Ils s’appellent Guy, Philippe, Bernard ou Marie-Véronique. Ils sont anciens policiers, militaires, enseignants ou artisans. Ils se présentent comme de simples patriotes « soucieux de l’avenir de la France ». En réalité, ils formaient un groupe clandestin armé, l’Action des forces opérationnelles (AFO), dont le procès s’ouvre ce mardi à Paris. Leur objectif : cibler les musulmans, semer la peur et frapper fort.
Entre 2017 et 2018, ces seize militants d’ultradroite ont planifié plusieurs attaques terroristes, selon l’enquête : empoisonner de la nourriture halal dans les supermarchés avec du cyanure, tuer jusqu’à 200 imams jugés « radicalisés », faire exploser la porte d’une mosquée à Clichy, ou encore abattre des figures musulmanes à distance. Ils avaient des armes, des plans d’action, une organisation structurée. Et, dans l’ombre, un discours idéologique nourri d’obsession identitaire, de haine de l’islam et de fantasmes de guerre civile.
Ces projets ne sont pas sortis de nulle part. Ils ont germé dans un climat où certains n’hésitent plus à désigner les musulmans comme une menace existentielle. Et ils ont été portés par des personnes apparemment « intégrées » — preuve que la radicalisation n’est pas l’apanage d’une seule frange de la société.
Le plus glaçant ? Ces actes, pourtant planifiés, ont été correctionnalisés. Pas de cour d’assises, pas de crime, mais des délits. « Parce que les projets n’étaient pas pleinement finalisés », explique le Parquet national antiterroriste. Une décision qui interroge, à l’heure où l’on évoque volontiers le terrorisme islamiste mais où l’on peine encore à nommer celui qui vient de l’extrême droite.
Face à ces faits, le silence politique est assourdissant. Si un groupe musulman avait rêvé d’empoisonner des rayons casher ou de tuer 200 prêtres, l’émotion aurait été nationale. Là, le mot d’ordre est prudence, presque gêne. Comme si l’ultradroite violente ne faisait pas vraiment peur, ou pas aux bonnes personnes.



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