Que veut dire bézef ?
Bézef veut dire « beaucoup ». En français, on l'emploie surtout à la forme négative : « Il n'y a pas bézef de monde ce soir », « ça ne rapporte pas bézef ». À la forme affirmative, il prend souvent le sens de « trop » : « c'est bézef ! », « là, c'est trop ».
Dans l'arabe d'Algérie et du Maroc, bezzâf (بزاف) a les deux sens, « beaucoup » et « trop ». On dit bezzâf pour une grande quantité et bezzâf 'liya, « c'est trop pour moi ». Au Maroc, on le prononce souvent bzzaf. Les Tunisiens emploient un autre mot, barcha, et l'arabe du Proche-Orient et d'Égypte dit ktîr, du classique kathîr.
Le ton compte. « Pas bézef » peut être une simple constatation (« il ne reste pas bézef de pain ») ou un euphémisme ironique : « il ne se fatigue pas bézef » veut dire qu'il ne fait presque rien. On l'entend encore beaucoup chez les anciens d'Algérie et dans les familles maghrébines, moins chez les jeunes, qui lui préfèrent souvent « grave » ou « trop ».
D'où vient bézef ?
Bézef reprend l'arabe maghrébin bezzâf. Les dialectologues le rattachent souvent à l'expression classique bi-l-juzâf, « en bloc, sans mesurer », employée pour une vente à l'estime : ce qui ne se compte plus est abondant.
Le mot est passé en français au temps de l'Algérie coloniale, comme toubib, barda ou chouïa, par l'argot des soldats et le français parlé en Algérie. On l'a écrit bésef, bézef ou bezzef ; l'accent aigu est la forme la plus courante.
Bézef, chouïa, walou : les mots de la quantité
Bézef s'emploie volontiers avec ses contraires, eux aussi venus du Maghreb : chouïa, « un peu », et walou, « rien ». Une chronique publiée par Oumma en 2006, Que le spectacle commence !, les associe avec humour à propos de l'équipe d'Algérie de football, alors absente des Coupes du monde depuis 1986 : « c'est chouïa bézef ! ».
Akram Belkaïd termine sa chronique Parlons wech-wech sur la même note : « il faut juste m'envoyer un message du genre bézef, c'est bézef ! ». Le mot n'a aucun sens religieux.

