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L’idylle insolite de Trump, artisan du «Muslim Ban» avec la dynastie wahhabite (2/2)

Un conseiller du prince héritier d’Abou Dhabi inculpé aux Etats Unis pour détention de matériel pornographique.Coup dur pour la stratégie d’endiguement de l’Iran, un des missi dominici américain en direction de l’Arabie saoudite et des Emirats Arabes Unis, Georges Nader, homme d’affaires américain d’origine libanaise, a été inculpé pour détention de matériel pornographique.

Son arrestation est intervenue le 4 juin 2019 une semaine après l’échec du triple sommet de la Mecque (islamique, arabe et Golfe), fin mai, et la décision de Benyamin Netanyahu d’organiser de nouvelles élections législatives israéliennes en septembre, faute de pouvoir former un gouvernement. Deux échecs qui ont renvoyé aux calendes grecques le lancement de la transaction du siècle, concoctée sous l’égide de Jared Kusgner, le gendre présidentiel américain.

Agé de 60 ans, Georges Nader a été conseiller du prince héritier d’Abou Dhabi, Mohamamd Ben Zayed et son chargé de mission auprès de l’équipe de campagne présidentielle de Donald Trump, en vue d’établir un partenariat privilégié entre les Emirats arabes Unis et les Etats Unis.
L’intermédiaire libano-américain avait entrepris des démarches similaires auprès d’Israël, la Russie et l’Arabie saoudite.Georges Nader avait été entendu par Robert Mueller chargé de l’enquête sur les interérecnes russes de la campagne présidentielle américaine. Objet d’une première interpellation en 1987, il a été arrêté le 4 juin 2019 à son arrivée à l’aéroport John F. Kennedy de New York, en vertu d’un mandat d’arrêt délivré en 2018, en raison du fait que «sur son portable, il conservait des photos de mineurs en position obscène».

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L’offre globale saoudienne

  • Une paix permanente au Moyen-Orient.
  • Une base américaine sur la mer rouge
  • Instrumentalisation de la religion musulmane et du secteur de l’information dans la lutte contre l’extrémisme.

Dès l’élection de Donald Trump en Novembre 2016, une équipe saoudienne s’est envolée vers les Etats Unis. Le prince Mohamad Ben Salmane n’avait pas de temps à perdre; pressé de faire acte d’allégeance au président élu, sans attendre son entrée en fonction, en janvier 2017. MBS était porteur d’un document secret que le journal libanais «Al Akhbar» s’est réussi à se procurer, dont les grandes lignes sont révélées ci-joint. Riyad n’était pas l’unique capitale à chercher à s’attirer les bonnes grâces du nouveau président américain, mais l’offre saoudienne ne se limitait pas à un catalogue d’initiatives visant à renforcer la coopération saoudo-américaine.

Par son offre globale, MBS livrait en fait les clés du Royaume, dans ses deux volets internes et externes, aux mains de Donald Trump, jusqu’alors très critique à l’égard du partenariat stratégique saoudo-américain, avant son élection.Intitulé «Vision saoudienne pour un partenariat stratégique avec les Etats-Unis sur le plan politique, sécuritaire, militaire, économique et culturel», le document préconise de renforcer la position des Etats- Unis dans ses négociations avec la Russie en faisant allusion aux menaces américaines de contraindre l’Arabie saoudite d’accroître sa production de pétrole jusqu’à hauteur de 15 millions de barils par jour.

POLITIQUE : Engagement de faire usage de son influence au sein du Monde arabe et musulman en vue de satisfaire les objectifs communs, notamment l’établissement d’une paix permanente au Moyen orient et le règlement du conflit israélo-palestinien.

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ECONOMIQUE: Aménagement d’une zone franche commerciale américaine sur les rivages de la Mer Rouge qui fasse office de porte d’entrée des Etats Unis vers l’Afrique et le Moyen-Orient.

-Création d’un fond d’investissement commun aux pétromonarchies pour le développement de l’Afrique au capital de 50 milliards de dollars.

MILITAIRE: Aménagement d’une base militaire américaine sur la Mer Rouge. Faire pression sur le Soudan en vue de le contraindre à accepter l’installation d’une base américaine sur son territoire et œuvrer en vue de limiter la coopération militaire entre l’Egypte et la Russie et entraver l’édification d‘une base russe sur le territoire du plus grand pays arabe.

Œuvrer en vue du développement des relations entre les Etats Unis st les pays musulmans, notamment sur le plan militaire avec le Pakistan. Riyad promet en outre d’affecter un budget de 50 milliards de dollars échelonnés sur 4 ans, dans le cadre des efforts visant à amplifier la coopération saoudo- américaine en matière de défense. En sus de la contribution financière, le Royaume s’engage à mettre à la disposition du président des Etats Unis un contingent en provenance des pays arabes et musulmans, dont les effectifs se situeraient entre 34.000 à 58.000 membres provenant de 37 pays, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, sous la conduite des Etats Unis. Ce contingent déjà disponible est d’ores et déjà à la disposition du président élu pour peu qu’il en fasse la demande.

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Saoud Al Qahtani est passé par là

La lune de miel se déroulait en toute harmonie jusqu’au surgissement de l’affaire Jamal Khashoggi. Une des rencontres majeures du périple américain du prince saoudien aura été son entretien avec les dirigeants du CSIS., au siège de l’institution. Le Center for Strategic and International Studies (CSIS), basé à Washington DC est un cercle de réflexion, d’influence et de conseil américain en matière de politique étrangère, fondé en 1962 par l’amiral Arleigh Burke et l’historien David Manker Abshire, originellement dans l’enceinte de l’Université de Georgetown.

Le centre conduit des études politiques et des analyses stratégiques sur de nombreux sujets en relation avec la politique, l‘économie, la sécurité, la finance la technologie et l’énergie.Le centre fut originellement crée dans le cadre de la Guerre froide, avec pour objectif d’encourager et renforcer un lien fort entre Européens et Américains face à l’URSS. Il compte dans son conseil d’administration Zbigniew Brzezinski (Conseiller sécurité de Jimmy Carter) et Henry Kissinger (Conseiller sécurité Richard Nixon). MBS y rencontra Frank A. Verrastro, vice-président du CSIS et John Alterman, directeur des programmes pour le Moyen Orient. Le CSIS a fait état d’une requête de Saoud Al Qahtani.

Saoud Al Qahtani

En sa qualité de superviseur du «Centre des Etudes pour les Affaires de Communication auprès du cabinet royal», Saoud Al Qahtani était en charge de la bonification de l’image du prince hériter auprès de l’opinion internationale, particulièrement américaine.

Ce titre pompeux cachait en fait une réalité hideuse. Chef de la brigade cybernétique royale, il était chargé de traquer la messagerie hostile à MBS et au Royaume. Il passe à ce titre pour être l’ordonnateur des basses œuvres du Prince. En collaboration avec la firme israélienne NSO, Saoud Al Qahtani avait mis au point un système de repérage et de traque des opposants saoudiens au Moyen orient et en Europe notamment au Qatar, en Turquie, en France et au Royaume Uni. Opérationnel depuis fin 2017, ce dispositif fonctionnait parallèlement au projet « Dark Matter», mis sur pied par Abou Dhabi, dès 2015, en collaboration avec d’anciens fonctionnaires de la CIA.

Le nom de Saoud Al Qahtani a été mêlé à l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, le 2 octobre 2018. Objet d’un mandat d’arrêt de la part de la Turquie, il sera le premier bouc émissaire de Mohamad Ben Salmane, sacrifié sur l’autel de la raison d’état pour disculper le prince héritier de sa responsabilité dans l’élimination de Jamal Khashooggi, point de départ d’un scandale médiatique mondial qui pourrait mettre à mal tout l’édifice patiemment construit par MBS pour hisser l’Arabie saoudite au rang de partenaire stratégique des Etats Unis au même rang qu’Israël.

Epilogue de cette idylle: Des concessions arabes sans contrepartie israélienne

La «transaction du siècle», visant à régler a minima la question palestinienne pour solde de tout compte, repose sur un principe basique: Des concessions arabes sans contrepartie israélienne, selon le schéma imaginé par Jared Kushner, un membre actif du lobby juif américain, qui en est le maître d’œuvre, selon les révélations contenues dans l’ouvrage de la journaliste Vicky Ward «Jared Kushner and inc: Greed, ambition and corruption».La recension de ce livre en langue arabe paru dans le journal libanais « Al Akhbar » est parue sur ce lien.

La transaction reposerait sur les principales articulations suivantes :

  • Israël conservera la totalité des terres qu’il juge nécessaire à sa sécurité.
  • La Jordanie a refusé l’idée de confédération tripartite Jordano- israélo-palestinienne de crainte que la souche bédouine de la population originelle de la Transjordanie ne soit submergée par la densité démographique palestinienne sur les deux rives du Jourdain. Le Royaume Hachémite s’est borné à réclamer une cogestion des Lieux Saints Musulmans de Jérusalem (Al Aqsa) et devrait céder une parcelle de son territoire aux Palestiniens afin de permettre l’édification d’un «état palestinien» sur le reliquat de la Cisjordanie non annexé par Israël. (NDLR Curieux procédé qui consiste à céder à la Jordanie une portion de la Palestine pour édifier un royaume hachémite à la solde d’Israël et de l’Occident, avant de rétrocéder une parcelle de la terre palestinienne spoliée aux Palestiniens, ses propriétaires originels, afin de consolider la sécurité d’Israël) .

L’Arabie Saoudite compensera à la Jordanie la portion de son territoire cédé aux Palestiniens, par une superficie équivalente du territoire du Royaume wahhabite.

Le prince héritier Mohamad Ben Salmane a proposé à Mahmoud Abbas la somme de dix milliards de dollars pour emporter l’adhésion du président de l’Autorité Palestinienne à cette transaction ainsi que l’installation d’une ambassade saoudienne à Abou Diss, la capitale de substitution à Jérusalem du futur état fantoche palestinien. L’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis s’engagent à construire un oléoduc reliant Gaza au Royaume wahhabite ainsi qu’une raffinerie de manière à y créer des emplois et à réduire le taux de chômage élevé dans l‘enclave.

Des dizaines de milliards de dollars seront déversés par les pétromonarchies du Golfe notamment à l’Egypte et à la Jordanie, les deux autres pays arabes parties prenantes à la transaction en vue de relancer leur économie. Un sommet économique devrait se tenir le 25 et 26 juin 2019, à Manama, point d’ancrage de la V me flotte américaine dans la zone Golfe Océan indien, en vue de dégager la voie à l’aide économique des pétromonarchies aux Palestiniens en compensation de la perte de leur identité et de leur souveraineté.

GAZA

L’Egypte a refusé de céder une portion du Sinaï à l’état palestinien croupion en vue d’élargir la superficie l’enclave palestinienne de Gaza pour la rendre viable. L’Egypte a donné à savoir qu’elle n’était pas disposée à s’encombrer des Frères Musulmans Palestiniens, majoritaires sous le Hamas à Gaza, alors qu’elle menait un combat sans répit contre les Frères Musulmans égyptiens.

Sur les suggestions du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Donald Trump a accepté que la transaction du siècle ne soit pas sous le parrainage exclusive de l‘Arabie saoudite, discréditée depuis l’affaire Khashoggi, mais qu’elle soit coparrainée par le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, afin de la rendre acceptable par la grande majorité des états sunnites arabes.

Pour une étude plus détaillée de la «Transaction du siècle», cf à ce propos l’analyse de l’influent journaliste Abdel Bari Atwane. Au début du XX me siècle, Abdel Aziz, fondateur du Royaume wahhabite, à l‘époque sultan du Najd, avait renoncé à la Palestine la cédant aux Juifs pour prix de son accession au trône. Un siècle plus tard, son fils et lointain successeur, le Roi Salmane en tandem avec son fils le prince héritier Mohamad Ben Salmane, bradait la question palestinienne pour solde de tout compte à leurs turpitudes: le Roi pour son rôle de collecteur de fonds du djihad afghan et du terrorisme islamique, son héritier, pour son rôle d’exterminateur de l’opposition saoudienne, glanant au passage l’un comme l’autre le qualificatif de porte étendard de l’«Islam des Lumières».

Auteur de deux plans de paix du conflit israélo-arabe, le chef de file du Monde sunnite n’a jamais pu freiner la colonisation de la Palestine, en dépit de toutes les prosternations du meilleur allié des Etats Unis dans le Monde arabe. La dynastie wahhabite mérite à ce titre la «laisse d’or de la servilité». Pour la postérité.

Notes: 

La dynastie wahhabite et le bradage de la Palestine 

As Charq al Awsat, le journal du Roi Salmane, le plus grand collecteur de fonds du djihad Afghan

Pour le lectorat arabophone, cf les liens suivants:

1 – La correspondance transaction du siècle

2- La Jordanie et l’OLP face à la traitrise de l’Arabie saoudite

3- MBS appat pour Abou Mazen: dix milliards de dollars et une ambassade à Abou Diss

4- Des personnalités palestiniennes de Jérusalem rejette la tutelle saoudienne

5- Adel Al Joubeir propose d’abolir l’Autorité palestinienne: Riposte de Malki, ministre palestinien des affaires étrangères

6 – Jordanie Arabie saoudite: Inquiétudes d’Abou Dhabi à propos de l’Arabie saoudite

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2 commentaires

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  1. Pacte du Quicy:
    “Le 14 février 1945, le président Roosevelt et A.Ibn Saoud se réunirent à bord du croiseur Quincy(1), à cette occasion le Pacte de Quincy fut signé. En effet pendant 60 ans, les Etats-Unis se voyaient assurés un accès privilégié au pétrole du Royaume en échange d’une protection militaire en cas de besoin. Une forte alliance était donc scellée, avec des conséquences à venir sur la scène moyen orientale. Lors de cet entretien Roosevelt tente d’obtenir l’appui du roi pour la création d’un foyer national juif en Palestine, chose qui lui fut catégoriquement refusé. Cependant le prédécesseur de Roosevelt, Truman se passera de cet accord et votera pour la création de l’Etat d’Israël ce qui sera vécu comme une trahison par les saoudiens.”

  2. L’occident avait créé tout ces états de la région, république et monarchie, depuis l’Atlantique jusqu’au Pacifique au nom de la célèbre formule diviser pour régner.

    C’est logique et c’est aussi dans l’ordre des choses que ces états demandent à leur créateur bienveillance et protection. J’aurais fait pareil.

    On ne peut pas demandé à dieu, pourquoi il a créé le mal. Personne n’a le droit sur ces réponses.

    Par contre l’occident doit répondre un jour de sa création.

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