Les Algériens rencontrent des difficultés majeures pour obtenir un visa espagnol, exacerbées par des pratiques commerciales douteuses.
Pourquoi lire cet article :
- Comprendre les enjeux liés à la prise de rendez-vous pour les visas en Algérie.
- Découvrir les solutions possibles pour améliorer la situation des demandeurs.
Comme la majorité des ambassades, l’ambassade d’Espagne a externalisé la collecte des demandes de visas depuis quelques années. C’est l’entreprise internationale BLS qui s’en charge : prise de rendez-vous, collecte des dossiers, enregistrement des données biométriques, retour des passeports après traitement. C’est le même cas pour l’Algérie, le Maroc, la Chine…
Pour fixer un rendez-vous, il faut créer un compte sur le site de BLS et passer par les étapes suivantes : saisie d’informations, selfie, paiement des frais par carte bancaire, confirmation. Cependant, la prise de rendez-vous devient un enfer (surtout que l’Espagne octroie un grand nombre de visas) : la prise de créneau est presque impossible sans passer par un intermédiaire, et le prix dépasse la folie ; 40 000 DA sur Oran (salaire d’un mois) et environ 100 000 DA sur Alger (deux mois de travail).
Ainsi, les Algériens se trouvent face à une crise grave, sachant que certains sont dans l’obligation de voyager pour des raisons personnelles ou professionnelles. Après recherche et enquête, voici les détails.
1-Scripts et programmes informatiques
Des connaisseurs de l’informatique créent des scripts (des codes du langage informatique) qu’on installe sur l’extension Tampermonkey. Ils servent à gagner du temps grâce à des tâches diverses comme l’identification automatique sans saisir les données, le remplissage automatique des informations…. Ainsi, le temps qu’un simple utilisateur commence à fixer un créneau, l’autre en a déjà fixé trois ou quatre grâce aux scripts pour les revendre ensuite.
En plus, des programmeurs ont créé des programmes très développés pour gagner plus d’argent sur le dos des demandeurs de visas. C’est une sorte de sites parallèles qui arrivent même à modifier le fonctionnement du site-source BLS. Le plus célèbre est Fast-Book qui se vent à un prix considérable (300 euros et plus) et permet de fixer une dizaine de créneaux en quelques minutes.
Le programme exécute les tâches tout seul et dépasse même l’étape de selfie grâce à des programmes de fausses webcams comme Splitm ou Manycam.
Il suffit d’aller sur Youtube ou Télegram et taper « scripts BLS » : des dizaines de personnes proposent les outils à vendre, affichant même leur numéro de téléphone.
2- Agences de voyages
Par ailleurs, ces derniers temps, même avec les scripts et les programmes, la prise de rendez-vous devient presque impossible car un autre problème est apparu. Selon des témoignages, certaines agences de voyages auraient un contact avec les administrateurs du site, ce qui leur permet de fixer une centaine de créneaux facilement. Au moment où les autres attendent depuis des mois sans rien avoir.
Quelques employés d’agences le déclarent avec franchise : « nous avons un contact direct avec les administrateurs du site. Nous envoyons la liste avec emails des clients, photos et données de la carte bancaire. La liste sera prête le lendemain ».
Ce qui illustre bien ce phénomène c’est le fait que, durant le lancement des créneaux sur le site, celui-ci empêche les utilisateurs d’y accéder à cause d’erreurs anormales. Souvent le site est bloqué (page blanche) pendant des heures : quand il est à nouveau disponible, les dates sont toutes en rouge. Cela explique tout.
Il suffit d’aller voir une des ces agences et voir la quantité de fiches de rendez-vous éparpillés. Et posez cette question : comment accèdent-ils au site alors qu’il est bloqué durant des heures et empêche les opérations avec des erreurs ?
Enfin, il s’agit d’un commerce très rentable pour ces personnes qui gagnent de l’argent sur le dos des demandeurs (des milliards entrent en jeu), empêchant les gens de voyager tout en créant une crise malsaine, voire une dictature.
Les solutions existent : créer sur le site une catégorie dédiée au renouvellement pour le demandeur ayant déjà un visa ; créer de nouveaux centres dans d’autres wilayas (cas de VFS Italie) ; l’Ambassade doit intervenir et ouvrir une enquête au sein de BLS ; mettre à jour fréquemment le site ; poursuivre en justice les malfaiteurs qui détournent l’usage normal du site…
Pour conclure, les demandeurs des autres visas (France, Portugal, Hollande…) subissent aussi une souffrance pareille : les créneaux sont raflés en quelques secondes, les sites manifestent un fonctionnent anormal.
La seule victime de ce commerce est le demandeur de visa qui économise durant une année pour pouvoir voyager et trouve enfin que le prix d’un rendez-vous est plus cher qu’un billet d’avion. Comme dit le proverbe : « la crise de l’un est le bonheur de l’autre ».
Par TAWFIQ BELFADEL
Ecrivain, chroniqueur. Fondateur du magazine Lecture-Monde. Son dernier livre : « Migrants sans noms » (Casbah 2021). Premier Prix de poésie Senghor (2022).



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