Que signifie suhûr ?
Suhûr (سحور, suḥûr) désigne le repas pris avant l'aube par celui qui va jeûner, surtout pendant le Ramadan. On le trouve sous les graphies suhur, souhour, sohour, suhoor (en anglais) et, très souvent en France, shour ou s'hour, d'après la prononciation maghrébine. Au Maghreb, on dit aussi sḥour.
Le mot vient de saḥar (سحر), la dernière partie de la nuit, juste avant que le jour ne pointe. Les grammairiens distinguent deux voyelles, comme pour wudû' et waḍû' : le suḥûr, avec un u, est l'acte de prendre ce repas ; le saḥûr, avec un a, est la nourriture elle-même. Dans l'usage, les deux se confondent.
La racine s-ḥ-r est aussi celle de siḥr, la sorcellerie, et du mot « ensorcelé » dans plusieurs versets du Coran, mais le sens n'a rien de commun. Le Coran emploie en revanche le pluriel asḥâr pour louer ceux qui prient à ce moment de la nuit : « ceux qui implorent pardon juste avant l’aube » (sourate 3, verset 17).
Que dit la tradition sur le suhûr ?
Le Coran fixe la limite du repas : « mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit » (sourate 2, verset 187). Le mot suhûr n'y figure pas ; il vient des hadiths.
Le plus connu, rapporté par Boukhari et Muslim d'après Anas ibn Mâlik, dit : « Prenez le suhûr, car il y a dans le suhûr une bénédiction ». Un autre, rapporté par Muslim, fait de ce repas ce qui distingue le jeûne des musulmans de celui des gens du Livre. Selon Zayd ibn Thâbit, dans un récit rapporté par Boukhari et Muslim, le Prophète prenait son suhûr si tard qu'il ne séparait ce repas de la prière que le temps de réciter une cinquantaine de versets. D'où la recommandation de le retarder, quand celle de l'iftar est au contraire de ne pas tarder.
Les savants y voient une double bénédiction : la force physique pour tenir la journée et le fait de se lever à une heure que la tradition associe à la prière et à la demande de pardon. Le Prophète interdisait par ailleurs le wisâl, le fait d'enchaîner deux jours de jeûne sans manger la nuit.
Le suhûr est-il obligatoire ?
Non. Les quatre écoles sunnites le classent parmi les actes recommandés (sunna). Celui qui ne se réveille pas, ou ne prend rien, jeûne quand même et son jeûne est valable. La tradition précise qu'une gorgée d'eau ou quelques dattes suffisent à accomplir la sunna ; selon un hadith rapporté par Abou Dawoud, les dattes sont le meilleur suhûr du croyant. L'article d'Oumma Le repas de l'aube (sahûr) est-il obligatoire ?, extrait des Quarante hadiths authentiques de Ramadân du Dr Al Ajamî, parle d'un acte « fortement recommandé » et invite à la modération.
L'intention de jeûner (niyya) ne dépend pas du suhûr. Mais se lever pour manger avec l'idée de jeûner le lendemain vaut, pour beaucoup de savants, intention formée.
Jusqu'à quelle heure peut-on manger le shour ?
La limite est l'aube vraie (al-fajr aṣ-ṣâdiq), qui ouvre l'heure de la prière du fajr. Les calendriers affichent souvent une heure d'imsak, dix minutes environ avant : c'est une marge de précaution, pas une obligation. Pour la majorité des savants, celui qui mange après l'imsak mais avant l'aube n'a pas rompu son jeûne.
L'heure de l'aube change chaque jour et selon la ville. En France, elle dépend aussi de l'angle retenu pour le calcul (12°, 15° ou 18° sous l'horizon), ce qui explique des écarts parfois importants entre mosquées, comme l'explique l'article Comment sont calculés les horaires des prières musulmanes ?. Les heures pour chaque ville sont sur la page horaires de prière, et le calendrier du mois sur Ramadan 2027. Pour le reste du mois (début, dispenses, nuits), voir la page Ramadan.
Quant au menu, le naturopathe Stéphane Tétart propose sur Oumma un suhûr rapide à base de fruits, de graines et d'oléagineux, pour une digestion lente. Dans le monde arabe, des crieurs passent dans les rues avant l'aube pour réveiller les jeûneurs : Oumma a montré en 2023 les mesaharatis de Naplouse et Jénine et leurs tambourins.





