Qu'est-ce que le tahajjud ?
Le mot tahajjud vient d'une racine arabe qui évoque le sommeil, et désigne le fait de le quitter pour prier. On le trouve dans le Coran : « Et de la nuit consacre une partie [avant l'aube] pour des Salât surérogatoires : afin que ton Seigneur te ressuscite en une position de gloire » (sourate 17, verset 79). Il s'agit donc d'une prière volontaire, en plus des cinq prières obligatoires, accomplie au cœur de la nuit.
On emploie aussi l'expression qiyâm al-layl, « se tenir debout la nuit ». Les deux sont souvent synonymes. Certains savants réservent toutefois le mot tahajjud à la prière faite après avoir dormi, et le mot qiyâm à toute prière de la nuit, avant ou après le sommeil. Dans la pratique, le fidèle qui prie quelques unités après l'ichâ, puis se couche, fait déjà du qiyâm ; celui qui se lève avant l'aube fait le tahajjud au sens strict.
Le Coran revient souvent sur cette veille. Au début de la Révélation, il demande au Prophète de se lever la nuit pour réciter le Coran « lentement et clairement » (sourate 73, versets 1 à 4), car « la prière pendant la nuit est plus efficace et plus propice pour la récitation » (verset 6). Il décrit aussi les croyants comme ceux qui « dormaient peu, la nuit, et aux dernières heures de la nuit imploraient le pardon » (sourate 51, versets 17 et 18). Dans « Le Coran et le cœur : vers une symbiose spirituelle », Rabie Fares montre comment cette récitation lente, dans le silence de la nuit, préparait le Prophète et ses compagnons à recevoir une « parole lourde ».
Pourquoi prier la nuit ? Les mérites du qiyâm al-layl
Le tahajjud n'est pas obligatoire, mais la tradition lui accorde une place à part. Selon un hadith rapporté par Muslim, le Prophète a dit que la meilleure prière après les prières prescrites est la prière de la nuit. Lui-même ne la délaissait presque jamais. Aïcha raconte qu'il priait si longtemps que ses pieds en enflaient ; quand elle lui demanda pourquoi, alors que Dieu lui avait pardonné ses fautes, il répondit : « Ne dois-je pas être un serviteur reconnaissant ? » (Boukhari et Muslim). Ahmed Elouazzani rappelle cette scène dans « Nourrir son cœur de l'amour du Prophète », comme le signe d'une vie entière tournée vers l'adoration.
La nuit est aussi le moment de l'invocation. Un hadith rapporté par Boukhari et Muslim enseigne que Dieu « descend » chaque nuit vers le ciel de ce monde, lorsqu'il reste le dernier tiers de la nuit, et dit : « Qui M'invoque, que Je lui réponde ? Qui Me demande, que Je lui donne ? Qui implore Mon pardon, que Je lui pardonne ? » Dans une vidéo sur le mois de Ramadan, Abd El Hafîd Benchouk s'appuie sur ce hadith pour parler de la proximité divine que le croyant peut ressentir à ces heures.
C'est pourquoi beaucoup consacrent ce temps au du'â, à l'istighfâr et à la lecture du Coran, autant qu'à la prière elle-même. Pour les invocations, voir notre page invocations et dhikr.
À quelle heure faire le tahajjud ? Le dernier tiers de la nuit
Le temps de la prière de la nuit commence après la prière de l'ichâ et se termine à l'appel de la prière de l'aube (fajr). Toute prière volontaire faite dans cet intervalle compte comme qiyâm al-layl. Le moment jugé le meilleur est le dernier tiers de la nuit, celui que mentionne le hadith de la descente divine.
Pour le calculer, les savants partent en général de la nuit légale, du coucher du soleil (heure du maghrib) jusqu'à l'aube (heure du fajr). On divise cette durée par trois. Exemple : si le maghrib est à 18 h et le fajr à 6 h, la nuit dure douze heures ; le dernier tiers commence vers 2 h. En été, en France, les nuits sont courtes et ce tiers peut ne durer que deux ou trois heures. Nos horaires de prière donnent chaque jour les heures du maghrib et du fajr pour votre ville.
Un autre modèle est cité par Boukhari et Muslim : la prière préférée de Dieu est celle du prophète David, qui dormait la moitié de la nuit, priait un tiers, puis dormait le dernier sixième. Celui qui craint de ne pas se réveiller peut prier avant de dormir, après l'ichâ : la tradition le permet. Et si l'on a manqué sa prière de nuit, par maladie ou sommeil, Aïcha rapporte que le Prophète priait alors des unités pendant la journée (Muslim).
Comment faire la prière du tahajjud, pas à pas ?
La prière de la nuit suit les mêmes règles que toute salât : être en état de pureté (les ablutions), avoir un lieu et des vêtements propres, s'orienter vers la qibla.
1. Se réveiller et se purifier. Beaucoup commencent par frotter leurs dents avec le siwak, comme le faisait le Prophète en se levant la nuit, puis font leurs ablutions.
2. Formuler l'intention (niyya) dans son cœur : prier la prière de la nuit. Il n'y a pas de formule à prononcer.
3. Prier par séries de deux unités (rak'a). Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, « la prière de la nuit se fait deux par deux ». On récite la Fatiha et ce que l'on veut du Coran, en allongeant si possible la récitation, l'inclinaison et la prosternation. On peut réciter à voix basse ou à voix modérée.
4. Choisir le nombre. Il n'y a ni minimum ni maximum fixés. Deux unités suffisent. Aïcha rapporte que le Prophète ne dépassait en général pas onze unités, en Ramadan comme en dehors (Boukhari et Muslim), et d'autres récits parlent de treize.
5. Conclure par le witr (section suivante), puis invoquer Dieu.
L'essentiel, rappellent les savants, n'est pas la quantité mais la régularité : mieux vaut deux unités chaque nuit qu'une longue veille abandonnée au bout d'une semaine.
Le witr : comment clore la prière de la nuit ?
Le witr, « l'impair », est la prière qui termine la nuit. Le Prophète a dit, selon Boukhari et Muslim : quand l'un de vous craint l'arrivée de l'aube, qu'il prie une seule unité, qui rendra impair ce qu'il a prié. On fait donc le witr après le tahajjud, ou après l'ichâ si l'on ne compte pas se lever.
Son statut fait partie des divergences entre écoles. Pour la majorité des savants (malikites, chaféites, hanbalites), c'est une sunna très appuyée. Pour les hanafites, il est obligatoire (wâjib) et se prie en trois unités d'un seul tenant, avec une seule salutation finale. Dans les autres écoles, il peut se faire en une unité, ou en trois avec une salutation après la deuxième ; cinq, sept ou neuf unités sont aussi rapportées.
Beaucoup ajoutent dans la dernière unité une invocation appelée qunût, reproduite plus haut. Le moment et la fréquence du qunût varient eux aussi selon les écoles. Dans le witr, les hanafites le récitent toute l'année avant l'inclinaison, les hanbalites toute l'année après l'inclinaison, et les chaféites surtout dans la seconde moitié du Ramadan ; les malikites, eux, le placent plutôt dans la prière de l'aube.
Pendant le mois de jeûne, la prière de la nuit se fait souvent en commun : ce sont les tarawih, suivies du witr derrière l'imam. Sur leur durée, l'imam Mohamed Bajrafil répond dans une courte vidéo. Pour le reste du mois, voir notre page sur le Ramadan et la nuit du Destin.




