il devenir l'islam majoritaire ?. Muhammad ibn 'Abd al-Wahhâb meurt en 1792. Ses descendants, la famille Âl al-Cheikh, occupent encore des fonctions religieuses de premier plan en Arabie saoudite. Son propre frère, Sulaymân, avait écrit contre sa doctrine.
Que prêche le wahhabisme ?
Le centre de la doctrine est l'unicité divine. Les wahhabites distinguent l'unicité de Dieu comme seul Seigneur, que même les polythéistes de La Mecque reconnaissaient selon eux, et l'unicité de Dieu comme seul digne d'adoration. Toute prière adressée à un autre que Dieu, demande d'intercession à un saint défunt ou recours à des amulettes relève à leurs yeux du chirk, l'association. D'où la destruction des mausolées et le rejet de nombreuses pratiques du soufisme et de la religion populaire.
En droit, le wahhabisme suit l'école hanbalite, mais veut revenir directement au Coran et à la Sunna. Pascal Ménoret insiste sur ce point : la réforme entendait rouvrir l'ijtihâd, l'effort d'interprétation, et limiter l'imitation des écoles, ce qui interdit selon lui de la réduire à un rejet de la réflexion. Hocine Kerzazi souligne au contraire, dans le salafisme, aux origines du littéralisme, un littéralisme qui dirigeait l'accusation de mécréance et d'associationnisme contre tous ceux qui ne partageaient pas cette doctrine.
Wahhabisme et Arabie saoudite : une histoire commune
Le pacte de 1744 donne naissance au premier État saoudien. Ses troupes attaquent Karbala en 1802, puis prennent La Mecque et Médine au début du XIXe siècle. Elles y détruisent des coupoles et des tombeaux vénérés, dont, selon le récit d'Hamadi Redissi rapporté par Ian Hamel, ceux de Khadija et de membres de la famille du Prophète. Une armée envoyée d'Égypte au nom des Ottomans détruit Dir'iyya en 1818.
Un deuxième État saoudien suit au XIXe siècle, puis Abdelaziz ibn Saoud reprend Riyad en 1902, conquiert le Hedjaz en 1925 et proclame le royaume d'Arabie saoudite en 1932. La doctrine wahhabite en devient l'islam officiel. Nabil Mati montre, dans la genèse de la monarchie saoudienne et du wahhabisme, que cette histoire a longtemps été écrite par des chroniqueurs au service des Saoud.
À partir des années 1960, grâce au pétrole, le royaume finance mosquées, universités et organisations à l'étranger, comme la Ligue islamique mondiale. En 2018, le prince héritier Mohammed ben Salmane a déclaré au Washington Post que cette diffusion répondait, pendant la guerre froide, à une demande des alliés occidentaux de Riyad, comme l'a rapporté Oumma.
Wahhabisme ou salafisme : pourquoi le mot fait débat
Les deux mots se recoupent sans se confondre. Le wahhabisme est un mouvement précis, né en Arabie au XVIIIe siècle. Le salafisme est une référence plus large aux premières générations, qui l'englobe aujourd'hui. La page ibadisme, réformisme et salafisme détaille cette différence.
Pascal Ménoret, dans la seconde partie de son analyse, décrit trois ruptures du XXe siècle : la conquête du Hedjaz, dont les oulémas chaféites et malikites ont participé à l'islam d'État ; l'accueil des Frères musulmans dans les années 1950 ; l'essor d'un islamisme saoudien contestataire. Il en conclut que l'islam officiel saoudien « n'est plus strictement wahhabite » et que le mot sert surtout d'arme polémique.
D'autres auteurs publiés par Oumma sont plus sévères. Hamadi Redissi décrit une « secte » devenue orthodoxie grâce au pétrole. Seydi Diamil Niane soutient qu'Ibn Taymiyya, référence revendiquée par les wahhabites, était un soufi trahi par le wahhabisme. Beaucoup de savants sunnites traditionnels, ach'arites et soufis, combattent le wahhabisme depuis le XVIIIe siècle ; ses partisans y voient au contraire le retour à l'islam des origines.








