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Qui est « barbare » ? Qui commet un génocide ?

L'article examine les inégalités dans la couverture médiatique du conflit israélo-palestinien et les accusations de génocide contre Israël.

Pourquoi lire cet article :

  • Pour comprendre les enjeux du conflit israélo-palestinien et les accusations de crimes de guerre.
  • Pour explorer la dynamique médiatique et politique autour de la situation en Palestine.

Sur France Culture, à un journal de midi et demi, le journaliste Thomas Cluzel présentait le conflit en cours en qualifiant les actions de l’armée israélienne de « brutales ». En revanche, celles du Hamas, le 7 octobre, étaient qualifiées de « barbares ». Cette vision des choses correspond, hélas, à ce que les médias français veulent nous imposer. Il faut y voir l’habitude de soutenir Israël et, depuis des années, la criminalisation des musulmans. 

Certes, 150 femmes et enfants palestiniens ont été libérés mais, dans le même temps, l’armée israélienne procédait à des arrestations massives en Cisjordanie ! Même les Palestiniens libérés savent que, du jour au lendemain, ils peuvent être de nouveau arrêtés. Un jeune garçon de 14 ans vient d’être libéré : il avait été arrêté en mai dernier pour jet de pierre : un tel acte est classé par les autorités militaires comme un « acte terroriste ». En France, pas un journaliste ne s’étonne de l’arrestation des enfants. Ahed Tamimi, d’habitude flamboyante, faisait une triste figure à sa sortie de prison ; elle avait été battue et, on l’avait menacée de tuer son père, aussi emprisonné, si elle parlait. A la date du 30 novembre, Israël détenait 8 600 Palestiniens, soit plus de 3 300 de plus depuis le 7 octobre.

En Cisjordanie, les colons qui, désormais, poursuivent leurs actions criminelles sous l’uniforme militaire – car ils font souvent partie des réservistes mobilisés – sont en train de réaliser le nettoyage ethnique rêvé par la droite. Depuis le début de l’année jusqu’au 7 octobre, l’armée et les colons avaient tué environ 200 Palestiniens en Cisjordanie ; depuis l’attaque du Hamas, les assassinats ont redoublé. La période de la récolte des olives, si importante pour les Palestiniens, s’est accompagnée de violences décuplées de la part des colons, toujours protégés par l’armée. Déjà, cette période était une occasion pour les colons d’attaquer les Palestiniens dans leurs champs, de tuer, de voler et de brûler les oliviers. En 2019, il y avait eu 19 morts palestiniens, cette année, 321 tués. A Jénine, Naplouse, Tulkarem, les raids de l’armée sont quotidiens et toujours meurtriers. Hier, à Jénine, l’armée israélienne y a tué deux enfants, l’un d’une balle dans la poitrine, l’autre d’une balle dans la tête. Les Palestiniens de Cisjordanie qui allaient travailler en Israël sont désormais interdits d’entrer et les Gazaouis qui étaient sur le sol israélien lors du 7 octobre ont été expulsés vers la Cisjordanie dès le début de la guerre à Gaza. Les checks-points sont désormais fermés ; la circulation et la vie économique sont quasiment arrêtées ; dans les villes et villages, les rues sont vides, les gens ont faim et peur, et s’enferment chez eux. 

A Gaza, on n’oubliera pas que, dès le 11 octobre, l’armée israélienne a utilisé du phosphore blanc près du port de Gaza, comme l’ont confirmé Amnesty international et Human Rights Watch. Cette arme chimique, interdite par l’ONU en 1983, brûle à 816°, jusqu’à l’os. Couper l’électricité, le ravitaillement en carburant, en eau et en denrées alimentaires est contraire aux simples règles humanitaires et montre bien qu’Israël ne vise pas seulement le Hamas mais la population palestinienne tout entière. Le bombardement systématique des boulangeries en dit long aussi sur les intentions israéliennes. Comment cela relèverait-il du droit de se défendre ? A la date du 30 novembre, 62 journalistes, principalement des Palestiniens, 4 Israéliens et au moins 3 Libanais, ont été tués ; ils sont visés car Israël ne veut pas que des images de sa guerre circule dans le monde.  Pas de problème en Israël : les télés ne transmettent pas d’images de la guerre ; ainsi, les citoyens d’Israël ne douteront pas qu’ils mènent une guerre juste et propre.                    …/…

En Israël même, les Palestiniens sont désormais sous une surveillance étroite. Lorsqu’ils ont voulu faire un rassemblement à Nazareth, les leaders des partis Hadash et Balad, ont été arrêtés ; des étudiants arabes sont expulsés des universités israéliennes ; un professeur d’histoire dans un lycée juif ayant évoqué l’histoire passée des Palestiniens et l’obligation de respecter le droit international a été arrêté le 10 novembre. Des travailleurs arabes israéliens disent être sous la surveillance de leurs collègues juifs ! L’État d’Israël, Etat colonisateur, dérive vers le fascisme.

A la mi-novembre, à l’initiative d’un avocat lyonnais, Maître Gilles Devers, plus de 500 avocats du droit international, ont déposé une plainte contre Israël devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crime de guerre et génocide, c’est-à-dire « actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. » L’Afrique du Sud a également porté plainte. La dernière enquête ouverte par la CPI date de mars 2023 contre Poutine mais une enquête avait été aussi ouverte en mars 2021 contre Israël pour crimes commis sur le territoire palestinien depuis 2014 ; tout traîne en longueur puisque les Etats Unis et Israël qui n’ont pas signé le traité instituant la CPI. Et l’on se demande aussi comment les enquêteurs pourraient accéder à Gaza ! S’il est important de rappeler le droit international, il ne faut pas se faire d’illusion : Israël soutenu par les Etats-Unis et tout « l’Occident » a les mains libres. Jusqu’à quand ?

Quel est l’avenir des Gazaouis ? 

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Nombre de dirigeants occidentaux ont, dès le début des combats, rappelé la solution à deux Etats qui est, effectivement, la solution prévue par la communauté internationale ; mais, depuis des dizaines d’années, les Etats Unis ainsi que l’Union européenne ont oublié les Palestiniens et, finalement, laissé faire la colonisation juive en Cisjordanie. Aujourd’hui, fera-t-on la guerre aux 700 000 colons armés qui sont installés illégalement sur les terres palestiniennes ? Après tout, on fait bien la guerre à plus de deux millions de Gazaouis! Mais voit-on les Etats-Unis envoyer des contingents militaires libérer la Cisjordanie pour les Palestiniens ? En imaginant ce scénario, on se rend compte que, dans notre monde, la vie d’un Palestinien ne vaut décidément pas la vie d’un Juif. Quant au président Biden qui se souvient soudain des accords d’Oslo, il faut se rappeler que ces accords n’étaient que transitoires et plaçaient 60 % de la Cisjordanie sous contrôle israélien. On sait que l’assassinat de Rabin en 1995 fut l’acte de décès d’accords déjà trop déséquilibrés. L’année suivante, Rabin devenait Premier ministre…

On n’oubliera pas non plus, si l’on est très attaché au droit international, que la résolution 192 votée par l’ONU en novembre 1947, accordait 54 % de la Palestine aux Juifs, d’ailleurs beaucoup moins nombreux que les Arabes, et 46 % aux Arabes. Or, la ligne de cessez-le-feu de 1967, reconnue au niveau international, accorde 78 % du territoire à Israël. Les conquêtes israéliennes de 1948-49, en particulier la Galilée, ont été avalisées par la communauté internationale. Alors, Netanyahu veut achever le projet sioniste : conquérir ce qui reste la Palestine. Ce projet va-t-il rallier « l’Occident », au nom de la guerre des civilisations ?

Le plan de Netanyahu : le Grand Gaza

Le journaliste Jonathan Cook, écrivain et journaliste britannique, qui vit à Nazareth depuis 2001 a exposé sur l’excellent site Middle East Eye, le projet israélien de transfert de la population gazaouie dans le Sinaï. Ce plan daterait au moins de 2007, après la victoire du Hamas aux élections palestiniennes de 2006 et sa prise de pouvoir à Gaza. Dès cette époque, le président américain Bush fit des pressions sur un président égyptien Moubarak qui ne voulait pas perdre le contrôle du Sinaï. En 2012, le gouvernement des Frères musulmans a envoyé une délégation à Washington ; les Américains proposaient à l’Egypte de céder un tiers du Sinaï en deux étapes pour y établir les Palestiniens. Morsi a refusé. En été 2014, lors de l’opération israélienne « Barrière protectrice », le projet se précisait ; il consisterait à transférer les Palestiniens sur 1 600 km² du Sinaï, soit cinq fois le territoire de Gaza, sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. La droite israélienne lançait alors le slogan « le Sinaï est la Palestine ». Lors de l’« accord du siècle » de Trump, le plan est repris, à charge pour les Etats du Golfe de le financer. Selon un document du ministère israélien du renseignement, après leur expulsion, les 2,3 millions de Palestiniens de Gaza seraient d’abord logés dans des cités de tentes, avant que des cités puissent être construites dans le nord de la péninsule. Israël présenterait son projet comme « gagnant gagnant » puisque les Gazaouis auraient une vie plus calme et prospère.

De surcroît, une « zone stérile » militaire, large de plusieurs kilomètres, empêcherait tout retour à Gaza. À plus long terme, Israël encouragerait d’autres États – en particulier le Canada, des pays européens comme la Grèce et l’Espagne, et des pays d’Afrique du Nord – à absorber la population palestinienne du Sinaï. On devine que le gouvernement égyptien, quelqu’il soit, n’y voit qu’une amputation du territoire national et, sans doute plus grave, une cause de trouble dans le pays tout entier. Aujourd’hui, le maréchal Sisi n’est pas plus favorable que ses prédécesseurs à cette soi-disant solution, mais la dette considérable de l’Egypte le fragilise face aux pressions du président américain qui peut faire miroiter un effacement partiel de cette dette. Tout n’est pas perdu : Sissi sait que les Egyptiens se soulèveraient en masse et les Gazaouis sont très conscients du danger. N’oublions pas qu’une partie des Gazaouis sont des enfants et petits enfants des Palestiniens qui, en 1948, ont déjà été chassés de leurs villages pour faire place à l’État d’Israël, ce fut la Nakba. C’est pourquoi ils ne veulent pas quitter Gaza, terre palestinienne. On a même vu, pendant le cessez-le-feu, des familles palestiniennes, surprises en Egypte par l’attaque du Hamas le 7 octobre, rentrer à Gaza, malgré tous les dangers qui planent sur cette terre.

Le gouvernement israélien a le sentiment d’être tout puissant. Le 11 novembre, le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, ne déclarait-il pas : « Ce que nous pouvons faire à Gaza, nous pouvons le faire à Beyrouth », sans qu’aucun dirigeant américain ou européen ne réagisse. « L’Occident » qui a déjà laissé faire la Nakba de 1948 en acceptera-t-t-il une deuxième par son soutien à la politique criminelle de l’État d’Israël ? 

Martine Sevegrand

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    Lettre aux journalistes de Gaza. Témoignage émouvant de Wilson FACHE, journaliste indépendant belge.

    Magnifique geste de solidarité des habitants de Leicester (Angleterre) qui ont accroché le drapeau palestinien à leurs fenêtres