Que signifie mustahabb ?
Mustahabb (مستحب) est un participe passif du verbe istahabba, « trouver aimable, préférer », de la racine h-b-b, celle de hubb, l'amour. Le Coran emploie ce verbe au sens de préférer une chose à une autre, par exemple « ceux qui préfèrent la vie d'ici-bas à l'au-delà » (sourate 14, verset 3). Le mustahabb est donc ce que la Loi « préfère » voir accompli, sans l'exiger.
En droit, c'est l'acte recommandé : son accomplissement est récompensé, son abandon n'est pas sanctionné. Il forme le deuxième degré de l'échelle des cinq qualifications : obligatoire (fard ou wâjib), recommandé, permis (mubâh), déconseillé (makrûh) et interdit (haram). Il fait pendant au makrûh : l'un est encouragé sans être imposé, l'autre découragé sans être défendu. La page Charia, fiqh et halal présente l'ensemble de cette classification.
Le Coran pose le principe de la bonne œuvre faite en plus du devoir : « quiconque fait de son propre gré une bonne œuvre, alors Allah est Reconnaissant, Omniscient » (sourate 2, verset 158). L'expression arabe, tatawwa'a, a donné le mot tatawwu', l'acte surérogatoire.
Mustahabb, mandûb, sunna, nafl : quelle différence ?
Les juristes disposent de plusieurs mots pour l'acte recommandé. Mandûb vient de nadaba, « inviter » : c'est l'acte auquel on est invité. Nafl (pluriel nawâfil) veut dire « surplus » : il désigne surtout les prières et jeûnes ajoutés aux obligations. Sunna rappelle que la recommandation vient de la pratique du Prophète.
Pour les chaféites et les hanbalites, ces mots sont en gros synonymes, avec des degrés à l'intérieur. Les hanafites distinguent la sunna mu'akkada, pratique que le Prophète accomplissait presque toujours, la sunna non appuyée, qu'il faisait parfois, et le mustahabb au sens étroit, simple acte de bienséance. Les malikites parlent de sunna pour le degré le plus fort, de raghîba pour un degré intermédiaire et de mandûb ou fadîla pour le plus léger.
Ces nuances expliquent qu'un même acte soit appelé « sunna » par l'un et « mustahabb » par l'autre sans désaccord de fond : tous s'accordent à dire qu'il est récompensé et qu'on peut le laisser.
Exemples d'actes mustahabb
Le jeûne en offre beaucoup. Ahmadou M. Kanté rappelle, dans Le jeûne comme remède à la ruine de l'âme, que le Prophète jeûnait les lundis et jeudis, les trois « jours blancs » de chaque mois lunaire (13, 14 et 15), le jour d'Arafat, le jour d'Achoura et les six jours de Chawwâl. Ce dernier jeûne repose sur un hadith rapporté par Muslim, qui l'assimile, ajouté au Ramadan, à un jeûne de toute l'année.
Dans la prière, sont recommandés les prières surérogatoires avant ou après les prières obligatoires, la prière de la nuit, que le Coran évoque (sourate 17, verset 79), et la prière du milieu de matinée (duhâ). Dans la vie quotidienne : se brosser les dents avec le siwâk, commencer par la droite, dire « bismillah » avant de manger, saluer en premier, rendre visite aux malades.
Un hadith rapporté par Boukhari, que cite le Conseil théologique musulman de France dans ses recommandations sur le jeûne de Chawwâl, donne la règle d'ordre : Dieu aime avant tout ce qu'Il a prescrit comme obligation, et le croyant continue de s'approcher de Lui par les actes surérogatoires. Le recommandé vient donc après l'obligatoire, jamais à sa place.
Erreurs courantes sur le mustahabb
Première erreur : traiter le recommandé comme une obligation. Reprocher à quelqu'un de ne pas jeûner les six jours de Chawwâl, ou présenter une pratique recommandée comme une condition d'appartenance à l'islam, déplace un acte d'un degré à l'autre. Les juristes ont toujours mis en garde contre ce glissement.
Deuxième erreur : en conclure que le recommandé ne compte pas. La tradition voit dans ces actes un moyen de compléter les manques des obligations et de progresser dans la foi (ihsân).
Troisième erreur : confondre mustahabb et bid'a. Mohammed Moussaoui rappelle, dans Innovation n'est pas toujours égarement, que des savants classaient certaines pratiques nouvelles comme recommandées, d'autres comme déconseillées ou interdites, selon leur conformité aux principes.



