Tawhid

توحيد

Prononciation : tawḥīd · Autres graphies : tawhîd, unicité divine

Définition

Tawhid : Affirmation de l'unicité absolue de Dieu, principe central de l'islam. Il implique que Dieu n'a ni associé, ni fils, ni égal, et que lui seul mérite l'adoration. Le tawhid est le fondement de la profession de foi et de toute la théologie musulmane.

Que signifie tawhid ?

Tawhîd (توحيد) est un nom verbal arabe formé sur la racine w-h-d, qui exprime l'unité : elle donne wâhid, « un », wahda, « unité », et wahdahu, « Lui seul ». La forme du mot indique une action : wahhada, c'est « rendre un » ou « tenir pour un ». Le tawhîd est donc l'acte d'affirmer que Dieu est un, plus qu'un simple constat. On le traduit par « unicité de Dieu », « monothéisme » ou « affirmation de l'unité divine ».

Le mot ne figure pas dans le Coran. Il apparaît dans la tradition : selon un hadith rapporté par Boukhari, le Prophète demanda à Mu'âdh ibn Jabal, envoyé au Yémen, d'appeler d'abord les gens à « affirmer l'unicité de Dieu », avec le verbe de la même racine. Les théologiens en ont fait le nom de toute leur discipline : la théologie musulmane est souvent appelée 'ilm at-tawhîd, « science de l'unicité ».

On trouve les graphies tawhid, tawhîd, tauhid ou tawheed. Le mot est masculin en français : on dit « le tawhid ». Une personne qui professe l'unicité est un muwahhid, pluriel muwahhidûn ; c'est le nom que se donnaient les Almohades, dynastie du Maghreb et d'al-Andalus aux XIIe et XIIIe siècles.

Le tawhid dans le Coran

Si le mot est absent, l'idée est partout. La sourate 112, appelée al-Ikhlâs, « le culte pur », et parfois sourate du tawhid, la condense en quatre versets. Elle commence par « Dis: «Il est Allah, Unique. » (sourate 112, verset 1) et se termine par « Et nul n'est égal à Lui» » (sourate 112, verset 4). Selon un hadith rapporté par Boukhari, le Prophète disait qu'elle équivaut au tiers du Coran.

D'autres versets en donnent la formule : « Et votre Divinité est une divinité unique. Pas de divinité à part Lui, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (sourate 2, verset 163). Le Coran avance aussi un argument : « S'il y avait dans le ciel et la terre des divinités autres qu'Allah, tous deux seraient certes dans le désordre » (sourate 21, verset 22). Il affirme enfin que Dieu ne ressemble à rien : « Il n'y a rien qui Lui ressemble » (sourate 42, verset 11).

Pour le Coran, le tawhid n'est pas une nouveauté apportée par Muhammad. Il est le message commun de tous les prophètes : « Et Nous n'avons envoyé avant toi aucun Messager à qui Nous n'ayons révélé: «Point de divinité en dehors de Moi. Adorez-Moi donc» » (sourate 21, verset 25). C'est pourquoi la tradition présente Abraham comme le modèle du croyant monothéiste.

Les trois catégories du tawhid

Beaucoup de cours de « leçons de tawhid » présentent une division en trois. Le tawhîd ar-rubûbiyya, l'unicité de la seigneurie, affirme que Dieu seul crée, fait vivre et gouverne le monde. Le tawhîd al-ulûhiyya, l'unicité de la divinité, affirme que Lui seul mérite l'adoration, ce que résume le verset « C'est Toi [Seul] que nous adorons » (sourate 1, verset 5). Le tawhîd al-asmâ' wa-s-sifât affirme l'unicité de Ses noms et de Ses attributs, que nulle créature ne partage.

Ce classement est surtout associé au théologien hanbalite Ibn Taymiyya, mort en 1328, puis au réformateur Muhammad ibn Abd al-Wahhab au XVIIIe siècle ; il est devenu la présentation habituelle dans les milieux salafistes. Il n'est pas universel. Les théologiens ach'arites et maturidites, majoritaires dans l'histoire du sunnisme, exposent plutôt l'unicité de Dieu dans Son essence, dans Ses attributs et dans Ses actes, et certains d'entre eux critiquent la séparation entre seigneurie et divinité.

Toutes les écoles s'accordent sur l'essentiel : Dieu est un, sans associé, sans enfant et sans égal, et l'adoration ne s'adresse qu'à Lui.

Le tawhid selon les écoles et les courants

Le tawhid a été au centre des grands débats de la théologie. Les mu'tazilites se désignaient comme « les gens de la justice et de l'unicité ». Pour préserver l'unité absolue de Dieu, ils refusaient de Lui attribuer des attributs éternels distincts de Son essence, et soutenaient que le Coran est créé. Faker Korchane, fondateur d'une association pour la renaissance de la pensée mu'tazilite, a présenté ces positions dans une conférence résumée par Oumma, La raison, cœur de l'Islam.

Chez les chiites duodécimains, le tawhid est la première des cinq « racines de la religion » (usûl ad-dîn), avant la justice divine, la prophétie, l'imamat et la résurrection.

Les soufis distinguent le tawhid du commun, l'attestation par la parole, et celui de l'élite spirituelle, la réalisation intérieure de l'unité. L'article d'Oumma Du dépassement de la raison dans le soufisme rapporte la réponse du maître bagdadien al-Shiblî, mort en 945, à qui l'interrogeait sur le sens profond du tawhid : tout ce que l'imagination distingue et que l'intelligence saisit est « contingent et créé comme vous-mêmes ». Al-Junayd, mort vers 910, parlait du « tawhîd de l'élite ».

Kitâb at-tawhîd : les livres du tawhid

Plusieurs ouvrages portent le titre Kitâb at-tawhîd, « Le livre de l'unicité », ce qui explique les recherches « livre tawhid ». Le dernier livre du Sahîh de Boukhari s'appelle ainsi et rassemble les hadiths sur les noms et attributs de Dieu. Le théologien al-Mâturîdî, mort en 944 à Samarcande, a laissé un Kitâb at-tawhîd qui fonde l'école maturidite. Le plus diffusé aujourd'hui est celui de Muhammad ibn Abd al-Wahhab, mort en 1792, court traité centré sur l'adoration et le rejet du chirk, base de l'enseignement wahhabite.

Au XIXe siècle, le réformiste égyptien Muhammad Abduh a publié en 1897 une Risâlat at-tawhîd, « Épître sur l'unicité divine ». Dans Panorama de la pensée musulmane moderne, Asma Sassi rappelle que ce livre a relancé des débats que la théologie officielle tenait pour clos, et qu'il n'était plus édité en français.

En France, le mot sert aussi de nom à des mosquées, à des centres culturels et à une maison d'édition lyonnaise, les éditions Tawhid. Dans la prière, beaucoup de fidèles lèvent l'index de la main droite pendant le tachahhud : ce geste est couramment appelé le signe du tawhid.

Tawhid, chirk et chahada : les mots voisins

Le contraire du tawhid est le chirk, l'association d'autres êtres à Dieu, que le Coran présente comme la faute la plus grave. Le rejet de Dieu lui-même relève du kufr.

Le tawhid s'exprime dans la chahada, la profession de foi, dont la première partie, lâ ilâha illâ Allâh, « il n'y a de divinité que Dieu », est souvent appelée « la parole du tawhid ». Le mot voisin ikhlâs, la sincérité, désigne l'attitude qui en découle : adresser son culte à Dieu seul. Le tawhid est aussi le premier des six piliers de la foi, la croyance en Dieu. Pour Allah, Ses noms et Sa miséricorde, voir la page Allah.

Dans le Coran

  • Coran

    « Dis: «Il est Allah, Unique. »

    Sourate 112, verset 1 →
  • Coran

    « Et votre Divinité est une divinité unique. Pas de divinité à part Lui, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. »

    Sourate 2, verset 163 →
  • Coran

    « S’il y avait dans le ciel et la terre des divinités autres qu’Allah, tous deux seraient certes dans le désordre. Gloire, donc à Allah, Seigneur du Trône; Il est au-dessus de ce qu’ils Lui attribuent! »

    Sourate 21, verset 22 →
  • Coran

    « Et Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager à qui Nous n’ayons révélé: «Point de divinité en dehors de Moi. Adorez-Moi donc». »

    Sourate 21, verset 25 →

Traduction de Muhammad Hamidullah.

Pour comprendre en détail : Dieu (Allah), Les prophètes, La chahada

Questions fréquentes

Quelle est la définition du tawhid ?+

Le tawhid est l'affirmation de l'unicité de Dieu : Dieu est un, Il n'a ni associé, ni enfant, ni égal, et Lui seul mérite d'être adoré. Le mot arabe توحيد vient de la racine w-h-d, « un », et signifie littéralement « tenir pour un ». C'est le principe central de l'islam, résumé par la formule « il n'y a de divinité que Dieu » et par la sourate 112.

Quels sont les trois types de tawhid ?+

Selon une division répandue, surtout associée à Ibn Taymiyya et aux milieux salafistes : le tawhîd ar-rubûbiyya (Dieu seul crée et gouverne), le tawhîd al-ulûhiyya (Lui seul est adoré) et le tawhîd al-asmâ' wa-s-sifât (Ses noms et attributs sont uniques). Les écoles ach'arite et maturidite présentent plutôt l'unicité de Dieu dans Son essence, Ses attributs et Ses actes.

Le mot tawhid est-il dans le Coran ?+

Non. Le Coran emploie d'autres mots de la même racine, comme wâhid, « un », et wahdahu, « Lui seul », et la sourate 112 dit de Dieu qu'Il est ahad, « Unique ». Le nom tawhîd apparaît dans les hadiths et chez les théologiens, qui en ont fait le nom de leur discipline, 'ilm at-tawhîd.

Qu'est-ce que le Kitâb at-tawhîd ?+

C'est le titre de plusieurs livres. Le plus connu aujourd'hui est le traité de Muhammad ibn Abd al-Wahhab (mort en 1792), centré sur l'adoration de Dieu seul et la condamnation du chirk. Le dernier livre du Sahîh de Boukhari porte aussi ce titre, comme l'ouvrage du théologien al-Mâturîdî (mort en 944). Muhammad Abduh a publié en 1897 une Risâlat at-tawhîd.

Quelle est la différence entre tawhid et chirk ?+

Ce sont deux contraires. Le tawhid affirme que Dieu est un et que Lui seul mérite l'adoration. Le chirk consiste à Lui associer d'autres êtres, en les adorant ou en leur attribuant des pouvoirs divins. Le Coran présente le chirk comme la faute la plus grave, celle que Dieu ne pardonne pas à qui meurt sans s'en repentir.

Pourquoi lève-t-on l'index pendant la prière ?+

Pendant le tachahhud, la position assise de la prière, beaucoup de musulmans lèvent l'index droit au moment de la profession de foi. Ce geste, transmis par plusieurs hadiths, est appelé le signe du tawhid : il exprime l'unicité de Dieu. Les écoles juridiques divergent sur le moment précis où lever le doigt et sur le fait de le bouger ou non.

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