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Mon fils s’est converti à l’islam. Même pas peur…

L’amour d’une mère, aussi fort et indéfectible soit-il, peut-il tout entendre, tout comprendre, et en l’occurrence accepter la conversion à l’islam d’un fils choyé, quand le monde environnant, particulièrement anxiogène, est gagné par une islamophobie ravageuse ?

Dans le cas de Clara Sabinne, cette quinquagénaire belge très croyante, qui concilie harmonieusement sa carrière de cadre supérieure au sein d’une multinationale et son rôle de maman de deux grands garçons, l’amour est résolument plus fort que tout, au point de réussir à transcender les peurs irrépressibles qui l’ont envahie à l’annonce de l’inclination spirituelle de son fils Simon. Un choix du cœur dont le cœur de cette mère, en proie à des sentiments ambivalents, a voulu transpercer le mystère en l’éclairant à la lueur de la compréhension et de la connaissance.

Aujourd’hui, Clara Sabinne a choisi de témoigner de son propre cheminement aux côtés de son fils dans l’ouvrage salutaire Mon fils s’est converti à l’islam… même pas peur”, ou comment à la faveur de la double métamorphose d’une mère et de son fils, c’est une réalité plus sereine sur les conversions à l’islam qui se donne à voir, loin de la noirceur des fantasmes.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris la conversion à l’islam de votre fils Simon?

L’incompréhension et la peur. L’incompréhension, car je n’avais rien vu venir. Je savais mon fils croyant et je n’avais pas imaginé une seconde qu’il puisse envisager de changer de religion, de passer du christianisme à l’islam. Il aimait et priait Dieu, et pour moi la question du choix de religion ne s’était jamais posée. Ce qui importait c’était la foi en Dieu, et nous étions nés Chrétiens. Je n’avais jamais réfléchi au fait que cela pouvait être remis en question par l’un de mes enfants. Ma foi à moi n’est pas théologienne, elle est plutôt de l’ordre de l’enfantin, de l’instinctif. Je ne me pose pas de questions, j’aime Dieu. Tout simplement.

J’ai aussi éprouvé de la peur, voire même de la terreur face à l’islam que je connaissais si peu, et le peu que j’en connaissais était tronqué par l’image qu’en reflétaient les médias. Je savais l’importance de la prière, du jeûne et du pèlerinage à la Mecque. Par contre je craignais aussi le regard sur les femmes, le manque de liberté, la rigueur, la violence, le besoin de convertir autrui et le complexe de supériorité sur les autres religions.

Quelles sont les raisons qui ont conduit votre fils à choisir l’islam ?

Je pense que mon fils a suivi son propre chemin spirituel. En ayant des amis musulmans à l’école, il s’est naturellement posé des questions sur cette religion qu’il ne connaissait pas. Il a aussi été témoin des transformations de certains de ses amis après le mois du ramadan. Ces jeunes devenaient plus responsables, plus respectueux envers leurs parents, plus appliqués à l’école. En écoutant ses amis parler du Coran, Simon a eu envie de lire l’ancien Testament et de relire ensuite les Evangiles.

Il s’est alors posé des questions sur la Trinité et sur le fait que Jésus soit le fils de Dieu, et non juste un prophète. Il a aussi été en partie influencé par la chronologie : le prophète Muhammad est venu après Jésus. Il lui a semblé donc naturel de suivre ce dernier prophète plutôt que Jésus. Je pense aussi qu’il a été attiré par la rigueur de l’islam et par l’importance de la place de la communauté.

Votre fils a attendu plusieurs mois avant d’évoquer sa conversion, car il craignait d’être rejeté par sa famille. Or, pour vous et votre mari, il était inconcevable que vous puissiez rompre avec votre fils?

Ce sont surtout les circonstances de son éloignement qui ont fait que Simon nous a caché sa conversion. Son baccalauréat en poche, il avait décidé de prendre une année sabbatique, avant l’université, pour partir à l’étranger. Il s’est converti fin décembre en revenant du Canada et avant de partir, début janvier, pour six mois en Turquie. Il a eu la sagesse de ne pas nous parler de sa conversion car étant loin de nous, il n’aurait pas été facile de discuter à tête reposée de ce bouleversement dans sa vie. Son intention était de nous en informer à son retour en juillet. Il s’avère qu’il est revenu un weekend en mai pour l’anniversaire de son frère, et c’est à ce moment-là que j’ai découvert sa conversion.

Simon connaissait notre ouverture d’esprit et notre amour à son égard, un amour indestructible. Il savait aussi que certaines familles sont capables de rejeter leur enfant converti, ou à tout le moins de refuser cette évolution. Cela pouvait donc l’inquiéter un peu. Je pense cependant que, dans son cœur, il était intimement convaincu que nous essaierions de comprendre son cheminement et de le respecter autant que possible.

Est-il vrai que vos différentes lectures vous ont permis de découvrir les liens étonnants qui existent entre les grandes religions monothéistes ?

Oui, tout à fait. Les mêmes prophètes, l’ange Gabriel pour l’annonce faite à Marie et pour l’annonce faite au prophète. Le même Dieu aussi. Même si j’ai l’impression que les Evangiles en donnent une image plus douce, emplie de bonté et d’amour, alors que le Coran, me semble-t-il, en donne une image plus exigeante. Moi je me sens proche de Jésus, de son humanité, de son pardon, de sa bonté. J’ai l’impression que les musulmans craignent Dieu davantage. Je ressens son amour infini et sa grande tendresse bien plus que son jugement. Pour moi Dieu est avant tout Amour, pardon, compassion et paix.

Il n’est pas jugements et exigences en tout genre. Il nous demande d’être respectueux à son égard, mais ce respect n’implique pas nécessairement la crainte. Je ne pense pas une seconde que Dieu se soucie de ce que l’on mange, de la manière dont on s’habille ou à quelle heure nous prions. Dieu nous demande d’être bons les uns envers les autres, Il nous demande de faire de notre mieux en toutes circonstances.

Alors oui, les grandes religions monothéistes vénèrent le même Dieu, elles partagent les mêmes valeurs et les mêmes prophètes. Elles ont la prière en commun, cette communication privilégiée et magnifique des hommes avec Dieu. Elles restent cependant très différentes dans leurs pratiques et dans leur compréhension de Dieu. Il est important pour chacun d’entre nous de respecter les choix de chacun, croyants ou non croyants. La relation entre l’humain et le divin est une relation intime qui ne devrait pas être jugée par autrui. J’aimerais aussi que cette relation au divin reste discrète et qu’elle ne se dévoile que dans le bien et dans la prière des uns pour les autres, et non dans la conquête des uns par les autres.

Vous avez décidé, ensuite, de rencontrer les personnes de confession musulmane qui sont proches de Simon. Que vous ont apporté ces différentes rencontres?

J’ai découvert des êtres humains touchants, humbles, généreux. J’ai découvert une communauté orientée vers l’entraide et la solidarité. Une communauté blessée aussi par le regard que les non musulmans portent sur elle. J’ai aussi découvert combien la relation homme-femme pouvait être vécue de manière plus compliquée dans cette communauté.

Moi, je considère que nous vivons ensemble dès le plus jeune âge au sein de nos familles, nous naissons tous d’un homme et d’une femme et il n’y a rien de plus naturel que de poursuivre notre chemin tous ensemble, sans séparation aucune. La communauté musulmane voit cela sous un autre angle. Je n’ai d’ailleurs pas vraiment compris si cela est plutôt culturel ou réellement religieux. J’essaye juste, à défaut de le comprendre, de respecter ce mode de vie différent du mien.

Vous avez également accompagné votre fils à la Mosquée. Que retenez-vous de cette visite?

J’ai beaucoup aimé ce lieu de prières. J’ai été profondément touchée par le recueillement et la communion de la communauté dans la prière. En règle générale, j’aime tous les lieux où les gens prient d’un cœur sincère.

Vous concluez votre livre en soulignant que vous n’avez plus peur de l’islam. Quel message voulez-vous transmettre aux personnes qui ont une perception négative de cette religion?

L’islam partage exactement les mêmes valeurs de paix, d’amour, de respect, de solidarité, de charité, d’honnêteté que les autres religions monothéistes. Si certains musulmans ont des comportements répréhensibles, tels que la violence ou le non respect de l’autre, c’est qu’ils ne pratiquent pas leur religion et qu’ils s’éloignent des préceptes de Dieu. Tout comme certains chrétiens ou juifs s’éloignent du chemin tracé par Dieu. Nous partageons le même Dieu, alors prions les uns pour les autres, toujours. Acceptons nos différences dans le respect.

Ne cherchons pas à savoir qui a raison et qui a tort. Nous sommes tous enfants de Dieu, nous sommes tous imparfaits et puisque nous sommes ici tous ensemble, prenons soin les uns des autres, et ce quelles que soient nos croyances ou notre absence de croyance. Les musulmans sont des êtres humains comme les autres, il est temps de cesser de les diaboliser et d’aller à leur rencontre. Que risquons-nous ? Des belles surprises, de belles rencontres.

Propos recueillis par la rédaction d’Oumma.com.

Clara Sabinne, “Mon fils s’est converti à l’Islam : Même pas peur…” ,  paru aux éditions La Boîte à Pandore

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