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Lettre ouverte aux prétendus « Djihadistes »

« Quand on progresse vers un but
il semble impossible que « l’absence de but en soi »
soit le fondement de notre croyance »
Nietzsche, Le nihilisme européen, éd. UGE.

Jeunes et moins jeunes futurs « Djihadistes »,

A l’heure des attentats partout dans les grandes villes d’Europe, dans les pays musulmans jusqu’aux enceintes sacrées de la Mecque et de la Mosquée du prophète !

Il est de mon devoir de vous écrire, en ce lendemain de la fête de l’Aïd el Fitr. Je sais combien il est difficile de parler à un jeune qui vit au fin fond d’un bidonville d’Afrique ou du Levant, ou issu d’un quartier sensible… Je sais la distance qui peut nous séparer, surtout quand on a eu, comme moi, la chance de l’instruction et l’accès au capital culturel, ce dont vous êtes souvent privés. Et pourtant. Je viens de loin, fils d’ouvrier et d’immigré marocain, ou peut-être d’une époque révolue où les voisins étaient de toutes origines.

Sachez que j’ai grandi dans les mêmes HLM que vous, mais c’est vrai, ils ont tellement changé. C’était nos parents qui participaient à la construction de la France. Et ils en étaient fiers. Que s’est-il passé ? D’aucuns accusent le communautarisme, d’autres l’accès à la propriété et l’émergence d’une classe moyenne, la crise et la montée du chômage. Ne sont restés que les plus pauvres, les plus démunis, tout comme moi qui y vit encore.

Pourtant, j’ai envié ces classes bourgeoises, leur mode de vie, tout comme Albert Memmi dans La statue de sel. J’ai rêvé moi aussi d’être dans l’opulence, d’avoir droit au fameux rêve américain, mieux, le rêve mitterrandien dans la lignée de Jaurès via une école pour tous et l’égalité des droits. C’est pour cela que devant la crise de notre système éducatif et économique, et l’échec des aînés à trouver un poste qui correspond à leurs diplômes, vous vous êtes résignés à vouloir d’un modèle qui vous promettait la réussite sociale, pour tomber dans la facilité de gagner de l’argent facile.

Moi aussi j’ai connu la honte de mon nom et de mes origines, d’autant plus que nos parents étaient colonisés, dominés, rien ne valorisait notre histoire dans les films et les manuels scolaires. J’ai ressenti la même rage face aux propos racistes de certains de mes camarades, surtout quand ils parlaient en mal de ma culture et de ma religion, alors que moi je n’en savais pas grand-chose à l’époque.

J’ai aussi aimé la gentillesse, la blancheur et la douceur de mes camarades « gauloises » ou de « souche », bercé par le cinéma et son rêve américain de belles californiennes blondes aux yeux bleus. Sûrement vous les avez désirées autant que moi, et vous avez même réussi à sortir avec quelques-unes d’entre elles : elles aiment l’exotisme, même si aujourd’hui la mode est au Bad Boy (Booba, Kaaris, Jul) et aux Latina et autres beurettes.

Pas pour rien que le Coran parle de Houriates (Belles du Paradis), faisant de la figure féminine l’idéal de beauté. Pour ça aussi que les prétendus Djihadistes ont une préférence pour les européennes converties.

Comme vous êtes imbéciles de croire qu’il existe un Etat islamique ! Etat qui n’est pas reconnu par l’ONU, et qui n’a de réalité qu’une bande de criminels et de barbares dirigés par un ancien prisonnier de Guantanamo.

Islamique certainement pas, au vu des massacres et des exactions perpétrés en son nom et au nom d’Allah. Khalifat ? La bonne blague, tout au plus un ramassis de paumés rêvant d’une domination islamique mondiale, comme celle de leur prétention de détenir la seule vision de l’islam possible, la leur : mélange d’obscurantisme et d’intolérance la plus totale. Le Coran le dit, Dieu a voulu qu’il y ait des croyants et des non croyants, et ne demande-t-il pas que nous soyons un exemple pour l’Humanité ?

J’imagine que vous ne connaissez pas toute la riche littérature arabe de l’amour courtois, en passant par El Nafzaoui et son jardin parfumé, jusqu’aux contes érotiques qui circulaient sous le manteau, de cour en cour, et de Sultan à Sultan, pour parfaire leur éducation galante et sexuelle. (Malek Chebel, L’érotisme arabe, éd Robert Laffont ; Le Kama-Sutra Arabe, éd. Pauvert).

On vous a dit que la femme était sous la tutelle de l’Homme. Ce qui est faux au vu de la vie du prophète Muhammad (saws) et des relations d’amour qu’il avait avec Khadija (Marek Halter, Khadija, éd. Poche) ou encore Aïcha (Geneviève Chauvel, Aïcha la bien aimée du prophète, éd. Poche) et le rôle qu’elles ont joué dans la construction politique de l’islam (Fatema Mernissi, Le prophète et les femmes, le harem politique, éd. Albin Michel). Comme dit le proverbe, derrière chaque grand homme, il y a une femme exceptionnelle.

Puis, devant la réalité sociale et les contraintes familiales, de déception en déception ou suite à un amour impossible, la rage n’a fait qu’augmenter : « quelle est sa situation, entendez-vous murmurer dans votre dos. Ça ne marchera jamais. Mais c’est un arabe, disent vos copains jaloux ». Et pourtant vous y aviez cru.

D’autres l’ont réalisé, ils ont même des enfants. Mais ils font face aux préjugés et aux difficultés de la vie commune que connaît chaque couple, mixte ou non, surtout dans ce climat anxiogène de crise sociale et économique, et de la peur de l’autre.

Du coup, vous avez trouvé un exutoire lorsque l’on vous parle du paradis avec des femmes belles et vierges pour l’éternité, des rivières de vins, et autres merveilles… celle d’ici-bas vous déçoivent. En réalité, vous ne les aimez pas.  Savez-vous au moins ce que c’est qu’aimer ? Vous qui avez été élevés dans la culture du Hchouma (la honte), où toute effusion publique est perçue comme un crime de lèse-majesté. Rappelez-vous du prophète Muhammad (saws) qui embrassait ses enfants devant tout le monde, devant les bédouins médusés qui n’avaient pas l’habitude de voir cela. Et que le messager encourageait la manifestation de l’amour et des gestes d’affection envers l’être aimé. Vous avez réduit l’islam à une longue liste d’interdits (Haram), en oubliant que ce qui est autorisé (Halal) donnait une vision positive de la vie. Vous avez opté pour la mort des cœurs.

Vous ne lisez pas du tout de livres en dehors du Coran ? Par ailleurs, Coran que vous devez trouver difficile d’accès, à cause de sa structure concentrique (Jacques Berque, Lire le Coran, éd. Albin Michel). Sans parler du travail des Sabab Nuzul (contextualisation) effectué par les Ulémas durant des siècles à travers les Université du monde musulman.

Vous vivez trop isolés avec vos sahab (potes), en autarcie, dans ce ghetto physique et mental ? Peut-être que vous avez été trop dégoûtés par ce que disent les médias sur les nôtres. Auriez-vous auparavant trop consommé de vidéo clips de Gangsta Rap, trop goûté à leurs drogues et à leur alcool jusqu’à l’écœurement ? Pour réaliser que cela ne vous sortait pas de votre réalité et de vos problèmes. Trop de films comme Scarface, New Jack City, Fruitvall Station ? Trop de rage, de colère, face à ces contrôles au faciès ? Comme dit le proverbe, à force de dire attention au loup, un jour ou l’autre il vient. Pour finir en prison.

D’aucuns crient à l’indignation lorsque vous taguez « Nique la France ! », mais ils ne savent pas ce que c’est qu’être au quotidien dans la peau d’un « nègre » ou d’un « bougnoule », surtout lorsque notre nom et notre lieu de résidence nous stigmatisent d’emblée. Oui, je sais, Ben Laden était un fils de riches, et quelques diplômés sont attirés par ces mouvances radicales, souvent de formation scientifique sans aucune culture littéraire et historique : en écho avec les révolutionnaires et les nihilistes russes, même si, eux, ne le savent pas (Henry Laurens et Mireille Delmas-Marty, Terrorismes, Histoire et droit, éd. Biblis CNRS).

En somme, l’Histoire qui se répète.

Oui, tout ça je le comprends. Je l’ai ressenti au fond de moi-même. J’ai grandi dans des villes qui sont toutes passées aux mains du FN. Certains, de leur salon parisien, sont même allés écrire que c’est un racisme imaginaire ! Et ce racisme sournois, je l’ai subi dès le collège. Aujourd’hui, on parle de petits blancs persécutés dans ces territoires perdus de la République : on crie au racisme anti- blanc quand ils ne se convertissent pas à l’islam : genre de françawi de service ou haine de soi considérés par les fachos, comme ceux qui détestent les lèches-politiques ou khobzistes du système (Les Ni Putes Ni Soumises, Touche pas à mon pote, etc).

La France aussi a ses tabous : la colonisation et la guerre d’Algérie en est un. Et ceux-ci peuvent susciter des réactions hystériques et irrationnelles. Guerre des Mémoires (Benjamin Stora).

Jamais je n’oublierai le jour de ma naturalisation. Oui, moi aussi je suis français, criai-je aux camarades qui m’agaçaient (trouvant que je ne l’étais pas assez à leurs yeux), et je comprends ce que Romain Gary ressentait dans La promesse de l’aube.

Me suivez-vous ? Vous m’avez l’air un peu perdus et perplexes…

Oui, vous vous êtes récemment intéressés à l’islam, parce que les médias en parlent tellement, de façon obsessionnelle. Et parce que nos parents sont de culture musulmane. Et pourtant vous n’y connaissez toujours rien à l’Islam avec un grand I, ou islam avec un petit i. Pourriez-vous faire la distinction ? Il aurait fallu suivre des cours de Roland Barthes pour avoir accès à ces nuances, tout comme les tolba (étudiants) dans les madrasas qui goûtaient aux subtilités de la langue arabe via l’exégèse et la grammaire.

Souvent vous avez décidé de réagir par ostentation, par provocation (barbe et niqab abusés), « Hé ouais, je suis musulman pratiquant. Qu’est-ce que tu vas faire ? » Presque vous avez envie de dire « Je suis terroriste, je suis tout ce que vous dites sur moi, et je vous emmerde ! ». Oui, je l’ai ressenti aussi ce ras-le-bol, surtout lorsqu’à chaque ramadan ou à chaque attentat en Algérie dans les années 90, les mêmes questions revenaient, comme si mes compatriotes français avaient Alzheimer : et pourquoi-ci ? Et pourquoi-çà ? Ou peut-être était-ce un travail de sape pour me dire : « pourquoi tu continues à pratiquer cette religion ? On est au XXIème siècle ! Faut évoluer ! »

D’aucuns disent que Muhammad (saws) était un guerrier, un pédophile, un opportuniste, un faux prophète : vieux clichés propagés par l’Eglise catholique depuis l’époque médiévale. Et c’est peut-être ça qui vous a poussé davantage dans la pratique de notre religion. Et vous avez sûrement trouvé toutes vos réponses et comment parer à toutes leurs accusations, à leurs mensonges.

En effet, le Coran enjoint à la résistance par le combat (Qital), certes. Mais dans un cadre de guerre conventionnelle, qui s’inscrit dans le droit musulman. Sinon, le risque est grand de causer une injustice en croyant se faire justice.

Et pourtant, il vous arrive de réagir violemment face au voisin raciste. Mais est-ce la réaction que le prophète a recommandée ? Certes non. Et lui, le voisin, il a ses raisons, surtout lorsqu’il voit certains de nos enfants mal éduqués, pour subir l’incivilité et la délinquance au quotidien (Yazid Kherfi, Repris de justesse, éd. La Découverte). Ces problèmes de voisinage liés aux échecs de la politique de l’urbanisme, ça fait quarante ans que ça dure… il y a eu les émeutes de 2005, le couvre-feu… puis plus rien. Ou plutôt si, les attentats, et maintenant le prolongement de l’état d’urgence. Rien de rassurant à l’heure du tout ultralibéral.

De plus, vous avez rencontré des types « plus politisés », disons endoctrinés, plus radicaux, qui vous ont montré des images des exactions de l’armée occidentale en Afrique, en Libye, en Iraq, en Syrie, en Palestine. D’autant plus que le débat politique et intellectuel sur la question est souvent muselé, voire noyé dans des émissions de téléréalité (Disparition de l’émission Ce soir ou Jamais avec Taddei, qui posait les bonnes questions).

Ajouté à votre frustration de dominés, d’enfants du ghetto, vous vous êtes identifiés à ces déshérités de Gaza à qui l’ont détruit les maisons, à ce pauvre orphelin dans les rues de Bagdad pendant que les GI’s faisaient des rallyes sur les avenues et que les snipers se vantaient de pacifier le secteur. Sans parler du cinéma où l’arabe et le musulman sont toujours représentés sous des airs fourbes et belliqueux. Tout ça sur fond de guerre du pétrole et des ressources naturelles pour faire tourner l’économie et la civilisation occidentale.

Pendant ce temps, ces types endoctrinés, via Internet ou les paraboles, vous jurent que DAESH prépare l’avènement du Messie (Mehdi) ou le retour de Jésus. Tous les signes sont là, d’après eux. (Jean-Pierre Filiu, L’Apocalypse dans l’Islam, éd. Fayard)

Et pourtant, jamais ils ne vous parleront de la grande fumée ou de la grande bousculade (Les signes de la fin des Temps dans la tradition islamique, éd. Alif). Du chaos que le prophète Muhammad (saws) avait prédit, et de ces types au crâne rasé et à la barbe fournie, qui lorsqu’ils lisent le Coran, celui-ci ne dépasse pas leur gorge et retire la foi comme on décoche une flèche.  Et que si nous sommes amenés à les rencontrer, il valait mieux prendre nos jambes à notre cou, surtout lorsque de tels événements arriveraient et que les musulmans se tueraient entre eux, par factions interposées : idiots utiles d’un système néo-impérialiste. Tous parlent de l’antéchrist, il est là, il n’a qu’un œil : d’aucuns disent qu’il œuvre via la télé, Internet, les médias, d’autres que c’est l’ère du matérialisme sans spiritualité (Cf, Leopold Weiss ou Muhammad Asad). Les plus faibles parmi vous y croiront. Vous commencerez même par vous radicaliser, à excommunier « les musulmans modérés », à les qualifier de faibles, de traîtres, si ce n’est pas d’hypocrites ou de collabos.

Ils vous parleront de Djihad, de Charia, sans savoir la polysémie de ces termes, reprenant comme des imbéciles, les simplifications véhiculées par ces médias que pourtant vous haïssez. La bêtise et l’ignorance des uns nourrissent la frustration et la résignation des autres : vases communicants.

Pourtant, qui vous a parlé de civilisation islamique, à vous, jeunesse sacrifiée et perdue ? Non pas de façon succincte et bâclée comme dans les manuels scolaires. Que cette civilisation était le premier système monde dans lequel ont voyagé Ibn Battuta et Marco Polo, à travers la route de la soie, dont la langue internationale n’était pas l’anglais mais l’arabe (Cf, Fernand Braudel, La grammaire des civilisations ; ou Maurice Lombard, L’islam dans sa première grandeur, éd. Champs Flammarion). Que la première université au monde est à Fès ; que l’école de la sagesse à Bagdad avait repris l’héritage des romains, des grecs, des babyloniens, des assyriens, des égyptiens, sans jamais omettre cet héritage, et en le fructifiant à l’aide de la philosophie coranique fondée sur le décryptage des signes (Ayates ou versets), s’appuyant sur la nature comme grand livre de la création et manifestation du Créateur (Philippe Quesne, La philosophie du Coran, éd. Albouraq) : voilà d’où Descartes, Pascal, Liebniz, et bien d’autres, ont puisé leurs pensées à la même source que ces néo-aristotéliciens et ces néo-platoniciens musulmans (Ali Benmakhlouf, Pourquoi lire les philosophes arabes, éd. Albin Michel).

Bien entendu, vos gourous extrémistes vous diront que c’est de là qu’est arrivé le déclin de la civilisation musulmane : cette mixité, et cette place de la Raison philosophique. Ce qui est totalement faux, au contraire. Je ne referai pas ici le dialogue entre Averroès et ses détracteurs.

Qui vous a dit que le Djihad ne signifie pas guerre sainte, mais Effort au sens large ? Qu’à l’apogée de la civilisation islamique, le Djihad était commercial, maritime, culturel, intellectuel… que le recours à la violence était résiduel et lié à des luttes de pouvoir. D’ailleurs, le fameux jeu vidéo Assassin’s Cread ne fait que se référer à la secte des fous d’Alamout (Amin Maalouf, Samarcande, Poche), al Achachiyine qui se droguaient (d’où le mot hachich) comme les « djihadistes » d’aujourd’hui, pour tuer une cible et non tirer dans le tas.

Pas pour rien que Nietzsche était en admiration devant cette religion du non ressentiment, comme il l’écrivait (Pas de pêché originel, responsabilité individuelle en islam). C’était encore l’époque où Goethe, admirateur  de la poésie de Hafez, et les orientalistes revenant de leur voyage d’Egypte ou du Levant avaient la tête pleine de nostalgie et de rêveries. Les saint-simoniens avaient même commencé une mutation philosophique et spirituelle. La Sublime Porte faisait rêver, déjà on y retrouvait même des allusions sous la plume de Molière, et plus tard sous celle de Montesquieu, de Nerval… les uns y étaient allés par bateau, les autres y voyageaient par l’imagination et l’esprit : Les Mille et une nuits comme vivier féérique et fantastique de ce monde si mystérieux et si proche. L’Amérique n’était encore peuplée que de « sauvages », alors que la mode turque battait son plein.

Jeunes apprentis terroristes, savez-vous ce que la culture doit aux arabes d’Espagne ? (Juan Vernet, éd. Sindbad, Actes Sud)

Savez-vous que la Renaissance européenne n’aurait pas été possible sans ces échanges avec l’Orient ? (Jerry Brotton, Le bazar Renaissance, Comment l’Orient et l’islam ont influencé l’Occident). Il m’aura fallu attendre mes années d’études universitaires pour entendre pour la première fois que le mot algorithme avait pour origine le nom d’un des plus grands mathématicien, à savoir Al-Khawarizmi, fondateur de l’Algèbre (Nas E. Boutammina, L’Islam fondateur de la Science, La Renaissance et les Lumières, les siècles de Plagiat, éd. Albouraq).

Et si je vous disais que les premiers conservatoires de musique, les inventeurs de la guitare de l’ancêtre du piano, du solfège, les premiers hôpitaux « psychiatrique », sont apparus dans le monde musulman, vous me direz que tout cela c’est du passé. (Sigrid Hunke, Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident, éd. Albin Michel)

Je sais, vous vous en fichez. Tout au plus vous esquissez un sourire amusé. Je sais, vous n’aimez pas cette période faste et glorieuse, où chrétiens juifs et musulmans avaient fondé l’Andalousie, et dont la culture de vos parents est imprégnée, sans parler des traces architecturales et le nom de vallées laissées en Occitanie et sur le pourtour du bassin méditerranéen (Alem Surre-Garcia, Au-delà des rives, Les Orients d’Occitanie, éd. Dervy).

Non vous préférez y voir l’Inquisition, les croisades, la colonisation, les luttes d’indépendances, et aujourd’hui l’interventionnisme et l’ingérence occidentale au Proche-Orient et en Afrique Centrale, cette guerre ancienne entre Orient et Occident rebaptisée Choc des civilisations, donnant raison aux partisans de la haine, du séparatisme, des nationalismes, voire populismes. Ils sont votre miroir, ils ont besoin de vous comme vous avez besoin d’eux. Ils ne lisent pas non plus, si ce n’est des livres sur le Peuple, la Nation, Le Grand Remplacement, comme si l’Humanité n’était pas un éternel brassage de peuples et de cultures. (George Corm, Orient-Occident, La fracture imaginaire, éd. La Découverte)

Vous arguez que, de toutes façons, même si tout cela est vrai, ils font en sorte en Occident de le minimiser, voire de l’occulter. (Jack Goody, Le vol de l’Histoire, Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde, éd. Gallimard ; ou encore Alain de Libera, Les Grecs les Arabes et Nous, enquête sur l’islamophobie savante, éd. Fayard).

Mais est-ce par la violence que vous vous ferez entendre et respecter ? Je sais vous êtes enclins à ressortir la Loi du Talion pour justifier votre vengeance aveugle. Tuer des gens sur la terrasse des cafés, écraser des promeneurs à coup de camion bélier, est-ce que ce sont des pratiques qu’avait recommandées le prophète Muhammad (saws) ? Lui, qui ordonnait en cas de bataille d’épargner femmes et enfants, de ne pas couper les arbres, de ne pas brûler les maisons, le tout dans une guerre conventionnelle d’hommes à hommes, face à face, cet art de la guerre dont ne rougiraient pas les nostalgiques du Bushido… Les kamikazes ? C’était les japonais et leur sens de la patrie et du sacrifice, mais ils attaquaient les navires de guerre américains : des guerriers pas des civils !

Oui, revenons au terme Djihad. Il ne signifie pas Guerre Sainte, comme le voudraient les partisans du choc des civilisations qui aimeraient des Croisades à l’envers. Il n’y a pas d’équivalent en Islam. Aucune guerre n’est sainte, car elle apporte la mort et la tristesse. Mais par pragmatisme, les Sultans en ont fait usage pour assoir leur pouvoir, et non pour l’Islam. (Ibn Khaldun, Prolégomènes)

De toutes façons, la guerre en arabe se dit Harb ou Qital, et elle est délimitée par le droit musulman, bien avant les conventions européennes. Pas pour rien que Napoléon avait puisé son Code Juridique en s’inspirant de la Charia (Voie ou Boulevard), domaine d’étude qui était bien plus développé en Orient qu’en Occident à l’époque. Et non pas ce cliché médiatique réduisant la Charia à la lapidation et au coupage des mains. (Baudoin Dupret, La Charia, des sources à la pratique, un concept pluriel, éd. La Découverte)

Oui, c’est une guerre idéologique. Une guerre fondée sur l’ignorance des uns et l’humiliation des autres. Mais le prophète Muhammad (saws) disait : ne répondez pas par la violence, mais d’une meilleure manière. Et pardonnez.

Et le pardon ne peut venir que de soi-même, en se réconciliant avec soi. Vos échecs ne sont imputables qu’à vous-mêmes, Malek Bennabi ne disait-il pas que si nous avions été colonisés c’est parce que nous étions colonisables ; et si les obstacles sont difficiles à franchir, alors armez-vous de persévérance dans le plus grand Djihad, qui est celui de l’humilité, de la compréhension, de l’écoute, du respect, du savoir, de la tolérance, de l’indulgence, du pardon, etc. Ce qui fonde une société en paix (définition du mot islam), où le prophète Muhammad (saws) disait que la langue et les mains du vrai musulman étaient toutes de douceur et de sollicitude. Lorsqu’une société vit dans l’insécurité, la peur et la terreur, il est à ce questionner sur la profondeur et la sincérité de leur pratique de l’islam.

Oui, apprentis « djihadiste »,  vous vous trompez sur toute la ligne ! Le vrai Djihad est celui du savoir, car le premier verset révélé par l’Ange Gabriel au prophète Muhammad (saws) était Iqra (Lis !), « Iqra Bismi rabika ladi Khalaq, Khalaqa al-Insana min 3alaq, Iqra wa rabouka akram, Ladi 3alama bi al-qalam, 3alama al-insana ma lam ya3lam » (Lis ! Au Nom de Ton Seigneur qui a crée, a crée l’oublieux (l’Homme) d’une adhérence (fœtus), Lis Ton Seigneur le Généreux, A enseigné à l’oublieux (L’Homme) le qalam (écriture), A enseigné à l’Homme ce qu’il ne savait pas). Tout le Djihad et le sens de la vie sont résumés dans ces premiers versets. La science faisant partie de la 3ibadat adoration, au même titre que les cinq piliers de l’Islam.

Et ces abrutis qui sont allés bombarder des statues de Bouddha en Afghanistan ou encore la Cité de Palmyre. Quelle bande d’ignorants ! Alors que le Coran regorge de recommandations quant à la méditation aux vues de ces constructions des peuples anciens, posant cette question fatidique : Où sont-ils maintenant eux qui se croyaient éternels et qui ont construit de telles cités ? Ne comprenez-vous pas ?

Décidemment ils n’ont rien compris ces ignares.

Enfin, dernier rappel, Le Coran à l’instar de la Torah, le dit : « Qui tue une âme tue toute l’Humanité. Et qui sauve une âme sauve toute l’Humanité ».

Ne soyez pas aveuglés par la haine, le ressentiment, et la frustration. Vous devez combattre votre pire ennemi, comme chacun de nous le doit, qui n’est que vous (nous)-mêmes (Anfousakoum ou Ego). Lorsque vous tirez sur des foules, vous ne tirez que sur vous-mêmes, en tuant votre part d’Humanité. Et vous tuez les musulmans en général qui sont alors pointés du doigt comme potentiels terroristes. Vous détruisez la Paix, vous détruisez le message de l’Islam.

Je vous en conjure, ne donnez pas raison à ceux qui nous haïssent, à ceux qui veulent nous réduire à néant, nous humilier, nous dominer. Parce qu’auquel cas, vous leur donnez raison. Et les attentats Kamikazes ne sont qu’une forme de suicide déguisé, formellement proscrit en islam. Pensez plutôt au bien que vous pouvez faire autour de vous. Le prophète Muhammad (saws), ne dit-il pas : même si l’heure est imminente, plantez un arbre, faites un dernier geste de bien. Ou encore le Coran, la piété ne consiste pas à tourner vos faces (en prières) du côté de l’Orient ou de l’Occident, mais à faire le bien.

Assalam 3alaykum Wa Allahou A3lam (Que la Paix soit sur vous, Seul Dieu Sait)

11 commentaires

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  1. Pourquoi l’auteur de cet article ne se pose pas la questions ‘à qui profite le crime’ ça lui permettrait de comprendre qui se cache derrière cet ‘etat islamique’ financé et soutenu dans l’ombre par l’occident pour encore plus diaboliser les musulmans et surtout légitimer les bombardements lâches de pays musulmans ( Irak, Syrie, Mali,…) pour masquer le vol par l’occident des ressources de ces pays…

    • @ Schlomomo6

      Il faut cesser d’être binaire. La vie ce n’est pas 0/1 ni blanc/noir ni halal/haram.
      Le musulman doit être capable de discernement.
      Oui les USA ont créé le chaos au Moyen-Orient avec leurs interventions en Irak. Oui, à chaque conflit, les vautours rodes pour vendre des armes aux idiots utiles allant dans le sens d’intérêts étrangers. Faire du fric sur le malheur des autres.
      Mais ils ne sont pas les seuls !!!
      Les arabes se massacrent entre-eux pour le pouvoir et les intérêts: depuis 14 siècles.
      Bien avant que l’Amérique ne soit découverte, ni l’occident créé.
      Seul Abou Bakr(ra) est mort naturellement. Les autres califes, compagnons et cousin du Prophète(saw) ont tous été assassinés !
      Si le mal de l’occident est l’hypocrisie, le mal de l’arabie élargie est la jalousie de ce que son frère peut possèder (biens, argent, épouse)

      Dans le Qur’an: [..] une course à l’orgueil entre vous et une rivalité dans l’acquisition des richesses et des enfants [..] (S57-v20)

      Des arabes se réclamant pourtant tous “musulmans” s’entre-tuent chaque jour, en Irak, en Syrie, en Lybie, au Yémen. Ils n’ont pas attendu les autres pour suivre les 1ers les pas de Sheytan. Qu’ils sont loin, loin, loin de l’Islam du Prophète(saw).

      Dans l’évangile, il est écrit que ‘Issa(as) a dit: « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. »

      Tous le reste n’est que luttes d’influence, d’intérêts divergents entre les diverses factions.
      Dounia, Dounia, Dounia… Il n’y a aucun dine là-dedans.

      Et qu’Allah maudisse ces jihadistes à 2 balles qui insultent l’islam et son prophète, aux yeux du monde entier.

  2. « Au nom d’Allah le miséricordieux le plus miséricordieux », la phrase avec laquelle tout musulman doit commencer, pas avec une citation d’un auteur athé qui a dit aussi : « Dieu est mort » dans son fameux livre, Ainsi parlait Zaratoustra.

    La juxtaposition de vos exemples sur les éventements actuels est très simpliste. Vous prenez votre récit de vie personnel et vous l’extrapoler sur une génération entière. Une démarche malheureusement vide de scientificité et d’objectivité.

    Vous parlez d’un sujet « polémique » en Islam, à savoir le Jihad en citant des auteurs occidentaux et des livres qui reflètent des façons de voir ou d’interpréter l’Islam complètement fondées sur la démagogie de leurs auteurs.

    « Ô les croyants ! Obéissez à Allah et obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allah et au Messager. »,

    Ce qui se passe est la Fitna de la fin des Temps, décrivait en détails par le prophète صلى الله عليه وسلم. C’est pour cela, cette réalité ne pourrait pas être décrite telle que vous prétendez dans votre récit de vie. La suite du verset est la suivante : « si vous croyez en Allah et au Jour Dernier. Ce sera bien mieux et de meilleure interprétation ». (Sourate An-Nissa, verset 59).

    J’adhère à aucune idéologie, Monsieur, car je le dis et je le confirme, je suis toujours à la recherche de la vérité que vous ne pouvez pas prétendre détenir.

    l’Islam est une religion de Paix et de vivre ensemble, mais pas de faiblesse et d’indignation. Vous ne pouvez pas réduire cette religion à vos expériences dans la société occidentale et vos lectures, qui semblent être votre soubassement théorique et votre puit de vérité. Des êtres humains se font bombarder tous les jours les jours par les forces de la coalition et quand ils osent à lever les armes pour se défendre sont considérés comme terroristes et des « Djihadistes ».

    Le fonds de ma pensée se résume ainsi :
    1) ne parlez pas avec certitude d’une réalité que vous connaissez partiellement ;
    2) Adoptez une argumentation méthodique et rationnelle ;
    3) Citer les sources adéquates avec réserve à votre sujet d’analyse.

    « Allah ! Pas de divinité à part Lui ! Très certainement Il vous rassemblera au Jour de la Résurrection, point de doute là-dessus. Et qui est plus véridique qu’Allah en parole ? » (Sourate An-Nissaa, verset 87)

    PS : je condamne fermement toute injustice envers tous les ETRES HUMAINS sans distinction de sexe, d’âge, de race, de nationalité, d’ethnie ou de croyance car nous sommes tous des frères et des sœurs dans l’humanité.

    • Vos citations de versets sont choisie, alors qu’il y en a d’autres… si votre méthode scientifique consiste à s’appuyer sur vos idéologues de la Salafya, sachez que ce termes n’est cité dans le Coran que pour désigné les Anciens… et que le peuple de Sodome et Gomorrhe était aussi un de ces Anciens peuples… pour le coup, vous rajoutez Salaf Salih (Anciens vertueux), sauf que les Sohabas (Compagnons du prophète saws) sont morts avec leurs actions et que vous ne leur arrivez même pas à la cheville.
      De plus, votre dénomination de Salaf crée et participe de la Fitna, car Sidna Ibrahim dans le Coran dit: Je suis musulman (ana muslim), il ne dit pas je suis Salaf…
      Le drame est là, vous avez crée une secte et vous participez du chaos et de l’intolérance et après vous parlez d’esprit scientifique, de ce qu’est le Djihad…
      Au contraire, je pense que l’auteur de cet article même en se fondant sur son expérience personnelle, dit les choses de façons plus sincères que vous, et ne se cache pas derrière des citations coraniques choisies, alors qu’ils y en a d’autres, et notamment celle qui récuse votre secte la Salafya fondé par Abdelwahhab et qui est la matrice de toute cette idéologie mortifère et inhumaine dont les hypocrites saoudiens acceptent les armes occidentales et leur argent, tout en bombardant leurs frères au Yemen, ou en laissant dans l’indifférence leurs frères en Palestine…
      Votre méthodologie et votre scientificité on voit où cela mène le monde musulman: à sa catastrophe, et au pire…

    • Tout d’abord une Lettre Ouverte n’a pas vocation à être scientifique, c’est un appel du coeur…
      Sinon pour la profession de foi en exergue, tant que l’auteur la dit oralement, cela suffit, cette propension que vous avez à critiquer tient plus de l’Inquisition…
      De même, la citation de Nietzsche en exergue est bien choisie, car elle fait référence au nihilisme européen… savez-vous ce qu’est le nihilisme? Si vous le saviez, vous comprendriez le lien avec les Djihadiste d’aujourd’hui…
      Cordialement.

  3. Le djihad existe dans le Coran, son sens doit etre celui du Coran et non de la pensée humaine.
    Le mensonge alimente le terrorisme et l’argent mobile du terroriste.
    Le vrai sens du djihad dérange les dirigeants arabo musulmans qui désarment les gens pour les rendre vulnérables , si c’était pour faire justice, personne n’est contre.
    Le coran n’a pas besoin de détruire quoi que ce soit pour exister, parce qu’il s’adressent aux hommes libres et les hommes libres dérangent.
    Les états arabes ont détruit l’appartenance tribale pour que la république existe, ont détruit la famille pour que la république existe, résultat tout est cendre et la république n’éxiste toujours pas. On a fini par détruire ce qui reste, l’individu pour que cette meme déesse république voit le jour, la république ne verra jamais le jour, parce qu’il n y a plus personne.

    La liberté n’est pas un droit, on vient au monde avec.
    Merci

  4. Les djihadistes ou futurs djihadistes à qui vous parlez ne possède pas pour bon nombre d’ente eux le bagage intellectuel suffisant pour comprendre et encore moins analyser votre sermon.
    Je trouve votre texte admirable, rien ou presque n’y est omis sauf peut être la première université au Maroc, c’est une première? Peu importe l’origine géographique, le tout est qu’elle soit musulmane.

  5. Pour être inutile ce type de papier est complètement inutile. Vous croyez vraiment que des djihadistes vont lire papier que j’ai envie de lire et que je n’arrive pas à lire parce qu’il est trop long, beaucoup trop long et qu’il est compliqué, bcp trop compliqué… Non ils ne le liront point; ce qui fiait de papier pure spéculation intellectuelle masturbatoire

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