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Hommage au penseur Mohammad Amara

Le Cheikh et penseur illustre, à l’œuvre encyclopédique, le Docteur Muhammad Amara, nous a quittés le 28 février 2020 après une brève maladie, nous léguant un trésor intellectuel diversifié qui enrichit la bibliothèque arabo-islamique. Le Docteur Amara s’est doté de provisions intarissables dont il puisera de bonnes récompenses (hasanat) et des bénédictions (barakat) dans l’au-delà. Avec le décès de ce grand homme, une étoile parmi d’autres de l’authenticité (al-asala), vient de disparaître non seulement du monde musulman, mais du ciel du monde entier.
 BIOGRAPHIE ET TRAJECTOIRE :
Le Docteur Amara est né en 1931 dans une famille modeste de paysans. Il a commencé à mémoriser le Saint Coran à l’école coranique dans son village natal alors qu’il allait à peine sur ses 6 ans.Plus tard, il se mit à donner des prêches, à l’occasion de la prière du vendredi à la mosquée de son petit village. En 1945, il rejoignit l’institut Azharite où, après la fin de ses études primaires et secondaires, il fut accepté à l’institut secondaire Al-Ahmadi lié à l’Université d’Al-Azhar, puis à la Faculté Daru –Al-Ulum de l’université du Caire où il poursuivit des études de philosophie et de langue arabe.
 Dr Amara est passé par de nombreux stades dans le domaine des idées, et malgré son éducation religieuse et azharite, il embrassait au début de sa carrière, d’autres idées. Il fut tout à tour, un ardent militant de gauche, un nationaliste arabe, et enfin, un théoricien de la pensée marxiste!
Au cours des années 1930 du siècle passé, le Cheikh Amara a rejoint le parti de Misr Al Fatat (La Jeune Egypte) et se dévoua à la défense de l’arabisme et à l’anticolonialisme.
En 1949, il milite au sein du parti socialiste et, après la Révolution du 23 Juillet, qui a renversé la monarchie en Égypte, il a adhéré au mouvement de la gauche où il a milité pendant toute une décennie. Ses pensées et ses positions politiques lui ont causé l’exclusion de l’Université pour ensuite culminer à son incarcération en 1959. C’est alors que le Docteur Amara tira profit de son séjour en prison qui a duré 6 années, pour écrire 4 livres qui ont constitué des prémices pour un changement de pensée tout à fait nouveau. Son parcours intellectuel a eu pour issue son adhésion à la tendance islamique.
Le grand penseur Amara, a refusé d’entrer dans la fonction publique, la considérant comme une sorte d’asservissement malgré qu’il s’est vu octroyer plusieurs postes officiels.En effet, il fut membre de l’Académie des Recherches Islamiques de l’Université d’Al-Azhar et rédacteur en chef de sa revue mensuelle. Le Dr Amara a publié environ 240 livres entre autres :
 L’Islam et la politique, réfutations des soupçons des laïcs
L’Islam et l’Avenir
L’interprétation marxiste de l’Islam.
 Dans ce dernier ouvrage, il a réfuté les écrits de Nasr Abu Zayd. Il a publié aussi des recherches sur des hommes illustres du renouveau islamique comme le Cheikh Muhammad Abdou, Abd al-Rrahman al-Kawakibi, ainsi que le Tunisien Kheireddine Pacha.
 Pr Amara critique même les courants islamiques concentrés sur le domaine politique
 Le Dr Amara a critiqué les courants Islamiques qui se sont concentrés sur le domaine politique tout en négligeant le projet réformiste et la question de la justice sociale.Il s’est engagé dans des débats enflammés avec le patriarche Chenouda et l’Eglise copte. Il incita les chrétiens à « s’affranchir de la tutelle de l’Eglise et de s’engager dans le mouvement de la société civile », selon ses propos.
Muhammad Amara fut un des plus fervents défenseurs de la révolution du 25 janvier 2011 qui a mis fin au règne du président Hosni Mubarak. Cette révolution qu’il a décrite comme une « épopée populaire », et a considéré les événements du 3 juillet 2013 comme une déviation de la gouvernance civile et un coup d’Etat contre les revendications des masses populaires.
Il avait publié alors un manifeste sollicitant l’armée à regagner les casernes et respecter le processus démocratique. Cette prise de position audacieuse lui a attiré maintes critiques, notamment émanant des sbires médiatiques du régime militaire égyptien.
Nombreux sont ceux qui considérèrent cette position comme une attitude idéologique qui a révélé ses penchants politiques pour le président élu Mohammad Morsi « que Dieu ait son âme ».
 Le Dr Mohammad Amara, s’est efforcé à léguer aux générations futures un lexique fertile, riche de militantisme, de défis, et de dons.
 Avec la disparition d’une telle sommité intellectuelle, on ne peut que nous consoler et consoler la Oumma islamique en particulier, ainsi que le monde entier en général, de la perte de ce regretté penseur qui a légué aux générations du mouvement islamique un lexique fécond riche de militantisme, de défis, et de dons énormes, ainsi que de résistance et de sacrifices. C’est ainsi que meurent les grands hommes. Mais non pas leurs œuvres car ces dernières ne s’eteindront jamais. Allah le Tout-Puissant le dit dans Son noble Coran « En vérité, c’est Nous qui ressuscitons les morts, c’est Nous qui faisons enregistrer leurs actes et leurs traces. En fait, tout est recensé par nous dans un livre d’une clarté limpide. » (sourate Yasin, verset 12)
 La disparition du Dr Amara, a privé la bibliothèque islamique d’une colossale partie de ses valeureuses étagères
 Pour ma part, le sort divin ne m’a pas honoré de connaître de près le Docteur Amara, sauf pour quelques jours à la fin des années 1980 au cours du Séminaire annuel sur la pensée islamique et d’un colloque à l’université de Constantine sur le thème: « La méthodologie dans l’Islamisation des connaissances », sous la tutelle de l’éminent Institut international de la Pensée Islamique avec le concours de l’Université de Constantine. J’ai cité ce colloque tout particulièrement, car le grand penseur Mohammad Amara m’avait réservé ainsi qu’à mes jeunes collègues venant d’Alger la part du lion. En effet, il s’est donné à nous corps et âme chaque matin avant l’ouverture des travaux du colloque pour enregistrer avec nous une séries de cours et d’interviews d’une grande importance.
Une remarque doit être citée dans ce contexte : je me suis intéressé non seulement à sa méthode et son style très convaincant, mais surtout à la fluidité et la richesse de ses idées, chose que je n’ai pas trouvée chez la plupart des oulémas de son temps comme le Cheikh Mohammad Al-Ghazali, le penseur soudanais Hassan al-Tourabi, ou bien le Dr Jamal al-Din Atiya et le Dr Mohammad Ameziane du Maroc.
Il faut dire que nous avions été très satisfaits des enregistrements du Dr Amara. Avant de repartir dans son pays, il a demandé à mon collègue cameraman de lui envoyer une copie de ces enregistrements pour que « d’autres en tirent profit » en Egypte et en  Orient.
 Son parcours missionnaire est demeuré profondément lié à sa foi religieuse et aux préoccupations essentielles de la communauté (Oumma)
 Et, quelqu’un dira peut-être que le docteur Amara est spécifique et très doué et que chaque homme a sa vocation et chaque âlim (savant) a son art et que chaque époque a ses hommes.
Et chaque époque a ses œuvres. Une époque ce n’est pas seulement le facteur temps, mais c’est surtout les hommes et la quantité d’œuvres réalisées. L’époque – comme dit un de nos érudits -, est une mastication dans une bouche dont la mâchoire supérieure est constituée d’hommes, et la mâchoire inférieure est composée d’actes !
 Amara a consacré ses compétences intellectuelles à construire une prise de conscience de l’universalité, l’humanisme, du message de la grande mission.
 Ou comme l’a écrit notre Cheikh Tayeb Berghout, à cette occasion, et qui a côtoyé Dr Amara et connu de près : « Malgré le passage du Dr Amara par divers milieux intellectuels, sa trajectoire générale d’homme de mission est demeurée profondément attachée à ses origines religieuses et les questions vitales de la Oumma musulmane. Cela s’est concrétisé clairement au cours des 5 dernières décennies de la vie du Dr Amara en particulier car il s’est rangé d’une manière décisive et profonde au cœur même de l’identité civilisationnelle de la nation musulmane (Oumma). Amara a consacré la plupart de son précieux temps, de son énergie, et de ses compétences intellectuelles à construire une prise de conscience de l’universalité, l’humanisme, et la grandeur du message de la grande mission.
Pr Amara avait des positions, des attitudes intrépides, connues et appréciées et, avec cette œuvre encyclopédique scellée par l’équilibre, il se distingua de beaucoup de oulémas et penseurs. Ce qui l’a sauvé de « la dualité discordante » au niveau des idées et de l’éthique.
Dr Amara fut profondément rationaliste, sans pour autant être un séculariste marginal et « calciné »
Il fut aussi un conservateur et un adepte de l’authenticité mais sans être pointilleux en marge de sa société et de son temps mais vivant au cœur de son époque avec sa spécifiée et son identité. »
 Amara fut un flambeau allumé dans les ténèbres de l’ignorance et de la décadence
 En effet, poursuit Dr Berghout, « Amara fut un flambeau allumé dans les ténèbres de l’ignorance et de la décadence. Nous avions, en Algérie surtout, tiré un grand profit d’une manière directe, par le biais de sa participation infatigable et continuelle aux Séminaires de la pensée islamique qui se tenaient annuellement en Algérie pendant une semaine environ et qui regroupaient d’éminents oulémas et penseurs même non-musulmans des quatre coins du monde. Le docteur Amara était l’un de ses grands « cavaliers » caractérisé par son analyse minutieuse, sa verve, sa ferveur et son verbe propre aux hommes de mission. Nous étions attirés par ses conférences et ses propos. Nous étions tous oreilles attentives pour ses thèses. Nous en tirions grand profit surtout concernant la réfutation des stéréotypes sur l’Islam et la mise en lumière de la force et la grandeur de l’Islam ainsi que la spécificité et l’énergie de la civilisation musulmane. « 
 Les grands hommes meurent mais seul l’élément terrien de leurs sépultures disparaît.
 Avec cette perte énorme qu’est le décès du Dr Mohammad Amara rahimahou Allah, notre seule consolation, se trouve dans les paroles du grand savant Algérien  Mohammad Bachir El Ibrahimi – qu’Allah le comble de sa miséricorde – à l’occasion du décès du maître spirituel de la guerre de libération nationale Algérienne, le Cheikh Abdelhamid Ibn Badis, rahimahou Allah. Il a dit:
 « Les grands hommes meurent mais seul leur élément terrien disparaît et revient à son origine. Mais leurs vertus resteront vivantes à jamais sur terre : un lien qui unit, une lumière qui guide, et une essence qui anime ! »
(Uyun al-basa’ir, Ed. Dar al-Gharb al-Islami, Beyrouth, page 673).
 Et c’est cela le vrai sens de la grandeur, et c’est ce qui traduit la grandeur sublime en Éternité.
Tout simplement, car la mort d’hommes illustres de la trempe du Dr Amara est, pour leurs peuples et nations, une vie ! Tout simplement ! Si leur mort survient dans une terre d’exil, alors c’est une vertu qui les honore, si leur mort est la conséquence d’une quelconque injustice, c’est un ornement, s’ils sont morts pour la cause nationale, elle constitue un honneur et un ornement embellissant. Si elle est survenue après une spoliation de gloire, de dignité, et de royauté, elle se couronne d’ornement et de plénitude comme une consolation pour la communauté affligée par ton décès, ainsi qu’un réconfort pour les cœurs de disciples blessés par ton départ à jamais.
La récompense que tu recevras ici-bas, oh savant du monde arabe et occidental, c’est une belle renommée, et une valeureuse récompense dans l’au-delà !
On ne peut que dire à notre cher regretté : « repose en paix, dans la béatitude ! »
 Les vers de l’illustre poète algérien Mohammad Laid Al-Khalifa, quand il a évoqué le Cheikh Ibn Badis le grand Imam à sa mort, te sont aussi destinés :
 « Repose en paix, ton peuple après toi est mûr. Il suivra ta voie dans la lumière de la foi et avancera à pas sûrs. N’aie pas peur ! Car ce que tu as légué ne sera pas perdu ! Les héritiers de ton trésor sont nombreux ! Les héritiers de ton legs sont très nombreux. »
 Salam sur toi parmi les hommes pieux, les martyrs. Ce sont ceux-là la belle compagnie.
Salam à toi parmi les anciens et les nouveaux bons guides.
Salam sur toi, parmi ceux des croyants qui mettent en pratique leur foi, et Salam sur toi jusqu’au jour de la Résurrection.Nous ne pouvons que te féliciter pour tes nobles œuvres qu’Allah apprécie et nos sincères condoléances pour tes disciples et élèves que tu as guidés et éclairés. Notre rencontre sera -in cha’ Allah- dans le vaste paradis qu’Allah réserve aux pieux et nobles croyants.
 « Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournerons. » Allah a certes dit : « Ceux dont les anges reprennent l’âme – alors qu’ils sont bons – les anges leur disent: « Paix sur vous! Entrez au paradis, pour ce que vous faisiez » (Al-Nahl, verset 32).
Avec mes condoléances sincères et mon affection pour ses élèves et sa grande et petite famille.

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Commentaires

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  1. Rahmatou Allahi alayka Dr Amara et qu’Allah t’accueille dans son immense miséricorde parmi les savants héritiers des prophètes.
    Qu’Allah agrée tes bonnes oeuvres, perpétue leurs bienfaits et te fasse parvenir leurs hassanates là ou tu es . Ameen

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