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Entretien avec Kader Merbouh et Anouar Hassoune, les deux acteurs clés de l’Exécutive MBA Finance Islamique

La finance islamique, celle qui protège l’homme et préserve sa morale, n’a pas de secret pour eux. Fers de lance de la finance éthique par excellence, en France et au-delà de ses frontières, Kader Merbouh, Directeur du Département Finance Islamique de Financia Business School, et Anouar Hassoune, co-directeur de l’Exécutive MBA Finance Islamique, comptent aussi parmi ses pionniers dans l’Hexagone.

Forts de leurs vingt ans d’expérience, jalonnés de voyages, de rencontres et de projets fructueux, ces deux experts aguerris de la finance alternative qui, pour se conformer rigoureusement aux grands principes de l’islam, n’en a pas moins une portée universelle, poursuivent de plus belle sur leur lancée.

Encouragés par le formidable essor de la finance islamique à l’échelle planétaire, mais aussi par les vocations qu’elle suscite en Occident comme en Orient, envers et contre tout, et notamment en dépit de ses farouches détracteurs islamophobes, le vif succès rencontré par une formation unique en France, l’Exécutive MBA Finance Islamique, les conforte dans le bien-fondé de leur démarche à caractère pédagogique.

A l’approche de la quatrième session de cette formation de haut vol, de niveau Bac + 5, ouverte aux étudiants, aux professionnels, ainsi qu’aux entrepreneurs, qui a été pensée, élaborée et mise en œuvre par Financia Business School, Kader Merbouh et Anouar Hassoune, ses deux acteurs clés, ont accepté de répondre aux questions d’Oumma.

Kader Merbouh et Anouar Hassoune

Vous évoluez depuis plus de vingt ans dans la finance islamique. Est-ce que le choix de vous spécialiser dans ce qui fut longtemps considéré comme une «niche de marché» s’est imposé à vous comme une évidence ? 

Kader Merbouh (KM) : J’ai commencé à m’intéresser aux finances alternatives dès le début de mes études supérieures, en 2000.

Durant toutes mes études, je me suis passionné pour toutes les formes alternatives de finance. A la sortie de l’Université, j’ai fondé avec plusieurs professionnels une association qui avait pour but de démocratiser les finances éthiques, dont la finance islamique.

Nous avons organisé pendant plusieurs années des conférences sur les finances éthiques en France et à l’international. Notre association a été pionnière en créant, dès 2007, le premier programme de formation en finance islamique en France.

Anouar Hassoune (AH) : Pour ma part, l’immersion dans le monde de la finance islamique a été essentiellement le fait du hasard.

En septembre 2001, pour mon premier emploi salarié à plein temps, j’intégrais la prestigieuse agence de notation financière Standard & Poor’s, où j’étais chargé de la notation des banques du monde arabe.

Or, il s’est avéré que l’une des premières banques qu’il m’a fallu noter était une banque islamique. Et comme, à l’époque, je ne comprenais pas un traître mot de leur rapport annuel, il a bien fallu, sur le tas, me familiariser avec leur jargon particulier et leur fonctionnement tout aussi spécifique.

La finance islamique m’était alors inconnue, et je dois bien reconnaître que mon employeur m’a donné tous les moyens d’en saisir les subtilités, de la comprendre en profondeur.

En l’espace de deux décennies, estimez-vous que la finance éthique fait réellement partie du paysage financier, voire s’y est imposée par-delà toutes les frontières ?

KM : Je reprendrai la célèbre phrase du maire de Londres, Sadiq Khan, qu’il prononça en 2018 lors d‘une conférence organisée par la Banque Islamique de Développement à Londres : « Je suis fier que Londres ait été choisie pour abriter ce sommet sur la finance islamique, qui reflète l’émergence de la capitale comme un centre dynamique dans le secteur de la finance islamique – un domaine qui conduit à des changements positifs et éthiques dans le monde entier. »

Cette déclaration du maire d’une des plus grandes capitales financières au monde traduit, de manière éloquente, l’importance de l’implantation globale de la finance islamique dans la finance internationale. Bien au-delà de son ancrage mondial, la finance islamique favorise également une meilleure stabilité du système financier.

Christine Lagarde, alors ancienne Directrice Générale du FMI, assurait que la finance islamique pouvait devenir un facteur de stabilité, grâce aux notions de partage du risque et d’échange basés sur des actifs tangibles. Elle ajoutait que le FMI entendait s’impliquer davantage dans le développement de la finance islamique, avec une plus grande surveillance bilatérale et une aide analytique.

« La finance islamique peut en principe devenir un facteur de stabilité financière, car le partage du risque réduit le ratio d’endettement et les échanges sont adossés à des actifs tangibles, donc entièrement garantis », affirmait-elle.

AH : C’est tout à fait cela. Les deux dernières décennies du secteur de la finance islamique ont été celles de l’entrée dans l’âge adulte. Des débuts, dans les années 60, jusqu’au tournant du siècle, cette manière de pratiquer la finance était réservée à une niche, ce qui signifie que seulement une poignée d’institutions peu connues servaient une clientèle d’initiés.

Force est de reconnaître qu’avec les outils de traitement et surtout de communication électronique de la révolution numérique, le phénomène de la finance islamique s’est démocratisé et, par conséquent, s’est massifié. En 20 ans, la taille du marché a augmenté considérablement, passant de 300 à 3 000 milliards. On la pratiquait dans une dizaine de pays ; aujourd’hui, on est plus proche de la centaine.

Roadshow des étudiants de l’Executive MBA aux Emirats Arabes Unis, à Dubaï, en mai 2023 avec les équipes de Franklin Templeton Dubaï

La finance islamique a-t-elle dû se réinventer pour être pleinement en phase avec son époque, mais aussi pour tordre le cou aux préjugés tenaces qui l’entourent ?

KM : La finance islamique poursuit, depuis plus de 30 ans, une croissance exceptionnelle, et ceci en dépit de chaque crise financière que nous rencontrons. Sa remarquable capacité d’adaptation est due à une forte demande très protéiforme, qui ne faiblit pas tant les besoins d’éthique des individus, religieux ou pas, sont en recrudescence après chaque crise.

La finance islamique est une finance simple, c’est là où réside son avantage. Elle est simple, sans être pour autant simpliste, elle est innovante tout en reposant sur une solide fondation éthique, ce qui induit une résilience forte et une excellente adaptation. La finance islamique n’a rien d’une imitation, et représente une adaptation éthique de la finance.

Évidemment, elle souffre de certains préjugés et de raccourcis, autant de la part de musulmans que de non musulmans. Cependant, une fois l’effort effectué de dépasser la sémantique, tous ces préjugés et raccourcis disparaissent, tant les principes éthiques font écho à beaucoup.

AH : En ce qui concerne les principes sur lesquels elle est fondée, la finance islamique ne saurait pratiquer aucune réinvention, tant ces principes sont inaltérables et, par essence, moraux.

C’est, paradoxalement, ce qui fait sa modernité, à un moment où le monde se réenchante, de plus en plus d’êtres humains découvrant l’impasse du matérialisme nihiliste et se réappropriant les sagesses anciennes des cheminements spirituels.

Sur le plan technique, en revanche, les acteurs de la finance islamique font preuve d’une inventivité foisonnante et s’emparent de la plupart des outils modernes de traitement de l’information et des opérations, jusqu’aux crypto-actifs.

La finance islamique d’aujourd’hui n’a rien à envier à sa consœur conventionnelle sur ce terrain. Quant aux préjugés qui continuent de l’entourer, ils demeurent malheureusement tenaces, mais pour l’observateur curieux et objectif, c’est-à-dire ni paresseux ni biaisé, il apparaît rapidement et clairement que la finance islamique n’a rien à voir avec le financement de la violence politique, n’est pas réservée qu’aux seuls musulmans et n’est pas un vecteur de communautarisme.

Quels sont, selon vous, les principaux atouts qui en font aujourd’hui une alternative universelle viable, capable d’attirer un large public, musulman comme non musulman, jeune et moins jeune ?

KM : La finance islamique a des principes positifs et universels, auxquels adhèrent des milliards d’individus à la surface du globe. Les grands principes qu’elle prône sont dénués de tout sens subjectif.

Une finance simple qui se relie à l’économie réelle et productive, et qui se déconnecte, par ses principes, à toute forme de spéculation et d’utilisation de l’intérêt proscrit par les trois grandes religions monothéistes.

Une finance qui rémunère le travail de manière participative et qui s’éloigne de toute forme de rémunération du capital par le capital.

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Une finance solidaire qui permet une meilleure redistribution des richesses et qui fait la différence en privilégiant une dimension sociale et un impact social sur la dimension financière.

Une finance qui a pour rôle premier et ultime d’être au service de l’économie.

AH : C’est de manière apophatique qu’il convient, à mon avis, de répondre à cette question. C’est parce que la finance conventionnelle s’est fourvoyée dans une kyrielle de contradictions que la finance islamique, beaucoup plus saine structurellement, émerge et s’impose comme une alternative crédible.

Depuis le début des années 2000, la conduite des politiques monétaires en Occident a été particulièrement crisogène ; la création massive de masse monétaire a été justifiée par la nécessité de guerroyer un peu partout sur la planète, ce qui a généré deux monstres : le surendettement et l’inflation.

Surimprimer des billets finit toujours par réveiller ces deux démons, si l’économie réelle sous-jacente n’est pas capable de l’absorber « pour de vrai ». S’il n’y avait qu’un seul message à retenir des principes de la finance islamique, c’est bien celui-ci : la monnaie ne vaut rien si le réel ne la justifie pas.

Remise des diplômes de l’Executive MBA 2023 en présence du Président de Financia Business School, du Directeur du Département Finance Islamique, des représentants de la banque islamique KT Bank (Allemagne), de la fin tech Waheed (UK), du Président de la Riba Free Fondation (UK) et du Directeur Général de 570 Easi (France)

Kader Merbouh, vous êtes à la tête du Département Finance Islamique de Financia Business School. Pouvez-vous nous présenter sa vocation, ses principales missions et votre propre vision de l’avenir ?

KM : Le département de finance islamique est né de ma rencontre avec Alfonso Lopez de Castro, Président de Financia Business School, ainsi qu’avec des financiers, des juristes internationaux et des professeurs universitaires.

Nous avons été, ensemble, soucieux de créer des programmes en parfaite adéquation avec le développement international de l’industrie de la finance islamique.

Alfonso Lopez de Castro avait, lui, à cœur de fonder une école de finance à nulle autre pareille, en l’occurrence la seule école en France permettant à tous, sans exception, d’étudier toutes les formes de finance, y compris toutes les finances éthiques, dont la finance islamique.

L’ensemble du corps professoral d’excellence qui dispense nos formations est entièrement composé de professionnels et d’universitaires. Riches de leur expérience, ils ne laissent qu’une place optimale à l’enseignement théorique et font la part belle à des enseignements pratiques évolutifs, tout au long des formations.

La vocation de ce département est de favoriser le plus large accès possible en France, mais aussi dans le monde francophone, à des formations d’excellence qui répondent aux nombreuses contraintes professionnelles, temporelles, géographiques et financières, auxquelles se heurtent les personnes qui s’intéressent à la finance islamique et aux opportunités qu’elle offre.

Nos missions peuvent se résumer ainsi : « Proposer à travers des programmes professionnalisants de haut niveau d’acquérir des connaissances et des techniques, tout en favorisant des mises en relation avec des réseaux dans le monde entier, grâce aux nombreux voyages d’études internationaux, en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, sans oublier les séminaires et conférences qui sont proposés en plus des cursus.»

Pour conclure, la vision de ce département est d’accompagner au mieux la prise de conscience éthique des individus (étudiants, professionnels et entrepreneurs), et de leur fournir tous les outils nécessaires au développement de cette finance dans leurs aspirations, quel que soit leur profil, leur âge ou leur pays d’origine.

Roadshow des étudiants de l’Executive MBA Finance Islamique et du Certificat Finance Islamique en Angleterre, au Albaraka Summit London Octobre 2023 – Forum international de la Finance Islamique avec le Professeur Asutay, Directeur du Centre de Recherche Doctorale Finance Islamique de Durham University

Qu’en est-il de vous, Monsieur Hassoune, en tant que co-Directeur de l’Exécutive MBA Finance islamique ?

AH : Force est de constater que le secteur de la finance islamique poursuit sa forte croissance et, ce faisant, prend pied sur de nouveaux territoires, notamment en Afrique.

Notre vocation est précisément, dans ce contexte, de former les jeunes diplômés et aussi les professionnels expérimentés du secteur financier aux concepts, techniques et enjeux de la finance islamique qui émergent sur leurs territoires respectifs.

Il est vital que ces populations s’approprient le phénomène et le traduisent dans leurs langues vernaculaires, aux fins de servir leurs propres clients. Sur ce chemin, ils ne sont pas seuls : notre réseau de correspondants professionnels et d’anciens élèves constitue un maillage qui couvre les cinq continents et un nombre spectaculaire d’institutions.

Quant à l’avenir, les signaux qui nous parviennent laissent entendre que le phénomène continuera de s’étendre en volume et dans l’espace, ce qui légitime en soi l’immersion de nos apprenants dans ce secteur.

Créée il y a quatre ans, la formation Exécutive MBA Finance Islamique, élaborée par le département Finance Islamique de Financia Business School, connaît un succès qui ne se dément pas. A l’approche de la rentrée de la prochaine promotion en septembre, quel intérêt y a-t-il à recourir à cette formation spécialisée, unique en France ? Quelles perspectives professionnelles offre-t-elle ? 

AH : Il y a trois trajectoires possibles, à l’issue de l’Exécutive MBA en finance islamique de Financia Business School.

Premièrement, cette formation spécialisée permet à un apprenant expérimenté de disposer d’une compétence supplémentaire, valorisable auprès de son propre employeur, si ledit employeur a manifesté un intérêt direct ou indirect à déployer des solutions islamiques auprès de ses clients.

Deuxièmement, notre formation permet à des jeunes diplômés et à des professionnels en poste de consacrer leur carrière à une manière de faire de la finance en conformité avec les principes éthiques qui guident leur vie : en effet, on imagine assez bien la dissonance qui peut habiter l’éthique et la conformité de millions de personnes emprisonnées dans une institution conventionnelle. Une porte de sortie s’offre à lui ou à elle pour contribuer à être en adéquation professionnellement et éthiquement.

Troisièmement, notre formation peut permettre d’optimiser une éventuelle expatriation. Certains professionnels du secteur rêvent de découvrir de nouveaux horizons géographiques, dans le monde arabe, en Asie ou en Afrique. Notre formation leur permet de se signaler auprès de leurs employeurs actuels ou d’éventuels employeurs alternatifs, afin qu’ils fassent appel à leur talent en vue de voguer sous d’autres cieux.

KM : L’intérêt de nos formations en finance islamique réside aussi dans les réponses concrètes qu’elles apportent aux nombreuses interrogations éthiques des individus. Elles offrent la possibilité d’étudier la finance islamique avec les meilleurs experts du secteur, afin de se positionner sur les  opportunités que cette finance ouvre à l’échelle internationale, en France, en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient ou encore en Asie.

L’Exécutive MBA a été pensé et conçu par plusieurs experts de renom, qui ne cachent pas leur bonheur de pouvoir réaliser leur rêve d’antan, à savoir suivre un programme de haut niveau entièrement dédié à la finance islamique, alliant techniques et acquisition de compétences, tout en permettant d’élargir et de valoriser ses réseaux professionnels.

L’Exécutive MBA Finance Islamique leur permet de voyager à travers le monde, d’élargir leurs horizons et leurs réseaux, d’aller à la rencontre des principaux acteurs de cette finance dans plusieurs pays d’Europe et du Moyen-Orient et d’Afrique.

L’Exécutive MBA encourage également les apprenants à s’impliquer dans leur formation en organisant leurs propres évènements (séminaires et conférences), pour étendre et consolider leurs réseaux et donner un vrai coup d’accélérateur à leur carrière.

Je conclurai en disant ceci : peuvent s’inscrire et sont les bienvenues toutes les personnes qui souhaitent contribuer éthiquement à ce monde.

Propos recueillis par la rédaction Oumma

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