Le sommet des BRICS+ se réunit à Kazan (Russie) du 22 au 24 octobre, dans un contexte international marqué par des conflits et des tensions géopolitiques graves, à l’image de ce qui se passe en Ukraine et au Moyen-Orient où les risques d’une guerre régionale, aux conséquences incalculables sur la paix et l’économie mondiales, apparaissent chaque jour davantage.
Devant l’impuissance des Nations Unies et de l’Europe à mettre fin à la guerre génocidaire menée par l’armée israélienne à Gaza et ce, en raison du soutien inconditionnel accordé par les Etats-Unis à l’Etat colonialiste et raciste d’Israël, les regards se tournent vers le groupe BRICS+ dont le sommet s’ouvre à Kazan ce 22 octobre.
En réunissant ce sommet, Poutine aura à cœur de montrer que la Russie n’est pas aussi isolée sur la scène internationale. En effet, les dirigeants d’une vingtaine d’Etats sont attendus au sommet de Kazan. Si le président brésilien Lula ne sera pas présent pour des raisons médicales, les présidents chinois, indien, iranien, égyptien, éthiopien et émirati seront bien présents.
Le président turc, Tayep Erdogan, dont le pays a exprimé début septembre son désir d’adhérer au groupe, sera un des invités de marque du sommet.
D’autres dirigeants de pays ayant manifesté leur volonté de faire partie de l’organisation comme le Mexique, la Colombie, la Corée du sud, la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie, le Vietnam, sont également attendus. L’Arabie saoudite, quant à elle, ne semble pas pressée de rejoindre le groupe et s’est contentée d’envoyer au sommet son ministre des Affaires étrangères.
Dans l’espoir d’engranger le soutien des pays du sud global, Poutine n’hésitera pas à rappeler que l’ambition du BRICS+ est de faire contre-poids à l’hégémonie américaine et de jeter les bases d’un nouvel ordre mondial plus équilibré. Il abordera sans doute les conflits en cours, Ukraine et Moyen- Orient, qui menacent la paix mondiale et le rôle néfaste que jouent les Etats-Unis et l’Otan dans l’alimentation de ces conflits.
La guerre en Ukraine et au Moyen-Orient au menu du sommet
On s’attend à ce que les présidents turc et iranien utilisent la tribune du sommet pour appeler les membres du BRICS+ à agir de manière plus décisive, en vue d’imposer l’arrêt de la guerre que mène l’armée israélienne à Gaza et au Liban, ainsi que la menace d’une attaque israélienne d’envergure contre l’Iran qui risque de dégénérer en guerre régionale aux conséquences incalculables sur la paix mondiale, si Israël réussit à entraîner les Etats-Unis dans le conflit.
Cependant, les calculs géopolitiques et économiques de chacun des membres du BRICS+, qui ne sont pas forcément similaires, ne permettent guère d’espérer de ce sommet des décisions à la hauteur des enjeux politiques et militaires aussi bien en Ukraine qu’au Moyen- Orient.
En Ukraine, la Chine a certes permis à la Russie de contourner certaines sanctions internationales et l’augmentation des importations chinoises de pétrole et de gaz russes constituent, sans aucun doute, une bouffée d’oxygène pour Moscou. Mais Poutine s’attendait à plus de la part de son allié chinois, qui a toujours refusé de s’impliquer militairement dans le conflit.
Au Moyen-Orient, rien ne laisse espérer une position décisive du BRICS+ en vue de mettre fin à la guerre israélienne, tant à Gaza qu’au Liban. Les membres du BRICS+, qui sont en même temps membres permanents du Conseil de sécurité (Russie, Chine), ont démontré tout au long d’une année de guerre effroyable à Gaza leur impuissance face au soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël, qui s’apparente à une autorisation de continuer le massacre des Palestiniens.
Pire, les membres du BRICS+ ne peuvent rien faire pour empêcher Israël de frapper l’Iran, qui est pourtant un des leurs. La seule question qui mérite d’être posée concerne leur attitude en cas d’une guerre régionale ouverte, dans laquelle les Etats-Unis seraient directement impliqués, et qui aurait pour objectif d’abattre la République islamique d’Iran.
Dans ce dernier cas, il est probable que la Russie et la Chine seraient obligées de lever les restrictions qu’elles appliquent jusqu’à présent sur la livraison d’armes stratégiques à l’Iran. En effet, jusqu’ici, la Russie a tergiversé dans l’armement de son allié iranien, en refusant de lui livrer les avions de combat Su-35 et les systèmes de défense aérienne S-400, officiellement en raison de l’embargo international sur l’Iran. Mais dans la réalité, Moscou a tout simplement cédé aux pressions israéliennes.
Que peut espérer le sud global du BRICS+ ?
Les opinions publiques dans le sud global, et en particulier en Afrique et dans le monde arabe, attendent beaucoup du BRICS+ pour faire contre-poids à l’hégémonie étouffante occidentale, et tout spécialement américaine. Mais peut-être qu’elles attendent trop d’un ensemble mi-politique mi-économique, dont l’hétérogénéité interdit de se projeter comme un bloc géopolitique consistant.
Il ne fait aucun doute que des puissances comme la Russie et la Chine ont les moyens d’arrêter la guerre au Moyen-Orient sans mettre en cause la sécurité d’Israël, un Etat avec lequel elles entretiennent de bonnes relations, faut-il le rappeler. Mais si elles ne le font pas, c’est parce qu’elles ne veulent pas prendre le risque de compromettre leurs intérêts économiques et stratégiques dans la région et dans leurs relations avec les Etats-Unis et l’Europe.
Que pèsent les milliers de morts de Gaza devant les 3000 milliards de dollars du Fonds d’investissements des Emirats vers lesquels lorgnent la Russie et l’Inde ? Et que vaut le droit du peuple palestinien à l’autodétermination devant l’accès aux marchés américain et européen, qui constitue l’alpha et l’oméga de la politique étrangère chinoise ?
La montée croissante de la part du BRICS+ dans l’économie mondiale est un indice sérieux, qui montre qu’il faut désormais compter avec ce groupe aux côtés du G7 et du G20, ne serait-ce que comme un nouveau forum multilatéral où pourront se discuter les termes d’une nouvelle gouvernance mondiale. Mais de là à en espérer le règlement des problèmes de gouvernance qui déterminent l’avenir de la paix et du développement durable dans le monde, il y a encore un pas de géant à franchir.
Ce pas ne sera franchi qu’à la condition que les peuples du sud global, à commencer par les peuples arabes et africains, prennent leur destin en main, en se débarrassant des régimes autoritaires et corrompus qui empêchent l’expression de la vitalité et du génie de leur jeunesse, dont les meilleurs talents sont contraints à l’exil.
C’est là une condition nécessaire pour que les pays africains et arabes puissent enfin mettre à profit les contradictions et les rivalités internationales sur le long chemin de la libération, du développement et du progrès social pour tous, et non seulement pour de nouvelles oligarchies dont le seul horizon est de remplacer un maître par un autre.



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