Que veut dire la hawla wala quwwata illa billah ?
La formule arabe lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-llâh (لا حول ولا قوة إلا بالله) compte six mots. Lâ est une négation absolue, « il n'y a pas » ; hawla vient de la racine h-w-l, qui exprime le changement, le fait de passer d'un état à un autre ou de se détourner ; quwwata veut dire « force » ; illâ, « sauf » ; bi-llâh, « par Allah ». Mot à mot : « il n'y a ni changement ni force, sauf par Allah ».
Le sens est double. Personne ne peut modifier une situation, ni avoir l'énergie d'agir, sans que Dieu le permette. Une explication attribuée au compagnon Ibn Mas'oud la résume ainsi : on ne se détourne du mal que par la protection de Dieu, et l'on n'a de force pour le bien que par Son aide.
Les savants appellent cette formule la hawqala, un mot forgé à partir de ses premières syllabes, comme basmala pour bismillah ou hamdala pour hamdoulah. Elle exprime l'attitude que la tradition nomme tawakkul : agir de son mieux, en sachant que la réussite vient de Dieu.
La formule dans le Coran : le verset des deux jardins
La phrase entière ne figure pas dans le Coran, mais sa seconde moitié s'y trouve, dans la sourate 18, Al-Kahf. Le texte y raconte la parabole de deux hommes : l'un possède deux jardins de vignes entourés de palmiers et dit à son compagnon : « Je possède plus de biens que toi, et je suis plus puissant que toi grâce à mon clan » (sourate 18, verset 34). Il entre dans son jardin en croyant qu'il ne périra jamais.
Son compagnon lui répond : « En entrant dans ton jardin, que ne dis-tu: «Telle est la volonté (et la grâce) d’Allah! Il n’y a de puissance que par Allah» » (sourate 18, verset 39). En arabe : mâ shâ'a Allâh, lâ quwwata illâ bi-llâh. Peu après, la récolte de l'orgueilleux est détruite.
Le verset unit ainsi deux formules : machallah, qui attribue à Dieu ce que l'on admire, et la reconnaissance que toute puissance vient de Lui. C'est l'origine de l'usage de dire les deux ensemble devant un bien, une réussite ou un enfant, pour se garder de l'orgueil et de l'envie.
Ce que disent les hadiths
Le hadith le plus connu est rapporté par Boukhari et Muslim, d'après Abou Moussa al-Ach'ari. Pendant un voyage, des compagnons criaient très fort leurs « Allahou akbar » ; le Prophète leur rappela qu'ils n'appelaient ni un sourd ni un absent, puis dit à Abou Moussa qu'il allait lui indiquer « un trésor parmi les trésors du Paradis » : lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-llâh.
La formule a aussi sa place dans l'adhân. Selon un hadith rapporté par Muslim, celui qui entend l'appel à la prière répète chaque phrase du muezzin, sauf deux : à hayya 'alâ s-salât (venez à la prière) et hayya 'alâ l-falâh (venez à la réussite), il répond lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-llâh. Le fidèle reconnaît ainsi qu'il ne viendra à la prière qu'avec l'aide de Dieu.
Elle entre encore dans le dhikr qui suit la prière, selon un hadith rapporté par Muslim d'après Abdallah ibn az-Zoubayr, et dans la formule que l'on dit en sortant de chez soi, rapportée par Abou Daoud et Tirmidhi : bismillâh, tawakkaltu 'alâ Allâh, lâ hawla wa lâ quwwata illâ bi-llâh.
Quand dit-on la hawla wala quwwata illa billah ?
Dans la vie courante, on la prononce devant une difficulté qui dépasse : une maladie, une dette, une tâche écrasante, une injustice. Elle se dit aussi avant un effort, un examen ou une démarche, pour demander la force de les mener à bien. Ahmadou M. Kanté la range, avec hasbunâ Allâh wa ni'ma al-wakîl (Allah nous suffit), parmi les « invocations appropriées » aux temps d'insécurité dans son article Crimes, angoisses et résilience, consacré au Sénégal. Elle fait partie des formules du dhikr, que l'on peut répéter à tout moment.
L'usage populaire l'a aussi raccourcie. Au Maghreb, « la hawla » ou « lahawla » marque l'accablement ou l'agacement devant une mauvaise nouvelle ou une bêtise. En turc, lâhavle est devenu une exclamation d'exaspération ; en ourdou, lâhaul sert à rejeter une idée choquante. Ces emplois s'éloignent du sens premier, qui n'est pas la plainte mais le recours à Dieu.
313 fois, 1000 fois : que disent les textes ?
Les recherches en ligne montrent l'intérêt pour des répétitions chiffrées : « la hawla 1000 fois », « 313 fois », « les secrets de la hawla ». Des vidéos et des messages promettent la levée d'une difficulté, une guérison ou de l'argent à qui répète la formule un nombre précis de fois. Aucun hadith reconnu par les spécialistes ne fixe ces nombres. Le chiffre 313 rappelle le nombre traditionnel des combattants de Badr, mais aucun texte ne le lie à cette formule.
Les savants distinguent deux choses. Répéter la formule autant qu'on le souhaite est un dhikr permis et recommandé, et chacun peut se fixer un nombre pour s'astreindre à une habitude. Présenter un nombre précis comme une recette garantie, ou lui attribuer un « secret » sans source, relève en revanche de l'innovation que beaucoup désapprouvent (voir bid'a). La valeur de la formule, selon les textes, tient à sa sincérité, pas à un compte.
La hawla, inna lillahi, hasbunallah : ne pas confondre
Ces formules se disent toutes dans l'épreuve, mais pas au même moment. Inna lillahi wa inna ilayhi raji'un, « nous sommes à Allah et c'est à Lui que nous retournons », se dit devant une perte déjà subie, d'abord un décès. La hawla wala quwwata illa billah se dit devant une difficulté à affronter : elle demande la force d'agir ou de tenir. Hasbunâ Allâh wa ni'ma al-wakîl, « Allah nous suffit, Il est notre meilleur garant », se dit devant une menace ou une injustice.
Un dernier contresens consiste à y voir une formule de résignation, « on n'y peut rien ». Le hadith de la sortie de la maison l'associe au contraire au départ pour agir : la formule ne remplace pas l'effort, elle l'accompagne.

