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L’obligation de s’acquitter de la Zakât al-Fitr

La précieuse période de jeûne du mois béni de Ramadan 2018 tend vers sa fin. C’est une occasion exceptionnelle d’un cheminement spirituel, social et humain qui conditionne le croyant dans la Voie de l’agrément d’Allah (sîratâl mûstaqîm). L’observance de ce mois béni doit nous permettre de tendre, Incha Allah, vers la piété, la crainte d’Allah (la Tâqwa), qui constitue l’objectif ultime du jeûne.

Cette tendance à la piété nous conduit aussi à nous acquitter avec une intention appropriée de la Zakât al-Fitr, qui est une aumône légale purificatrice liée au mois de Ramadan. La Zakât al -Fitr est obligatoire pour tout jeûneur afin de se purifier et compléter l’immense récompense du mois béni de Ramadan. C’est donc un devoir pour chaque jeûneur s’il dispose de son montant, en plus de sa propre charge et de la charge de ceux qu’il nourrit le jour de la fête et la nuit qui le suit de l’acquitter. La Zakât al-Fitr est directement liée à la personne et non à ses biens. De ce fait, elle est la même pour tous sans distinction d’âge, de sexe ou de fortune.

Cette aumône légale purificatrice s’octroyait historiquement sous la forme des denrées alimentaires s’élevant à la mesure d’un “Sâ” = 4 Moudd (le contenu de 4 fois deux mains jointes); le Sâ, est un terme arabe qui correspond à environ 2,7 kilos de produits alimentaires. Ces produits correspondaient à ceux qui étaient les plus consommés dans un pays, comme par exemple le riz, le blé, le maïs, le mil, etc. Au Tchad, par exemple, on y consomme beaucoup le mil, le sorgho, le maïs et le riz.

Il convient également de souligner que les savants musulmans sont arrivés à la conclusion que la Zakât al-Fitr peut être accordée en numéraire, c’est-à-dire en argent (1). L’argent en espèces apporte plus de flexibilité à celui qui donne et à celui qui reçoit ; ce dernier pourra ainsi avoir plus de marge de manœuvre par rapport à ses besoins.

Notons également qu’il existe diverses autres directives quant au paiement de la Zakat al-Fitr. Entre autres, il est admis de donner plusieurs aumônes à une seule personne tout comme on peut repartir une aumône entre plusieurs personnes. Par ailleurs, le musulman doit donner la Zakât al Fitr dans la société où il vit. Il n’est recommandé de transférer cette aumône dans un autre pays qu’en cas de nécessité et surtout dans un pays qui en a besoin suite à des situations difficiles (catastrophe naturelle, famine…).

De même, il est préférable que la Zakâta -Fitr doit être versée aux ayants droit, au plus tard avant la prière de la fête. Cependant, on peut valablement s’en acquitter durant tout le mois de Ramadan, surtout si on veut l’envoyer à l’étranger. Sachez également qu’il est toujours possible de mandater quelqu’un d’effectuer la Zakat à votre place. Dans ce cas, l’intention doit exister au moment de lui donner la procuration. Ce qui, au demeurant, n’empêche pas le mandataire de formuler l’intention à son tour au moment de donner la Zakat. Les actes ne valent que par les intentions. Au fait, qui sont les bénéficiaires de la Zakât al-Fitr ?

La Zakât all-Fitr doit être versée aux huit (8) catégories citées dans le verset 60 de la sourate 9 du Qur’an : « Les aumônes sont destinées : aux pauvres ; aux nécessiteux ; à ceux qui sont chargés de les recueillir et de les répartir; à ceux dont les cœurs sont à consolider ; à l’affranchissement des esclaves ; à ceux qui sont accablés de dettes ; au jihad Fi Sabilillah et à ibnoussabil (le voyageur appelé aussi l’enfant de la route). Tel est l’ordre de Dieu ! Dieu est savant et Hakim ».

Il est par ailleurs un devoir pour le musulman de verser la zakat pour son épouse musulmane, ses enfants qui ne sont pas pubères et de tout proche qui est à sa charge, c’est-à-dire ceux dont la charge est un devoir pour lui, par exemple son père et sa mère s’ils sont pauvres. Quant aux enfants majeurs, leur accord préalable est nécessaire. A noter également que la femme célibataire, ou la veuve, qui dispose de moyens de subsistance, doit également s’acquitter de la Zakât al-Fitr.

Il convient de rappeler, qu’il est interdit d’affecter la Zakât à la construction d’ouvrages tels que les mosquées, les hôpitaux, les routes etc. étant donné que ces ouvrages sont destinés à l’usage de tout le monde (pauvres et riches), alors que la Zakât est exclusivement réservée à des catégories bien déterminées par Allah Soubhanahou wa Taâla citées plus haut.

Au demeurant, la Zakât al -Fitr permet ainsi aux pauvres et aux nécessiteux de passer la fête dans la joie et la paix en leur épargnant de tendre la main ce jour-là. Cet acte de solidarité et de charité assure qu’aucun membre de la communauté ne soit exclu du plaisir des festivités communautaires. La Zakat peut aussi être source de stabilité sociale pour l’individu qui la reçoit. Il est évident que la Zakat fait partie de la tradition islamique de générosité et doit nous rappeler de continuer à cultiver la compassion, la générosité et le respect les uns envers les autres quelle que soit notre position sociale, au-delà du mois particulier de Ramadan.

Qu’Allah accorde à chacun d’entre nous Ses faveurs, Sa Guidance, Son agrément dont le bénéficiaire jouit d’un statut exceptionnel de sérénité, de paix, de référence à la communauté, d’utilité sociale, d’intelligence supérieure, de baraka pour lui et pour sa famille…En vous laissant sous la protection d’Allah, nous vous proposons à méditer ce verset de la sourate Al-an’âm : ” Dis : certes ma prière, mes actes d’adoration, ma vie et ma mort sont à Dieu, Seigneur des mondes. Il n’a point d’associé.”

(1) NDLR: Cette année le montant de la Zakat Al-Fitr  en France se situe entre  5 € et 7  par personne à charge (voir ci-dessous communiqué du CFCM)

Le CFCM informe les musulmans de France que la valeur de Zakat El Fitr pour l’année 2018 se situe entre 5 et 7 euros, selon l’estimation faite par plusieurs compétences théologiques. Cet écart s’explique par le mode d’évaluation, qui prend en compte une variété de denrées alimentaires dont le prix peut changer d’une région à une autre. Une différence significative peut exister, en effet, entre la capitale et la province par exemple.

Le CFCM enjoint les différents CRCM à préciser aux fidèles de leur région respective la valeur de Zakat El Fitr, en prenant en compte les éléments précités.

Le CFCM tient à rassurer les musulmans sur le fait que les différents avis sont probants, légitimes et qu’il n’y a pas lieu d’en faire une polémique, puisque depuis le début de l’Islam, les gens sortaient la zakat sous forme de denrées alimentaires différentes représentant le même volume (un Sâ’), mais pas la même valeur monétaire.
Ahmet OGRAS
Président du CFCM
Paris, le 5 juin 2018

4 commentaires

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  1. et bien non chère Djamila , je suis converti à l’islam mais je viens du monde Chrétien et je peux témoigner que les Chrétiens donnent aussi aux pauvres de l’argent et cela s’appelle le denier du culte ou la Dime…

    ibrahim

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