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Il était une fois la Palestine : la bonne et noble cause de Justice en question

« Le message adressé par le monde à Israël était que le nettoyage ethnique de la Palestine était acceptable, en compensation de l’Holocauste et de plusieurs siècles d’antisémitisme en Europe. La Palestine a été détruite en douze mois – mais la Nakba se poursuit depuis 75 ans » Ilan Pappe, historien israélien

Résumé 

Cette contribution n’a pas trait spécifiquement à la situation du peuple palestinien. Tout au plus rappellerons-nous les étapes les plus dures d’un interminable calvaire, qui dure depuis plus de cent ans. Quand Lord Balfour décida d’offrir leur « home » aux Juifs.

L’effritement de la cause palestinienne est dû d’abord à la faiblesse de ses dirigeants, ensuite au manque d’unité. Les pays arabes, roulant chacun pour soi, mettent en œuvre la diplomatie du chéquier.

Nous arrivons à un tournant dangereux des Accords d’Abraham, signés à Washington, le 15 septembre 2020, qui voit se déliter la cause arabe, réduite à une négociation marchande, comme le recommande Ghaith al-Omari, l’un des négociateurs de la cause palestinienne passé à l’Ouest (il est aujourd’hui chercheur au Washington Institute for Near East Policy). Ce dernier proposant ni plus ni moins qu’une reddition en rase compagne…

Une capitulation peu glorieuse, aidée en cela par la politique de normalisation initiée par les Emirats Arabes Unis, auxquels ont emboîté le pas le Maroc, le Soudan, Bahreïn, sans compter les accords  scellés entre Israël, l’Egypte et la Jordanie.

Signature des Accords d’Abraham sous l’ère Trump

Il reste cependant un domino que l’administration américaine veut absolument gagner. Il s’agit de l’Arabie saoudite, qui serait prête à sauter le pas en échange de réacteurs nucléaires et de matériels militaires américains de dernières générations. Cependant, il ne faut pas se faire d’illusion. La dernière intervention de Benyamin Netanyahou fut on ne peut plus claire : il est farouchement opposé à la création d’un État palestinien. Une hostilité qui suscite fureur et condamnations.

Ainsi, il aurait déclaré qu’Israël devait mettre fin aux aspirations des Palestiniens à un État indépendant. « Nabil Abu Rudeineh, le porte-parole de la présidence palestinienne, soutient que l’établissement d’un État indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale est la seule solution pour parvenir à la sécurité et à la stabilité ». (1)

Petit rappel historique de la déliquescence de la cause palestinienne

Les tensions sont allées crescendo tout au long du mandat britannique sur la Palestine.

« L’opposition arabe au sionisme s’est manifestée de bonne heure. On l’a vue à l’œuvre dès avant 1914. Quand le mandat sur la Palestine, très favorable au sionisme, est confirmé par la S.D.N., le Congrès arabe palestinien proteste vigoureusement et refuse de reconnaître le fait accompli : Churchill, ministre des colonies,  publie, le 1er juillet 1922, un Livre blanc qui donne de la déclaration Balfour une interprétation restrictive. Il  indique qu’il n’est pas question de transformer l’ensemble de la Palestine en Foyer National Juif (…)  Les Palestiniens s’organisent : « En janvier 1922, ils décident la création d’un Conseil suprême musulman, choisi par les Arabes, dirigé par Hadj-Amine-el-Husseini, mufti de Jérusalem en mai 1921. Une très vive tension se développe et débouche dans la deuxième quinzaine d’août 1929 sur une explosion de violence. Une commission d’enquête formée pour étudier les causes des troubles. Un nouveau Livre blanc est publié en octobre 1930, qui recommande de limiter très sévèrement l’immigration et d’interdire l’achat des terres par les Juifs dans la majeure partie de la Palestine ». (2)

Les Palestiniens vendent leurs terres aux juifs sionistes   

C’est justement là que le cheval de Troie s’installe. Les Palestiniens vendent leurs terres aux Juifs.

« Dans une « Déclaration à la Nation arabe », rédigée en 1931, des voix s’élèvent pour dénoncer la passivité des élites, voire leurs complaisances dans la vente des terres aux Juifs. Dans un journal de 1931, on peut lire ce texte : « Nous vendons nos terres aux Juifs sans aucun remords. Les courtiers sont affairés jour et nuit à leur odieux commerce sans ressentir la moindre honte. Où allons-nous ? Si l’on considère la quantité de terres arabes transférées tous les jours entre des mains juives, on réalise que l’on sera obligé de quitter ce pays. Pour où ? Partirons-nous pour l’Egypte, le Hedjaz ou la Syrie ? Comment y vivrons-nous puisque nous aurions vendu les terres de nos pères et de nos ancêtres à nos ennemis ? Personne ne pourrait témoigner de la pitié si nous devions quitter le pays, parce que nous l’aurions perdu de nos propres mains ». Le rapport de la commission Peel est publié le 7 juillet 1937. Les auteurs se déclarent convaincus de l’impossibilité de faire coexister Arabes et Juifs dans une même entité nationale :  « La commission se prononce pour le partage de la Palestine en :un Etat juif comprenant la Galilée et une partie de la plaine côtière (soit 1/4 de la superficie du pays) ; un Etat arabe comprenant le reste du pays, à l’exception d’un corridor allant de Jérusalem à la mer qui resterait sous mandat britannique » (2)

Le rouleau compresseur de la désagrégation de la Palestine originelle devient inévitable. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies adopta la résolution 181, qui prévoyait le partage de la Palestine en un État juif et un État arabe.

Dès le départ, les Palestiniens furent dépossédés de plus de 50% des terres. Pour rappel, la première Intifada eut lieu le 9 décembre 1987. Le 28 septembre 2000, débuta la seconde Intifada ou Intifada al-Aqsa. Le déclenchement de l’Intifada serait dû à la visite de l’Esplanade des Mosquées par Ariel Sharon. Bien plus tard, le dernier carnage remonte à juillet 2014. Les Israéliens ont provoqué des dégâts sans équivalent depuis 1967, avec plus de deux mille morts, dont cinq cents enfants. 

Depuis les accords d’Abraham, la donne a changé ; on demande aux Palestiniens de se contenter de leur sort de deuxième collège et de s’intégrer dans la dynamique marchande des signataires qui acceptent le fait accompli. Israël n’obéissant à aucune des résolutions votées par les Nations Unies. Et c’est un euphémisme…

Le monde assiste, indifférent, au massacre des Palestiniens

En dehors de l’expropriation des terres, l’armée israélienne ne se contente plus de tuer les adultes palestiniens par dizaines. Elle s’attaque aussi aux enfants. La mort insoutenable de Mohammed Tamimi, deux ans, l’innocence personnifiée, survenue récemment, bouleverse les consciences. Sa cousine qui le pleure n’est autre que la désormais célèbre Ahed Tamimi. Ce genre de crime odieux se reproduira tant qu’Israël continuera à jouir d’une impunité flagrante.

Le petit Mohammed Tamimi a été tué par un sniper israélien

C’est pourtant le sort du petit palestinien Mohammed Tamimi. Les images d’enfants déchiquetés dans les multiples bombardements israéliens sur la bande de Gaza ne se comptent plus. Le ministère palestinien de la Santé a annoncé un lourd bilan macabre : « le nombre des Palestiniens tués par l’armée sioniste a atteint les 170 depuis le début de cette année et celui des blessés 91, dont 23 sont dans un état critique» (3)

Le site Oumma.com rapporte : « Les semaines se suivent en Palestine occupée, chaque fois pires que les précédentes. Celle qui vient de s’écouler fut un véritable enfer. C’était la première fois depuis 20 ans qu’Israël bombardait la population palestinienne en Cisjordanie. Quelques heures après, c’est avec un drone qu’Israël a assassiné quatre jeunes hommes dans leur voiture.Les Palestiniens n’ont cependant pas à faire face seulement à l’armée d’occupation : leur quotidien est rythmé, jour et nuit, pas la violence débridée de colons dans la toute-puissance encouragée par l’impunité qui leur est assurée par un pouvoir à leur botte. En février, ce furent 15 villages palestiniens qui ont vécu des pogroms : maisons, commerces et véhicules incendiées, écoles et mosquées incendiées, cultures et arbres incendiés, des habitants livrés à ces bandes de voyous fous furieux  Face à un tel tableau, on aurait dû assister à une mobilisation de la communauté internationale pour dénoncer, et condamner les criminels ; on aurait dû voir se réunir les grands de ce monde pour arrêter les assassins ; on aurait dû voir une mobilisation du monde dit libre pour assurer la protection du peuple palestinien » (4)

Sur LCI, le prince Turki ben Fayçal, qui a dirigé durant plus de 22 ans les services secrets saoudiens, a lui-même dénoncé le deux poids deux mesures des Occidentaux : « Israël n’a pas été sanctionné pour son agression contre le monde arabe depuis 1967, en occupant la Palestine. Au même moment, dans le conflit en Ukraine, les pays occidentaux ont immédiatement imposé des sanctions contre la Russie. Le droit de veto devrait être réorganisé » (5)

Dans le même ordre : « Le 28 juin, Le coordinateur de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Tor Winnesland, a souligné, la nécessité d’une action collective et urgente pour arrêter la violence dans le territoire palestinien occupé. il a informé le Conseil de sécurité et présenté le vingt-sixième rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de la résolution  2334 du Conseil de 2016. “L’approfondissement de l’occupation, l’expansion des colonies, les niveaux élevés de violence contre les civils (…), surtout, l’absence d’horizon politique, sapaient rapidement l’espoir de trouver une solution au conflit » (6)

La colère des Palestiniens face à l’approbation de 4 560 logements en Cisjordanie

Le projet d’approbation de 4 560 logements dans diverses zones de Cisjordanie est désormais entériné. Netanyahou a approuvé la construction de plus de 7 000 nouveaux logements, dont la plupart sortiront de terre en Cisjordanie. « Nous continuerons à développer des colonies et à renforcer l’emprise israélienne sur le territoire », a martelé le ministre des Finances, Bezalel Smotrich.

Pour sa part, le secrétaire général des Nations unies a exprimé sa « profonde préoccupation » quant à la construction prochaine de plus de 4 000 logements dans les colonies par l’entité sioniste.

Les colonies de peuplement constituent « une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution à deux Etats et à une paix juste, durable et globale. L’expansion de ces colonies illégales est un facteur majeur de tensions et de violence, et exacerbe les besoins humanitaires et sape les droits légitimes du peuple palestinien à l’autodétermination et à la souveraineté » (7)

L’histoire de la cause palestinienne après la Seconde Guerre mondiale

 Après la Seconde Guerre mondiale et avant la proclamation de l’Etat d’Israël, les promesses du président Roosevelt à Ibn Saoud, faites sur le croiseur le Quincy, méritent d’être rappelées : « C’est sur le Quincy, écrit l’historien Henry Laurens, un navire de guerre américain, que Franklin Roosevelt, de retour de Yalta, a rencontré le premier roi d’Arabie saoudite, Abdel Aziz Al-Saoud, le 14 février 1945. Les trois textes donnent pour l’essentiel les mêmes informations. La première question abordée a été celle des juifs de Palestine. Les deux chefs d’État sont plutôt d’accord en ce qui concerne les réfugiés juifs en Europe : Ibn Saoud marque que les Arabes sont prêts à mourir plutôt qu’à céder la Palestine. C’est alors que Roosevelt prend le seul engagement. Il souhaite assurer au roi qu’il ne fera rien pour aider les juifs contre les Arabes et ne mènera aucune action hostile au peuple arabe. (…)  À son retour, il affirmera qu’il a davantage appris sur la Palestine en cinq minutes de la part d’Ibn Saoud que dans toute sa vie précédente. Les Arabes ne voulaient pas un juif de plus en Palestine » (8)

Il y eut ensuite la création de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1948, avec une partition qui favorisa Israël et engendra la grande catastrophe que fut la Nekba, condamnant à l’errance et à l’exil sans retour des centaines de milliers de personnes, victimes d’une épuration ethnique implacable. Notamment à Der Yassine.

Les deux guerres perdues plus tard, en 1967 et 1973, n’ont pas fait bouger les lignes dans le sens de la conformité d’Israël aux résolutions du 22 novembre 1967. Tout au plus des vœux pieux, comme celui de l’Emir Fayçal, assassiné le 25 mars 1975, qui évoquait inlassablement, devant tous ses visiteurs, son rêve d’aller prier à Jérusalem. Deux ans après, la politique des petits pas de Henri Kissinger conduisit le président égyptien à normaliser sa relation avec Israël, en novembre 1977.

Ce jour-là, à la Knesset, Anouar el-Sadate réitèra les propositions de l’Égypte pour aboutir à une paix durable : le retrait total des territoires occupés par Israël depuis 1967, tout en réaffirmant qu’il n’y aura pas de paix séparée sans les Palestiniens.

Dans son discours, Menahem Begin refusa catégoriquement de reconnaître un État palestinien indépendant. Le rapprochement de l’Égypte avec Israël déclencha une levée de boucliers de la plupart des gouvernements arabes. Il y eut la création du Front du Refus ( Syrie, Yémen , Lybie, Algérie) qui, au fil des années, a fini par disparaître.

Nous arrivons, au tournant du millénaire, à la dernière initiative unifiée prise par les pays arabes, à l’exception de la Lybie et de l’Irak : Une initiative arabe de paix. La position de la Ligue Arabe sur le conflit israélo-arabe s’inscrit pleinement dans l’initiative de paix arabe qui fut adoptée à l’unanimité en 2002, lors du Sommet arabe de Beyrouth. Il s’agissait d’un engagement global et au plus haut niveau de tous les pays arabes en faveur d’une paix totale et, en cela, cela constitua une nouveauté. Ensuite, cela déboucha sur une approche globale et compréhensive de tous les volets, de tous les enjeux et aspects du conflit israélo-arabe (9).

Combien vaut la cause palestinienne?

Fin novembre 2020 (selon des sources israéliennes), le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a rendu visite au prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane.

« Il s’est envolé pour se rendre à Neom, ville futuriste située dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, près d’Israël. En août, le Premier ministre israélien avait déjà affirmé qu’il y a «beaucoup» de «rencontres non médiatisées avec des leaders arabes et musulmans pour normaliser les relations avec l’Etat d’Israël». Mais un accord de normalisation, s’il intervient, se ferait aussi à un prix «élevé» et les Saoudiens demanderont, à l’instar des Emirats, un «tas de choses» comme des «armes de pointe», ajoute cet analyste. Il fait référence aux jets de combat F-35 de dernière génération que les Etats-Unis ont accepté de vendre à Dubaï, après l’accord de normalisation israélo-émirati. (…) Benyamin Netanyahou a placé l’extension des liens avec l’Arabie saoudite au premier plan de son nouveau gouvernement. Dans une interview à la télévision  Al Arabiya, il a affirmé que la normalisation était la clé de la paix entre Israël et la Palestine » (10).

Ryad voit des avantages à normaliser ses liens avec Israël. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a déclaré que la normalisation des relations entre Ryad et Israël apporterait des avantages significatifs à la région.

“Nous pensons que la normalisation est dans l’intérêt de la région, qu’elle apporterait des avantages significatifs à tous. Mais sans trouver un chemin vers la paix pour le peuple palestinien, sans relever ce défi, toute normalisation n’aura que des avantages limités », je pense que nous devrions continuer à penser à  une voie vers une solution à deux États, pour donner aux Palestiniens la dignité et la justice » (…)  Si elle est prise au pied de la lettre, l’utilisation de l’expression « voie vers une solution à deux États » indique que Ryad se contenterait qu’Israël prenne des mesures dans ce sens pour que le royaume normalise ses relations avec Israël.  (…)Ces derniers mois, l’administration Biden a intensifié ses efforts pour négocier un accord de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite. L’Arabie saoudite s’est montrée disposée à envisager l’idée, mais demande plusieurs concessions importantes de la part des États-Unis. Outre la coopération sur le programme nucléaire, Ryad attend également des garanties économiques et de sécurité de la part de l’administration Biden » (11)

À quoi rime la paix israélo-saoudienne de Joe Biden?

Y a-t-il un prix à payer pour rentrer dans le rang de la normalisation ? À Riyad, écrit Andrés Allemand Smaller , « le prince héritier vend cher la peau des Palestiniens. En perte d’influence, Washington vient quémander des concessions. Blinken, chef de la diplomatie de Joe Biden, est à Riyad pour convaincre le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman de négocier un accord de paix. Le contraste est saisissant. Il n’est plus question de pourparlers sur «la solution des deux États» (Israël et Palestine). Biden préfère poursuivre sur la voie tracée par l’équipe de Trump : élargir les Accords d’Abraham passés en 2020 entre l’État hébreu et quatre pays arabes : Bahreïn, Émirats arabes unis, Maroc et Soudan. Washington rêve de décrocher le gros lot : une signature saoudienne, susceptible d’entraîner d’autres États. Quant aux Palestiniens, ils attendront » (11)

« Washington semble également prêt à tout pour offrir une victoire à Benyamin Netanyahou. Faut-il y voir une tentative de séduire, aux États-Unis, les électorats juifs et évangéliques avant l’élection présidentielle de 2024 ? L’Arabie Saoudite accepte même, depuis l’été dernier, le survol de son territoire par des avions de ligne partis de Tel-Aviv. Il se pourrait que des musulmans d’Israël puissent venir en pèlerinage à La Mecque sur un vol direct. Si Biden veut des concessions de MBS, il devra y mettre le prix » (11). 

Le rouleau compresseur de la reddition sur le dos de la Palestine

D’une façon imperceptible, des petits gestes ont eu lieu. L’Arabie saoudite a ainsi modifié le contenu de ses manuels scolaires relatif à Israël : « Les termes négatifs désignant les juifs et les chrétiens disparaissent peu à peu des manuels scolaires saoudiens, selon CNN. Un changement sans doute destiné à préparer la population à une éventuelle normalisation avec l’État hébreu. « Presque tous les exemples décrivant les chrétiens et les juifs de manière négative » ont été supprimés des manuels scolaires saoudiens. C’est ce que mentionne un rapport de l’Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education (Impact-se) publié le mois dernier et révélé   par CNN. Cette organisation israélienne surveille principalement la manière dont l’État hébreu et les juifs sont présentés dans les textes éducatifs. Les allégations « selon lesquelles les juifs et les chrétiens sont les ennemis de l’islam » ont notamment été supprimées, selon l’étude. Certaines références à « l’ennemi israélien » ou « l’ennemi sioniste » ont été remplacées par « l’occupation israélienne » ou « l’armée d’occupation israélienne ». (12)

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« Ce n’est pas la première fois que les programmes scolaires saoudiens sont soumis à des modifications pour des raisons politiques. En 2019, l’expression comparant les juifs à « de vrais singes » avait été retirée d’un livre de seconde. Pendant des décennies, le gouvernement a cherché à asseoir sa légitimité dans le pays et à l’étranger en s’appuyant sur son statut de berceau de l’islam, terre de ses deux sites les plus sacrés, mais Riyad s’est orienté ces dernières années vers une forme de nationalisme s’éloignant de la religion ». (12).

Les Émirats arabes unis vont enseigner l’histoire de l’Holocauste

Les Emirats ont été les premiers à courir après la normalisation, après la signature des Accords d’Abraham : « Conseillé par Impact-se, le ministère de l’Éducation des Émirats arabes unis met pour sa part à jour ses programmes scolaires pour y inclure l’enseignement de la Shoah dans les écoles primaires et secondaires. L’ambassade émiratie à Washington a annoncé le 5 janvier que les écoles de la fédération avaient commencé à enseigner l’histoire de l’extermination des juifs, marquant un pas de plus dans le processus de normalisation. L’ambassadeur d’Israël aux Émirats arabes unis, Eitan Na’eh, a visité l’exposition commémorant l’Holocauste au Crossroads of Civilizations Museum à Dubaï, en mai 2021. La représentation émiratie à Washington a annoncé, le 5 janvier, l’enseignement aux Émirats arabes unis de l’histoire de l’extermination des Juifs. Une décision qui marque un pas en plus dans le processus de normalisation des relations entre Israël et les EAU. Le contenu pédagogique se fera en partenariat avec Yad Vashem, Institut international pour la mémoire de la Shoah, créé en 1953 et basé à Jérusalem. En 2021, une exposition dédiée à la commémoration de la Shoah s’est tenue au Crossroads of Civilizations Museum de Dubaï » (13).

Washington ne financera plus la recherche avec Israël en Cisjordanie occupée

Quelles mesures de rétorsions faudrait-il prendre pour faire entendre raison à Israël ? A coup sûr, l’Etat d’apartheid les traitera avec le plus grand mépris !

« Les Etats-Unis ont affirmé qu’ils allaient cesser de financer la recherche scientifique avec des institutions universitaires israéliennes en Cisjordanie, prenant leurs distances avec la politique de l’Etat hébreu dans ce territoire occupé. La décision s’appliquera de façon la plus notable à l’université d’Ariel, une institution majeure fondée en 1982 sur ce qui était à l’époque une nouvelle colonie en Cisjordanie » (14).   

Comme on le sait, les États-Unis ont usé (et abusé) plus de trente fois de leur droit de veto pour bloquer des résolutions concernant Israël. Il en va de même de tous les vassaux européens de l’Empire, littéralement tétanisés par Israël.

« Pour Marc Botenga, ce gouvernement «avoue ouvertement» qu’il viole le droit international. Il cite aussi le cas d’un ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, qui a appelé à raser le village palestinien de Huwara et qui a nié l’existence du peuple palestinien. En présence de Josep Borrell, vice-président de la Commission européenne et haut représentant pour la politique étrangère, le député s’est dit convaincu que l’Europe et le reste du monde auraient bougé si un autre État avait fait «la moitié du quart» de ce que fait subir Israël aux Palestiniens. «Prenons des sanctions ou suspendons pour le moins l’accord d’association», a-t-il suggéré » (15)

La reddition pour quelques dollars de plus  

C’est, en tout cas, l’affirmation à voix haute d’une reddition sonnante et trébuchante… Ghaith al-Omari, ex-négociateur palestinien devenu chercheur au Washington Institute for Near East Policy, déclare : « Aujourd’hui, à Ghaza ou en Cisjordanie occupée, la situation est totalement désespérée pour les jeunes Palestiniens. Environ 80% des Palestiniens estiment que l’Autorité palestinienne est corrompue et génère, elle aussi, un manque d’opportunités pour la jeune génération

Ghaith al-Omari pense qu’il faut coopérer. Il ne croit pas à un État de tous les citoyens ; pire encore, il suggère que les Palestiniens coopèrent avec Israël en taisant toute velléité d’autonomie : « En fin de compte, seule la solution à deux États, où chaque nation peut exprimer ses aspirations et son identité, est valable (…) Il faut réformer l’Autorité palestinienne et faire renaître l’espoir dans la validité de la coopération en encourageant les initiatives économiques conjointes et en poursuivant la coopération en matière de sécurité. (…) Donc le seul moyen de résoudre ce conflit est le dialogue.»(16)

Enfin, Ghaith al-Omari nous informe qu’à propos des accords d’Abraham : « les leaders palestiniens ne réalisent pas que la région est en train de changer ».

Il déclare : « Nous assistons à une toute nouvelle façon de faire de la politique au Moyen-Orient, impulsée par les pays du Golfe. Je pense que les leaders palestiniens vivent toujours dans le passé. Le bon vieux temps des idéologies disparaît lentement. La question qui se pose donc aux Palestiniens, alors que tout le monde est concentré sur ses propres intérêts, est de savoir s’ils peuvent trouver un moyen de tirer profit de la nouvelle donne, ou s’ils se contentent de rester sur la touche et regarder l’Histoire passer devant eux. (…) S’ils s’engagent, ils obtiendront un soutien politique arabe accru. Au-delà du soutien politique, il peut également y avoir des possibilités dans le domaine économique. (…) Les Israéliens se sont presque habitués aux critiques en provenance de l’Égypte et de la Jordanie. Ils ne les prennent pas tellement au sérieux. Or, c’est la crainte de voir les Émirats arabes unis, qui ont développé des relations très profondes et très rapides avec Israël, couper les relations qui pousse Benjamin Netanyahu à faire pression sur son ministre pour qu’il s’abstienne de passer à l’action? Les Occidentaux et les acteurs régionaux ont compris que les Palestiniens sont trop faibles pour conclure un accord, et que les Israéliens ne sont pas intéressés ».(16)

Conclusion

Plus rien n’arrête le rouleau compresseur de l’extrémisme juif religieux. El Qods sera à terme judaïsé. Ni le roi de Jordanie, gardien des lieux depuis un siècle, ni le Maroc, en tant que responsable du Comité El Qods, n’ont protesté. Comme les autres pays arabes, ils acceptent le fait accompli.

Où sont les Arabes et leurs rodomontades, eux qui disposent des deux tiers des réserves pétrolières du monde ? Eux qui n’ont cessé de servir de variables d’ajustement, tétanisés par Israël et l’Occident ! Peuples des beaux départs, d’après Lawrence d’Arabie, mais au final, ils sont englués dans les temps morts.

La triste réalité est qu’Israël poursuit sa trajectoire, dévastatrice et mortifère, d’un État unique d’apartheid. Il se veut État juif aseptisé de ses Arabes, même israéliens, lesquels seront condamnés, à terme, à être transférés vers le territoire en peau de léopard laissé au peuple palestinien.

Le « négociateur palestinien » Ghaith al-Omari ne propose pas autre chose qu’une reddition en rase compagne, sous l’aile protectrice des Accords d’Abraham. Les Palestiniens deviendront des marchands oubliant leur passé, et s’inscrivant dans la realpolitik de l’argent roi, qui n’a pas d’odeur…

Les Palestiniens, qui acceptaient de vivre sur 18% de la Palestine originelle, n’ont personne à qui se plaindre. Les Nations Unies sont inertes et aphones, quant aux pays développés, ils ont choisi leur camp depuis longtemps : faire payer aux Palestiniens le prix fort, et foncièrement inique, de la shoah dont ils portent une responsabilité collective.

La position algérienne, dure à assumer, se décline ainsi : « Nous sommes tous avec la Palestine qu’elle soit agressée ou agressive, la cause palestinienne est sacrée, nous sommes solidaires du peuple palestinien. Exiger plus que lui, c’est de la démagogie, accepter moins que ce qu’il demande, c’est de la trahison », dixit feu Houari Boumedienne, président de la République algérienne de 1976 à 1978.

Il est pratiquement sûr que l’Arabie saoudite rentrera dans le giron des Accords d’Abraham. L’engrenage des conditions posées implique que les Etats-Unis doivent y mettre le prix, en terme d’équipements.

La cause palestinienne n’est, hélas, plus une cause suffisamment noble pour les Arabes dans ce XXIe siècle du chacun pour soi. Les pays arabes pensent, pour la plupart d’entre eux, que la diplomatie du chéquier permettrait de faire oublier leur propre responsabilité.

C‘est à se demander s’il y a du point de vue symbolique des causes qui valent encore d’être défendues ! Est-ce que les valeurs humanistes essentielles seront vaincues par les compromissions les plus viles et les violations abjectes des droits élémentaires des Palestiniens, et plus particulièrement des Gazouis qui vivent dans une prison à ciel ouvert ?  Non ! Il y a un devoir moral à assumer !

Professeur émérite Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique Alger

 

Notes : 

1.« Robert Moumdjian https://www.arabnews.fr/node/396736/monde-arabe

  1. Https://books.openedition.org/septentrion/48746?lang=fr

3.Ryad Hamdi https://www.tsa-algerie.dz/israel-tue-par-balles-un-enfant-palestinien-de-2-ans

4.https://oumma.com/une-semaine-en-enfer-honte-a-ceux-qui-ont-choisi-dabandonner-les-palestiniens-a-la-barbarie-disrael/ 23 juin 2023

5https://oumma.com/ukraine-et-palestine-le-prince-turki-ben-faycal-denonce-le-deux-poids-deux-mesures-des-occidentaux/.

  1. https://www.aps.dz/monde/157550-palestine-l-onu-appelle-a-une-action-collective-contre-les-violences-sionistesMercredi, 28 Juin 2023
  2. https://www.horizons.dz/onu-les-colonies-sionistes-sont-une-violation-flagrante-du-droit-international/ 20 Juin 2023

8.Henry Laurens https://orientxxi.info/magazine/de-quoi-parlaient-le-president-americain-et-le-roi-saoudien-en-fevrier-1945,1213 23 février 2016

9.Nassif Hitti  https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-l-orient-2009-4-page-37.htm

10.https://www.tdg.ch/visite-secrete-de-netanyahou-en-arabie-saoudite-490941927193 11.20,

11.Andrés Allemand Smaller  https://www.tdg.ch/a-quoi-rime-la-paix-israelo-saoudienne-de-joe-biden-319077341499 9 06 2023

12.https://www.lorientlejour.com/article/1341145/larabie-saoudite-modifie-le-contenu-de-ses-manuels-scolaires-relatif-a-israel.html  21 juin 2023

13.Philippine Masson,   https://www.lorientlejour.com/article/1323948/les-emirats-arabes-unis-vont-enseigner-lhistoire-de-lholocauste.html 10 janvier 2023

14.https://www.lorientlejour.com/article/1341784/washington-ne-financera-plus-la-recherche-scientifique-avec-israel-en-cisjordanie-occupee.html AFP / le 27 juin 2023

  1. https://www.tsa-algerie.dz/israel-le-deux-poids-deux-mesures-de-leurope-et-de-loccident/
  2. Marc Daou https://www. france 24. com/fr/moyen-orient/20230326-%C3%A0-gaza-ou-en-cisjordanie-la-situation-est-totalement-%C3%A9sesp%C3%A9r%C3%A9e-pour-les-jeunes-palestiniens
  3. Chems Eddine Chitour :Le calvaire Palestinien Préface Smail Hamdani Édts Casbah 2012.

 

 

 

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