Que signifie tawâf ?
Tawâf (طواف, ṭawâf) est le nom d'action du verbe ṭâfa, « faire le tour de, tourner autour ». La racine ṭ-w-f a aussi donné ṭâ'if, « celui qui tourne », et ṭawwâf, l'homme qui fait la ronde. On écrit tawaf, tawâf ou tawaaf, et le français savant traduit par « circumambulation ». Chaque tour se dit shawṭ (pluriel ashwâṭ) ; un tawâf complet en compte sept.
En islam, le mot désigne un rite précis : tourner sept fois autour de la Kaaba, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, la Kaaba à sa gauche, en commençant et en finissant chaque tour à l'angle de la Pierre noire. C'est le premier geste du pèlerin qui arrive à La Mecque, que ce soit pour le hajj ou la 'umra, et la Kaaba est le seul édifice autour duquel ce rite est un acte d'adoration.
Le sens complet du pèlerinage, ses étapes et ses conditions sont présentés sur la page le Hajj. Cette entrée se concentre sur le tawâf lui-même.
Que dit le Coran sur le tawâf ?
Le Coran rattache le rite à Abraham. Dieu lui confie, avec Ismaël, la garde de la Maison : « Purifiez Ma Maison pour ceux qui tournent autour, y font retraite pieuse, s’y inclinent et s’y prosternent » (sourate 2, verset 125). Le même verset demande de prendre pour lieu de prière la station d'Abraham, d'où la prière qui suit le tawâf. Le verset 26 de la sourate 22 reprend la même consigne.
Le verset 29 de cette sourate décrit la fin du pèlerinage : « Puis qu’ils mettent fin à leurs interdits (qu’ils nettoient leurs corps), qu’ils remplissent leurs vœux, et qu’ils fassent les circuits autour de l’Antique Maison » (sourate 22, verset 29). Les juristes y voient le fondement du tawâf al-ifâda, le pilier du hajj.
La racine ṭ-w-f sert aussi pour le va-et-vient entre Safâ et Marwa : au verset 158 de la sourate 2, le verbe traduit par « faire le va-et-vient » est yaṭṭawwafa. Ce parcours, le sa'y, suit le tawâf dans la 'umra et le hajj.
Avant l'islam, les Arabes tournaient déjà autour de la Kaaba, certains nus. Les commentateurs rattachent à cet usage le verset « dans chaque lieu de Salât portez votre parure » (sourate 7, verset 31), et Boukhari rapporte qu'en l'an 9 de l'hégire il fut proclamé que personne ne ferait plus le tour de la Maison nu.
Quels sont les différents tawâf ?
Les juristes en distinguent plusieurs, selon le moment.
Le tawâf al-qudûm, ou tawâf d'arrivée, salue la Kaaba à l'entrée dans La Mecque pour le hajj. Il est recommandé pour la majorité des écoles et obligatoire (wâjib) pour les malikites.
Le tawâf al-ifâda, ou tawâf de la visite (ziyâra), est un pilier du hajj pour toutes les écoles : sans lui, le pèlerinage n'est pas accompli. Il se fait à partir du 10 Dhou al-Hijja, jour de l'Aïd al-Adha, après la descente d'Arafat et de Muzdalifa.
Le tawâf de la 'umra est le pilier du petit pèlerinage, accompli en état d'ihrâm dès l'arrivée.
Le tawâf al-wadâ', ou tawâf d'adieu, est le dernier geste avant de quitter La Mecque. Il est obligatoire pour la majorité et recommandé pour les malikites. Selon un hadith rapporté par Boukhari et Muslim, la femme qui a ses règles en est dispensée.
Enfin, le tawâf surérogatoire peut se faire à tout moment, hors de tout pèlerinage, par les habitants de La Mecque comme par les visiteurs.
Comment se déroule un tawâf ?
Le fidèle formule l'intention (niyya), se place face à la Pierre noire, la touche ou l'embrasse s'il le peut, ou lève simplement la main vers elle en disant « Bismillah, Allahou akbar », puis commence le premier tour. Il touche si possible l'angle yéménite au passage, sans l'embrasser. Les tours passent à l'extérieur du Hijr Ismâ'îl, l'espace en demi-cercle compté comme faisant partie de la Kaaba.
Pour le tawâf d'arrivée et celui de la 'umra, la sunna prévoit deux gestes réservés aux hommes : l'iḍṭibâ', qui consiste à découvrir l'épaule droite en passant le drap de l'ihrâm sous l'aisselle, et le raml, un pas rapide et rapproché pendant les trois premiers tours. Après le septième tour, le fidèle prie deux unités derrière la station d'Abraham ou, en cas de foule, n'importe où dans la mosquée, et boit souvent de l'eau de Zamzam.
Aucune formule n'est obligatoire pendant les tours. Entre l'angle yéménite et la Pierre noire, la tradition rapportée par Abou Dawoud cite l'invocation du Coran : « Seigneur! Accorde nous belle part ici-bas, et belle part aussi dans l’au-delà; et protège-nous du châtiment du Feu! » (sourate 2, verset 201). Le reste du temps, chacun prie, récite le Coran ou invoque Allah dans sa langue. L'article d'Oumma Marche détaillée des rites du Hadj, d'Ibrahim Halitim, propose des invocations pour chaque étape.
Faut-il être en état de pureté pour le tawâf ?
Pour les malikites, les chaféites et les hanbalites, la pureté rituelle est une condition de validité du tawâf, comme de la prière : il faut avoir fait ses ablutions (wudû'), et le ghusl après une impureté majeure. Ils s'appuient sur une parole rapportée par Tirmidhi selon laquelle le tour de la Maison est une prière, dans laquelle il est toutefois permis de parler. Pour les hanafites, la pureté est une obligation mais pas une condition : un tawâf fait sans ablutions reste valable et se répare par un sacrifice ou en le refaisant.
La femme qui a ses règles accomplit tous les rites sauf le tawâf, selon un hadith d'Aïcha rapporté par Boukhari et Muslim. Quand le départ est imposé avant la fin des règles, des savants contemporains, s'appuyant notamment sur Ibn Taymiyya, admettent qu'elle fasse le tawâf al-ifâda par nécessité.
Le pèlerin malade ou âgé peut faire le tawâf porté ou en fauteuil roulant ; les étages de la mosquée et des voies dédiées le permettent aujourd'hui. Les savants demandent en revanche à la personne valide de marcher : en 2015, un pèlerin filmé sur une planche électrique pendant sa 'umra avait suscité leur réprobation.
Ce qu'en dit Oumma
Dans Pèlerinage à La Mecque : ressourcement au pays de la Révélation, Ahmed Elouazzani décrit pas à pas le tawâf d'arrivée : l'intention face à la ligne tracée au sol, le comptage d'un tour à chaque passage devant la Pierre noire et l'invocation au coin yéménite. L'article Le Pèlerinage : ses secrets et ses symboles, inspiré de Ghazâlî, invite le pèlerin à voir dans ses tours l'image de la ronde des anges autour du Trône, et rappelle que ce mouvement autour de la Kaaba ne s'arrête jamais, de jour comme de nuit.




