Que signifie le mot souk ?
Souk vient de l'arabe sûq (سوق), qui veut dire « marché ». Le pluriel arabe est aswâq. On l'écrit aussi souq ou suq en transcription. Le mot appartient à la racine s-w-q, qui exprime l'idée de pousser devant soi, de conduire : le marché serait d'abord le lieu où l'on mène les bêtes et les marchandises. Le même verbe sâqa donne en arabe moderne sâ'iq, « le conducteur », et siyâqa, « la conduite » d'un véhicule.
Un faux ami vient de la même graphie : sâq, pluriel sûq, signifie « la jambe ». C'est ce mot, et non le marché, que l'on trouve au verset 33 de la sourate 38, où il est question des « pattes » et des « cous » des chevaux de Salomon.
Le souk le plus célèbre de l'Arabie ancienne est Sûq ʿUkâẓ, une foire annuelle tenue entre La Mecque et Taëf où, avant l'islam, les poètes venaient réciter leurs vers devant les tribus réunies.
Le souk dans le Coran et la vie musulmane
Le Coran mentionne les marchés à propos du Prophète. Ses adversaires s'étonnent : « Qu'est-ce donc que ce Messager qui mange de la nourriture et circule dans les marchés? » (sourate 25, verset 7). La réponse vient quelques versets plus loin : les messagers envoyés avant lui « mangeaient de la nourriture et circulaient dans les marchés » (sourate 25, verset 20). Le marché y représente la vie ordinaire, que partagent les prophètes.
Dans la ville musulmane traditionnelle, le souk s'organise souvent autour de la grande mosquée, avec ses rues spécialisées. Dans un récit de voyage publié par Oumma en 2001, Damas, la perle de l'Orient, Saïd Branine décrit le souk al-Hamidiyya, couvert d'une immense structure métallique, à la sortie de la mosquée des Omeyyades, et les souks divisés par produits : épices, soie, grains. Les règles du commerce honnête, comme l'interdiction de tromper sur le poids ou de vendre ce qui est haram, relèvent de la page halal.
Comment s'emploie souk en français ?
Le mot est entré en français au XIXe siècle, par les récits de voyage en Orient et la colonisation de l'Algérie, au sens propre de marché arabe : « le souk de Marrakech », « flâner dans les souks de Tunis ». On parle aussi du bled et de la kasbah dans le même registre.
Au XXe siècle, le français familier en a tiré un sens figuré : « c'est le souk », c'est-à-dire « c'est le désordre, le bazar », par allusion à l'animation bruyante des marchés. L'expression est voisine de « mettre le souk », « quel souk ! ». Elle n'est pas forcément méprisante, mais elle réduit le marché arabe à l'image du chaos, ce qui peut agacer.
Au Maghreb, le mot vit dans les noms de lieux : de nombreuses villes portent le nom du jour de leur marché hebdomadaire, comme Souk el-Arbaa (le mercredi), Souk el-Khemis (le jeudi) ou Souk es-Sebt (le samedi). La ville algérienne de Souk Ahras est l'ancienne Thagaste, où naquit saint Augustin.



