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Enseignements et sens de la sîra

Louange à Dieu, Seigneur des cieux et de la terre, qui a fait du Sceau des envoyés (saws) un excellent exemple pour toute l’humanité. A cet effet, Il a révélé :

« Vous avez dans l’Envoyé de Dieu un bel exemple pour ceux qui placent leur espoir en Dieu et dans le Jour dernier et qui se remémorent Dieu fréquemment. » (S.33, 21).[1]

Une meilleure connaissance du Coran passe par une meilleure connaissance de la sîra du Prophète (saws). C’est que ces vingt-trois années de prophétie furent consacrées à suivre les prescriptions divines et à les mettre en pratique, d’une manière fidèle et constante, au point que son épouse Aïcha a déclaré, parlant de sa personnalité : « Sa morale, c’est le Coran ».

Il n’y a pas plus élogieux que cette parole conforme à la réalité. Il va sans dire que s’imprégner fortement de sa sîra, c’est se confondre avec le contexte vivant de la révélation. N’est-ce pas que pour comprendre amplement le Livre de Dieu, il convient nécessairement d’étudier intelligemment et consciencieusement la sîra du Sceau des envoyés (saws), car elle  se présente comme la première des exégèses ?

Croire au Prophète (saws), c’est croire en Dieu. Aussi, faudrait-il mettre en pratique ces quelques versets parmi tant d’autres, qui serviront de guide et d’inspiration à nos actes quotidiens et à nos paroles publiques, secrètes ou en notre for intérieur.

                 « Ô croyants ! Craignez Dieu comme Il mérite d’être craint et veillez à ne mourir qu’en musulmans (muslimûn = soumis à Dieu). »[2] (S.3, 102)

                « Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être et qui, ayant tiré de celui-ci son épouse, fit naître de ce couple tant d’êtres humains, hommes et femmes. Craignez Dieu au nom duquel vous vous demandez mutuellement assistance ! Respectez les liens du sang. Dieu vous observe. »[3] (S.4, 1)

               « Ô croyants ! Craignez Dieu et dites des choses conformes à la vérité, * afin qu’Il rende vos œuvres plus méritoires et absolve vos péchés. Quiconque obéit à Dieu et à Son Prophète obtiendra un immense succès. » (S.33, 70 et 71)[4]    

Le salut donc au plus noble des messagers qui a été envoyé par miséricorde à tous les habitants, sans exception, de ce monde et aux hôtes de l’au-delà. Salut à celui dont la langue ne prononce que la vérité et qui l’a communiquée sans aucune déviation. Dieu l’a décrit comme ayant un caractère noble. Il a fait de lui un Prophète clément et miséricordieux envers les croyants. Il l’a particularisé d’entre les autres envoyés, en le revêtant de cinq vertus. Bukhârî rapporte cette parole du Sceau des envoyés (saws) : « Dieu m’a accordé cinq avantages qu’aucun prophète avant moi n’a eus, à savoir :

  • La victoire sur mes ennemis par la peur que je leur inspire à un mois de marche (1OOO km environ).
  • Toute la terre m’est un lieu de prière et un moyen de purification ; quand c’est l’heure de la prière, toute personne de ma communauté peut l’accomplir là où elle se trouve.
  • Faire usage du butin, ce qui était illicite pour les autres prophètes mes prédécesseurs. 
  • L’intercession auprès de Dieu dans l’au-delà pour toute l’humanité.
  • Tout prophète était envoyé à son peuple, alors que je suis envoyé à l’humanité toute entière. » 

En plus de ces cinq propriétés, Dieu, le Très-Haut lui a accordé la place la plus louée (al-maqâmu-l-mahmûd) au Paradis. Il lui fera porter l’étendard de la louange le Jour de la résurrection. Il l’a désigné comme détenteur du Kawthar, fleuve paradisiaque et des sept répétitives[5] ainsi que le saint Coran. A ce sujet, le Seigneur des univers lui dit : «  Nous t’avons donné les sept versets qu’on répète à chaque salât, ainsi que le Coran sublime. »[6] (S.15, 87). Il a fait de lui, avec Sa permission, l’intercesseur le Jour du Grand Rassemblement, à la suite de la résurrection.

Le Prophète (saws) dit : « J’ai été envoyé avec la hanafiyya as-samha (la clémente et indulgente religion originelle) » à tous les hommes quelle que soit la couleur de leur peau, noire ou rouge. Il est connu comme étant le meilleur des gens car personne n‘ouvre comme lui les portes de son cœur aux autres. Si ses yeux dorment, son cœur demeure constamment éveillé. Il l l’a avoué à son  épouse en lui disant : « Ô Aïcha ! Mes deux yeux dorment mais mon cœur ne dort ».

La Prophétie lui avait été imposée au moment où la création d’Adam se trouvait à un stade se situant entre la constitution du corps et de l’esprit. A la question qui lui a été posée par Abû Hurayra, à savoir : à quel moment la prophétie lui a été prescrite, il avait répondu : « Au moment où Adam se situait entre l’esprit et le corps ». 

Dieu lui avait promis qu’il sera comblé de Ses dons et sera finalement agréé par son peuple : « Ton Seigneur t’accordera Ses dons et tu en seras satisfait. » (S.60, 5). Le Seigneur a promis de lui donner des trésors de Ses vertus et ce qu’il y a de plus précieux d’entre Ses particularités et Ses bonnes qualités. C’est à cette promesse qu’il fait allusion, en disant :

« Je suis l’Ami de Dieu et je ne tire aucune gloire. Je serai, le Jour de la résurrection, porteur de l’Etendard de la louange et je ne tire aucune gloire. Je serai le premier intercesseur le Jour de la résurrection et le premier pour lequel l’intercession interviendra et je ne tire aucune gloire. Je serai le premier à faire mouvoir l’anneau du Paradis : j ’y entrerais accompagné des croyants  pauvres et je ne tire aucune gloire. ». De nombreux hadîts du même genre, avec quelques variantes qui ne changent pas grand-chose à ce texte, ont été rapportés par divers Compagnons, tels qu’Abû Hurayra, Anas, Saïd al-Khadrî etc. 

Certes, Dieu nous révèle : « Nous ne faisons aucune distinction entre aucun des envoyés ». (S.2, 285). Toutefois, il est clair que l’Omniscient a doté le Sceau des envoyés de toutes les qualités réunies des prophètes venus avant lui. Il est dit que « Muhammad est un homme, non pourtant comme tous les autres hommes, mais comme une pierre précieuses parmi les cailloux. »

Cependant, il ne convient pas de perdre de vue ce que dit Martin Lings [7] : « Quoique l’existence d’une perfection quelconque ou de n’importe quelle autre en dehors de Dieu ne soit qu’une illusion, les perfections illusoires de l’univers créé peuvent servir de guides et d’incitations pour celui qui n’a pas encore atteint la Vérité ».   

C’est dire que le Messager de Dieu (saws) été envoyé à l’humanité avec tous les attributs de la miséricorde et de la vérité pour tous les êtres humains, quelles que soient leur ethnie, leur langue ou la couleur de leur peau. Il est, de ce fait, le meilleur modèle à suivre à travers les siècles, tout en restant un homme certes, mais un homme exceptionnel.

Les plus beaux caractères ne sont-ils pas ceux créés par le Seigneur des mondes et la plus belle voie tracée vers le bonheur celle définie par le Tout-Puissant ? Le Prophète (saws) avait dit qu’il sera le premier à être ressuscité, tout habillé d’un des costumes du Paradis. En ce Jour solennel, il se postera en tête de tous les prophètes et envoyés de Dieu. C’est dire que suivre un tel Messager ne peut être que bénéfique pour l’homme, aussi bien en ce monde que dans l’au-delà.

C’est pourquoi le Très-Haut nous informe : « Vous avez dans l’Envoyé de Dieu un bel exemple pour ceux qui placent leur espoir en Dieu et dans le Jour dernier et qui se remémorent Dieu fréquemment. » (S.33, 21). Il a dit aussi en une autre circonstance : « Dis-leur : Si vous aimez Dieu réellement,  suivez-moi et Dieu vous aimera  et vous pardonnera vos péchés. Dieu est Indulgent et Miséricordieux. »

A la suite de quoi, il est affirmatif que l’enseignement de la sîra du Prophète (saws) est la plus noble et la plus précieuse des sciences, sachant que ses objectifs sont les plus sublimes. Aussi, appartient-il à l’homme d’y puiser des connaissances pour connaître le déroulement de la vie du dernier des envoyés, riche en événements, et pour apprendre, dans toute son ampleur, la religion qui lui a été communiquée par son Maître et Seigneur. Le Sceau des envoyés (saws) a eu l’éminent mérite de supporter le fardeau  de la Mission  divine, de déployer, à cet effet, des efforts continus et de subir, avec patience et résignation, de dures et difficiles épreuves ainsi que de multiples adversités.

Le Message de Dieu (saws) a été néanmoins soutenu par le Tout-Puissant qui lui a envoyé, en certaines circonstances, Ses invisibles soldats, en l’occurrence Ses généreux anges guerriers. Il a fait descendre en sa faveur Ses bénédictions et Ses grâces sans omettre d’appuyer ses activités par des manifestations de phénomènes extraordinaires.

Ainsi donc, l’étude de la sîra du Prophète (saws) est d’une grande importance pour tous les musulmans. Elle envisage plusieurs objectifs parmi lesquels, citons celui de prendre exemple sur le comportement de l’Envoyé de Dieu (saws) à travers la connaissance de sa personnalité, de ses actes, de ses paroles et de ses décisions. Cette compréhension suscitera l’attachement et l’affection à sa personne. Par la même occasion, il pourra se familiariser avec la vie de ses fidèles Compagnons qui ont combattu à ses côtés, d’éprouver pour eux des sentiments aussi doux que profonds, et de s’efforcer de se conformer à leur manière de pratiquer le culte de Dieu.

De la même façon, la sirâ du Prophète (saws) éclairera le musulman sur la vie de l’Envoyé de Dieu (saws) avec quelques précisions et détails, depuis le jour de sa naissance jusqu’à sa mort, en passant par son enfance, sa jeunesse, sa prédication, ses luttes, sa patience et ses victoires sur ses ennemis. Cette sîra montrera qu’il était un époux, un père, un chef, un combattant, un dirigeant politique, un éducateur, un ascète et un juge, arbitrant entre les gens. Après l’énumération de toutes ces activités, le musulman éprouvera ainsi le grand désir de mieux connaître le Sceau des envoyés (saws).

Chaque musulman, sachant que son Créateur a dit : Nous sommes plus près de lui (l’homme) que sa veine jugulaire. » [8] (S.50, 16) et s’acquittant de ses devoirs religieux, trouvera dans la sîra du Prophète (s) ce qui convient à son tempérament et à l’emploi qu’il veut en faire. Cette affirmation s’explique, entre autres, par le fait qu’il a été assimilé à la Législation libératrice du Coran et à sa spiritualité universelle. Encore faut-il être en mesure de distinguer entre le péremptoire et l’immuable, le conjoncturel et le circonstanciel, l’universel et l’intemporel, en ayant toujours à l’esprit les Droits de Dieu axés sur le monothéisme intégral, les pratiques cultuelles conformément aux commandements de Dieu, aux enseignements et aux explications de Son Envoyé (saws).

L’être musulman « n’est rien et cependant, il est tout » Il convient de se connaître soi-même, ainsi que l’écrit Socrate : « Connais-toi toi-même ». C’est la signification profonde de ce hadîth mais avec plus de panache, parce que rattaché au Créateur : « Qui connaît soi, connaît son Seigneur ». 

L’éducateur extraira de la sîra du Prophète (saws) des enseignements qui produiront des effets profitables sur toutes les personnes. Ils ont été déjà d’une grande utilité à ses Compagnons qu’il a entourés de sa protection. Il en a sorti une génération aux vastes connaissances religieuses et profanes. Il en a formé une Communauté considérée comme la meilleure de toutes les autres. Croyant en Dieu, elle ordonnait le bien et le convenable, interdisait le mal et l’inconvenant. Il a engagé les membres de cette Oumma à constituer un Etat qui a répandu la justice sur la terre d’Orient en Occident.

Tous les membres de la Communauté musulmane étudieront les règles du noble comportement, de la morale digne d’éloges, de l’exact credo religieux et des correctes pratiques cultuelles. Ils en déduiront ce que devra être la pureté du cœur et l’amour de la lutte pacifique, en vue du triomphe de la Cause de Dieu. Ils chercheront même la voie du sacrifice suprême chaque fois que l’Islâm est agressé ou  attaqué militairement.

Dans ce dernier contexte, l’imâm ‘Alî a dit, parlant de l’expérience vécue auprès de l’Envoyé de Dieu (saws) : « Nous retirions des enseignements sur les incursions militaires conduites par le Prophète (s) le même profit que ceux que nous tirions de l’apprentissage des versets du Coran. » Pour sa part, Mohammad Ibn ‘Abd Allah a dit : « J’ai entendu mon oncle paternel az-Zahrî dire  ceci : « Dans la science des incursions militaires, il s’y trouvait la science de l’au-delà et du monde terrestre. » Quant à Ismaël Ibn Muhammad Ibn Sa’d Ibn  Abî Waqqâs, il a dit : « Mon père nous enseignait les batailles menées par le Prophète (s) en déclarant : Ceci est l’héritage de vos aïeuls ; ne le perdez pas. »

L’étude de la guidance prophétique dans le domaine de l’éducation de la communauté musulmane (al-Oumma al-islâmiyya) et l’instauration d’un Etat aideront les ‘ulémas, les juristes (al-fuqahâ) et les dirigeants politiques à mieux connaître la voie tracée par l’Islâm à travers la connaissance des facteurs, d’une part, de l’éveil et de la renaissance d’une nation, et d’autre part, de sa décadence et de sa chute.

Dieu dit : En vérité, sur Mes serviteurs, toi, Satan, tu n’as aucun pouvoir. » (S.17, 65)[9]. Autant dire que, pour éviter les chutes, il convient d’éviter les pièges tendus par Satan dans le but ce corrompre l’être humain. Or, le goût morbide du pouvoir et l’attachement systématiques aux seules questions matérielles constituent deux des autres facteurs de perdition.

L’idée fondamentale de gouvernement consiste à renverser les rôles adoptés à ce jour, à savoir : ce n’est pas la politique qui doit diriger la religion, mais c’est cette dernière qui doit orienter les activités de la première. C’est ainsi que nous éviterons ce que Martin Lings nous rappelle d’un point de vue spirituel[10] : « Car de même que l’homme, qui était la plus élevée de toutes les créatures humaines, est devenu, par sa dégénérescence, la plus vile, de même ses facultés, qui étaient les éléments les plus précieux de son âme, deviennent la source de tout son désordre ultérieur, illustrant, comme lui-même, la vérité qu’exprime le proverbe latin : Corruptio optimi pessim (la corruption de la meilleure est la pire). En même temps, en dehors de l’obstruction causée par l’âme par les intuitions déviées, les facultés terrestres de perception et de désir sont également affectées en elles-mêmes, car les facultés intuitives étaient comme les canaux par lesquels la Fontaine de la Science de la Certitude recevait ses eaux du Paradis du Cœur, et si ces canaux sont corrompus, la Fontaine elle-même se corrompt aussi nécessairement. » 

Les croyants prendront à témoin le fiqh du Prophète (saws) – dans sa signification originelle, à savoir la compréhension, et dans son sens actuel, c’est-à-dire le droit avec ses différentes branches juridiques – dans le domaine de la formation intellectuelle et sociale de l’individu, celui de l’édification et de la vivification des sociétés musulmanes, et enfin celui de la construction de l’Etat. Le musulman verra des indications avantageuses et salutaires dans le mouvement des méthodes de prédications du Messager de Dieu (saws), les étapes qu’il a traversées et sa puissance à affronter les moyens employés par les associationnistes pour combattre le Message divin.

Le musulman relèvera d’éminentes leçons dans la stratégie et la visée de l’expérience vécue par les premiers croyants, lors de la première émigration en Abyssinie. De la même manière, ils exploiteront, à bon escient, les discours de l’Envoyé de Dieu (s) grâce auxquels il s’efforçait de satisfaire la curieuse pensée des membres de toutes les tribus voisines. Il suivra le processus de la seconde émigration à Médine et, par la même occasion, la graduation de l’adhésion des Ansars (habitants de Médine) à l’Islâm.

Celui qui médite l’événement de l’Hégire (al-Hijra) observera intelligemment la précision de sa planification et de sa mise en pratique, de son début jusqu’au succès de sa conclusion, de son introduction jusqu’aux faits historiques qui l’ont suivi, il saisira, sans aucun doute, le plan méticuleux inspiré par la révélation au Prophète (saws). Il est certain que le mécanisme de la Hijra est un aspect de la Sunnah prophétique et une partie de la charge imposée par la Volonté divine au musulman dans de telles circonstances.

Le musulman tirera, de la méthode prophétique, l’art relatif à la direction de la lutte et celle de la dextérité dans le développement de chaque étape de la sîra, de son passage d’un état à un autre et d’un niveau à un autre. Il s’instruira du comment le Prophète a agi face aux forces contraires émanant des juifs, des chrétiens, des hypocrites et des mécréants et du comment il était sorti vainqueur de toutes les causes avec l’aide et le soutien de Dieu.

C’est à la suite de l’inspiration divine, que le Sceau des envoyés (saws) s’était armé des conditions de la victoire. Il n’appartenait au Prophète (saws) que d’appliquer les indications et les instructions mentionnées dans le Coran. Il en résulte que le retour, aux assises solides de la nation islamique et de sa gloire, est défini par l’imitation réfléchie et raisonnée de la guidance prophétique.

A ce sujet, le Très-Haut dit :

            « Dis-leur : « Obéissez à Dieu, obéissez au Prophète ! » S’ils refusent d’obéir, le Prophète aura au moins assumé sa responsabilité. A vous d’assumer la vôtre. La mission du Prophète consiste uniquement à vous transmettre le Message en toute clarté. »[11] (S.24, 54).

Ce verset nous montre le chemin de l’instauration de la dignité des musulmans dans le monde. Il est suivi par son éclaircissement et de ses conditions : « A ceux d’entre vous qui croient et font œuvre de piété, Dieu a promis de faire d’eux les vicaires sur terre, comme Il l’avait fait de ceux qui les ont précédés, d’affermir leur culte qu’il Lui a plu, de leur faire professer et de transformer leur crainte en sécurité. Qu’ils M’adorent donc sans rien M’associer et ceux qui, après cela, renieront leur foi, seront de véritables scélérats ! * Observez la salât ! Acquittez-vous de la zakât ! Obéissez au Prophète ! Peut-être vous sera-t-il ainsi fait miséricorde. »

La sîra nous parle de la vie du Prophète à la Mecque, ensuite de son entrée à Médine et se termine avec sa mort. Entre ce début et sa fin, elle nous éclaire sur sa juridiction, sur le plan de l’affirmation et de la consolidation des assises de la société, sur son éducation et sur ses moyens pour édifier un Etat. Elle nous explique, par la même occasion, les luttes contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. Le chercheur s’attardera sur la législation prophétique dans le domaine de la politique sociale, de ses pactes avec les gens du Livre. Le règlement des affaires économiques n’est pas épargné. Ce qui implique la distribution équitable des biens entre tous les membres de la nation, de sorte à assurer, en toute justice, le progrès social et améliorer ainsi les conditions de vie de tous.

D’une manière générale, la sîra nous expose l’élévation de la pensée du musulman dans sa compréhension de cette religion révélée pour sauver l’humanité des ténèbres de l’obscurité et de l’adoration des idoles anciens et modernes. Pour ce faire, il a aussi des obligations envers tout le genre humain, hommes et femmes, quelle que soit leur croyance religieuse ou leur idéologie politique. Il sera jugé en fonction de son comportement quotidien au sein de sa femme et avec le voisinage immédiat.

L’Etat des lieux. La perversité de l’âme

Dieu a gratifié Ses créatures en leur envoyant Son messager Muhammad (saws), après une longue période écoulée depuis l’avènement de Jésus, Sidna Aïssa. Entre temps, les gens ont falsifié, manipulé et déformé la religion. Ils l’ont détournée de sa voie réelle et éternelle[12].

Cependant, le Très-Haut a créé en chaque âme humaine une conscience vivante animée d’une foi en Son existence, Son pouvoir créateur, Sa manifestation permanente et Ses prescriptions éternelles. C’est ainsi que lorsque l’âme se rend responsable de défectuosités religieuses et morales, cette conscience, soulevée par la force de la foi, s’insurge aussitôt de l’intérieur. C’est alors que certaines personnes se repentent et reviennent vers Dieu car en cette âme, il reste toujours quelques éléments purs de cette ferveur qui lui rappelle ses devoirs religieux : c’est ce qui s’appelle l’âme apaisante.

La foi en elle se dresse devant la désobéissance, la détourne de ses faux choix et dirige ensuite le désobéissant dans la vraie voie. Il n’en reste pas moins qu’il se trouve une âme qui ne frémit pas lorsque la conscience, fondée sur la foi, s’émeut et se soulève contre elle. Bien au contraire, elle tente de la faire taire en lui présentant, sous différentes manières, de fausses justifications. Aussi, continue-t-elle à multiplier les désobéissances au point de bousculer et de renverser en elle toutes les barrières morales.

Elle se familiarise aussitôt avec ses imperfections et ses déficiences et se plait dès lors dans son engagement dans une voie contraire à celle de Dieu. Elle se transforme en une âme ordonnant le mal et le blâmable. Heureusement qu’elle se heurte chaque fois et si souvent à une force dynamique et croyante qui se tient devant son parcours déviationniste, tant et si bien qu’elle finit par la ramener dans le droit chemin et la conduire dans le sens de la traversée d’une nouvelle étape, où un second souffle de la foi authentique la propulse et l’actionne de nouveau.

La dépravation des sociétés

Si toute la société, avec ses membres, se déprave et si elle contient en elle une franche de personnes sérieuses et honnêtes, à même d’ordonner le convenable et d’interdire le blâmable, la nécessité de l’envoi d’un prophète, armé d’un miracle, s’impose alors afin d’attirer l’attention des gens sur leur égarement et, partant, de les délivrer de leurs fourvoiements et de leurs perversions.

C’est ainsi, dans un tel contexte, que le Sceau des envoyés (saws) a apparu et s’est opposé à une société dans laquelle l’impiété s’était répandue, tant au niveau individuel que collectif. Il va de soi qu’une confrontation allait se produire entre cette société malsaine et la foi. En effet, les notables de la Mecque, ceux-là même qui profitaient de cette déchéance morale et religieuse sur terre, de cette absence de droits civiques et de cette expansion grandissante du mal, allaient inévitablement susciter une animosité grogneuse et hargneuse contre le Prophète (saws).

C’est ce qui se produit partout sur la surface de la terre lorsque, dans une société, se développent de forts courants qui s’approprient les droits d’autrui et asservissent, sinon physiquement, du moins moralement, leurs semblables. Ces « puissants » exploitent à leur profit les biens de la nation et privent la quasi majorité des gens de leur dû. Tous les profiteurs du monde n’aiment pas qu’un réformateur vienne déranger leurs habitudes. Ils sabordent toutes ses tentatives susceptibles d’équilibrer le mouvement de la vie, parce qu’il met en danger les biens acquis malhonnêtement, met un  terme à leurs injustices et à leur besoin d’assujettir. C’est ce contexte que connaissait la Presqu’île arabique, composée de multiples tribus, ayant chacune ses propres lois, souvent iniques.

En résumé, la mission Muhammadienne, dans le but de faire connaître la Parole de Dieu et, partant de répandre l’Islâm, se compose de trois grandes périodes:

1 – La prédication secrète et l’appel public.

2 – L’organisation de la communauté musulmane.

3 – L’action ou la lutte armée comme moyen de défense.

 

 

[1] Le Prophète Muhammad (s) donne le meilleur exemple à suivre, le modèle par excellence de courage, de dignité, de bravoure, de constance dans l’endurance, dans l’adversité. Il faut se conformer à ses conseils, à ses recommandations, à sa conduite, à ses dires, à ses actes, à ses gestes, à ses attributs, à ses approbations déclarées ou silencieuses. C’est là le moyen qui rapproche le plus de Dieu pour obtenir Sa satisfaction et aussi pour éviter Son châtiment dans l’Au-delà.

[2] Celui qui s’attache fermement à Dieu se trouve guidé sur le bon chemin. Celui qui place sa confiance totale en Lui se trouve déjà protégé contre l’égarement. Aussi faut-il mourir, soumis à Sa volonté.

[3] C’est un Message qui s’adresse à tous les hommes et met l’accent sur la crainte pieuse du Créateur. Car, d’un seul être, d’une seule âme, Il a créé des humains, à savoir Adam. De cette âme, Il a créé son épouse Eve. C’est cette union qui a donné naissance à tous les êtres humains,  hommes et femmes que l’on voit en grand nombre, répandus sur toute la terre. Cette crainte pieuse de Dieu est également nécessaire pour le maintien des liens de parenté. L’homme doit se garder de les rompre, conformément à l’Ordre divin. C’est une obligation individuelle et collective à la fois.

[4] Vous y croyez ! Craignez Dieu en tous lieux, en toutes circonstances en vous conformant à Ses prescriptions. Ne dites que ce qui est vrai, conforme à la justice, que ce qui est reconnu valable. Dieu agréera les actions pieuses et pardonnera les fautes de ceux qui se comportent conformément à Ses prescriptions. Il les rétribuera par une généreuse récompense au Paradis. Celui qui obéit à Dieu et à Son Envoyé est sûr d’échapper au feu de l’Enfer.

Le Prophète (saws) a dit : « Les Juifs se sont divisés en 71 sectes ou 72. Les Chrétiens aussi. Ma communauté se divisera en 73 sectes. Toutes iront en Enfer sauf une. » – Laquelle, ô Prophète », a-t-on demandé ? – Celle, répondit-il, qui se conforme à ma conduite et à celle de mes Compagnons. »

[5] Les sept répétitives : allusion à la sourate al-Fâtiha (le Prologue).

6] Le Prophète est directement concerné  par ce verset et  les suivants. Il est réconforté, consolé, soutenu dans sa mission. Dieu lui, accorde lui accorde une faveur aussi grande qu’exceptionnelle, à savoir le Coran et les sept répétitives qui font partie intégrante du Texte révélé. On entend par sept : l’Ouverture, al-Fâtiha, qui comprend sept versets, régulièrement répétés au cours de la prière. Avant chaque inclination, le croyant la récite. Pour certains commentateurs, il s’agit du Coran entier.

Pour d’autres, les « sept » sont les sept longues sourates : al-Baqara, Âl-‘Imrân, an-Nisâ, al-Mâïda, al-An’âm, al-A’râf et at-Tawbâ. (Pour plus de détails sur les sept, nous recommandons l’ouvrage d’Ibrahîm Ahmad Chalabi Umm al-Qurtân wa –s-sab’ al-mathânî, qui est une étude largement développée consacrée à cette question et qui semble avoir embarrassé nombre de commentateurs.)  Pour le Prophète, le Coran, qui lui a été révélé, est le miracle par excellence. C’est la preuve la plus éclatante, la plus prestigieuse qui le soutient, qui justifie et qui prouve sa mission. C’est sa plus grande réjouissance.    

[7] Le livre de la certitude : Editions Tasmîn.

[8] Dieu est plus près de chacun de nous que la veine jugulaire. Pour certains  commentateurs dont Ibn  Kathîr, il s’agit des anges gardiens qui sont attachés à chaque homme, qui le surveillent et le gardent, qui sont plus près de lui que sa veine jugulaire. Ils sont chargés de le suivre, d’inscrire sur le registre des comptes ses paroles et ses actes. Celui qui se met à droite, inscrit les bonnes actions, tandis que celui qui se trouve à gauche, enregistre les mauvaises actions. Aucun de nous ne peut prononcer une seule parole ou accomplir un  seul geste sans qu’il y ait tout près de nous un ange prêt à l’inscrire.

[9] Satan ne peut leur faire que de fausses promesses. Que peut-il leur promettre en effet sinon la déception, l’illusion, les chimères, les mensonges etc. ? Les serviteurs de Dieu sont à l’abri de toutes ces machinations. Ils sont préservés, protégés. Ils ne seront jamais touchés par le machiavélisme de Satan.

[10] Le Livre de la certitude. Editions Tasmîn.

[11] Les croyants se comportent et doivent se comporter humblement à l’égard de leur Seigneur et de Son Envoyé. Ils se conforment aux prescriptions édictées par la Loi révélée. Lorsqu’ils sont conviés à Dieu et à Son Envoyé, ils acceptent volontiers de se rendre à leur Jugement et son satisfaits du verdict. Ils disent : Nous entendons et nous obéissons ! » Ils sont sûrs de réussir, de prospérer et de remporter des victoires. Ceux qui obéissent à Dieu et Son Envoyé, qui craignent Dieu, connaîtront le bonheur et la félicité.

[12] Falsification : L’accusation de falsification des Ecritures lancée contre les Chrétiens et les Juifs est le prolongement d’un double reproche à leur endroit : d’une part d’ignorer l’annonce de la venue du Prophète Muhammad (s) qui est mentionnée dans la Torah et dans l’Evangile ; et d’autre part d’être de mauvaise foi (3, 71 : les juifs « savent » mais ne veulent pas en tenir compte). Deux mots désignent cette falsification : tahrîf (5, 13) et tabdîl (« substitution : 7, 162).

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