Que signifie khutba ?
Khutba (خطبة) veut dire « sermon », « prêche » ou « discours public ». En français, on écrit khutba, khotba, khoutba ou khutbah, et l'on parle couramment du « prêche du vendredi ». Celui qui la prononce est le khatîb, le prédicateur, souvent l'imam de la mosquée, du haut du minbar, la chaire à marches.
Le mot vient de la racine kh-t-b, qui exprime l'idée de s'adresser à quelqu'un. Elle donne khitâb, le discours, et l'expression coranique fasl al-khitâb, que Hamidullah traduit par « la faculté de bien juger », donnée au roi David (sourate 38, verset 20).
Une confusion revient souvent. Avec la voyelle i, khitba désigne la demande en mariage. C'est ce mot qu'emploie le Coran quand il permet de « faire, aux femmes, allusion à une proposition de mariage » pendant leur délai de viduité (sourate 2, verset 235). Le Coran ne nomme pas le sermon, mais il le suppose : le dernier verset de la sourate du Vendredi évoque des fidèles qui quittent le Prophète « et te laissent debout » (sourate 62, verset 11), et les commentateurs y voient le sermon prononcé debout.
Comment se déroule la khutba du vendredi ?
Le vendredi, la khutba ouvre la prière de la jumu'a. L'imam monte sur le minbar, salue l'assemblée et s'assoit pendant l'adhân. Il prononce ensuite deux sermons, debout, séparés par une brève assise, puis descend diriger les deux rak'a. Pour les chaféites, les malikites et les hanbalites, la khutba est une condition de validité de la jumu'a ; les hanafites l'exigent aussi, mais se contentent d'un rappel très court.
Les chaféites fixent cinq éléments obligatoires : la louange d'Allah, la prière sur le Prophète, l'exhortation à la piété, la lecture d'un verset du Coran et une invocation pour les croyants. Beaucoup d'imams ouvrent par la formule « inna l-hamda li-Llâh », que la tradition appelle khutbat al-hâja. Les fidèles doivent écouter en silence : selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, celui qui dit « tais-toi » à son voisin pendant le sermon a lui-même parlé pour rien.
La langue fait débat. Les chaféites, les hanbalites et les malikites demandent que les parties obligatoires soient dites en arabe ; Abou Hanîfa admettait une autre langue. En France, beaucoup d'imams prêchent en arabe puis résument en français, ou prêchent directement en français, pour être compris des jeunes et des convertis.
Les autres sermons : Aïd, Arafat, pluie
Pour l'Aïd al-Fitr et l'Aïd al-Adha, l'ordre est inversé : la prière vient d'abord, le sermon ensuite. Ce sermon est recommandé, non obligatoire, et les fidèles peuvent partir avant. L'Assemblée des juristes musulmans d'Amérique l'a rappelé en mai 2020, quand le confinement a fait prier l'Aïd à la maison : la khutba est « une condition de validité pour la Jumu'ah » mais seulement « une recommandation » pour les Aïd. Oumma a publié une khotba de l'Aïd el-Fitr complète, en français, qui montre la forme classique : takbîr répétés, louanges, hadiths sur le jeûne.
D'autres sermons accompagnent la prière pour la pluie (istisqâ'), celle de l'éclipse selon les chaféites, et le pèlerinage, où un sermon est donné à Arafat. Le plus célèbre reste le sermon d'adieu du Prophète, prononcé lors de son unique pèlerinage, en 632, dont la tradition retient les appels au respect de la vie, des biens et des femmes.
La khutba dans la vie publique
Dans l'histoire musulmane, citer le nom du souverain dans la khutba du vendredi, avec la frappe de la monnaie, était l'un des signes de la souveraineté : une ville qui changeait de prince le montrait d'abord au sermon. Aujourd'hui encore, dans plusieurs pays, le ministère des Affaires religieuses rédige ou valide les sermons.
En France, les instances musulmanes proposent parfois un texte commun après un drame. Après les attentats du 13 novembre 2015, le Conseil théologique musulman de France a diffusé un sermon exceptionnel qui condamne l'assassinat. Après l'assassinat de Samuel Paty, en octobre 2020, le CFCM a proposé des éléments pour le prêche du vendredi. Oumma publie aussi des sermons d'imams : celui de Tareq Oubrou à la mosquée de Bordeaux, le 2 juin 2006, sur la da'wa, met en garde contre les jeunes convertis qui rompent avec leur famille au nom de la vérité. En avril 2014, la Green Khutbah Campaign invitait les mosquées d'Amérique du Nord, d'Éthiopie et d'Afrique du Sud à consacrer leur sermon à l'environnement.









