La hijama (ventouses)الحجامة

La hijama est une technique ancienne de ventouses, souvent associée à une petite saignée, que le Prophète a pratiquée et recommandée comme remède de son époque. Elle connaît un grand succès aujourd'hui sous le nom de « médecine prophétique ». Cette page présente ce qu'en disent les textes, les dates traditionnelles, et ce qu'il faut savoir sur ses risques et son cadre légal en France.

Qu'est-ce que la hijama ?

Le mot hijâma vient d'une racine arabe qui signifie « réduire, aspirer ». Il désigne la technique des ventouses : des petits pots en verre, en bambou ou aujourd'hui en plastique, que l'on pose sur la peau après y avoir créé un vide, avec une flamme ou une pompe. La peau est aspirée et rougit, laissant pendant quelques jours des marques rondes.

On distingue deux formes. La hijama sèche se limite à l'aspiration, parfois en faisant glisser la ventouse comme un massage. La hijama humide, la plus associée à la tradition musulmane, ajoute de petites incisions superficielles de la peau, puis une nouvelle aspiration qui fait sortir un peu de sang.

Cette technique n'est pas propre à l'islam. Elle était connue des médecines égyptienne, grecque, chinoise et arabe, et a été pratiquée en Europe jusqu'au XIXe siècle. Le grand public l'a redécouverte sous son nom anglais de « cupping » quand des sportifs sont apparus couverts de marques rondes. Oumma l'a relevé à propos du nageur Michael Phelps aux Jeux olympiques de 2016, puis de Sonny Bill Williams, star musulmane du rugby, qui la rattache explicitement à la sunna.

Que disent les hadiths sur la hijama ?

Plusieurs hadiths des recueils de Boukhari et Muslim mentionnent la hijama. Ils rapportent que le Prophète s'est fait poser des ventouses, notamment sur la tête, et qu'il a payé celui qui les posait, un homme appelé Abû Tayba, ce que les savants citent pour montrer que ce métier était licite. Il l'a fait en état de sacralisation pendant le pèlerinage, et aussi en jeûnant. Un hadith rapporté par les deux recueils la présente comme l'un des meilleurs moyens de se soigner. Un autre, chez Boukhari, cite trois remèdes : une gorgée de miel, l'incision de la ventouse et la cautérisation, cette dernière étant déconseillée par le Prophète.

Comment lire ces textes ? Les savants distinguent ce que le Prophète a transmis comme message religieux de ce qu'il a fait en homme de son temps, dans un milieu où la ventouse, la saignée et le miel étaient la médecine connue. Pour beaucoup, ces hadiths montrent surtout que se soigner est recommandé et qu'il faut recourir aux remèdes reconnus de son époque. D'autres y voient une recommandation durable de la hijama elle-même, et la pratiquent comme une sunna.

Une brève publiée par Oumma sur les soins pendant le Ramadan adopte nettement la première lecture : elle rappelle le hadith de la ventouse posée pendant le jeûne pour en conclure qu'il est permis de se soigner en jeûnant, tout en classant les ventouses et la saignée parmi les thérapeutiques dépassées.

Quelles sont les dates sunna de la hijama ?

Les praticiens parlent souvent de « dates sunna » : les 17, 19 et 21 du mois lunaire du calendrier hégirien. Elles viennent d'un hadith rapporté par Abû Dâwûd, selon lequel celui qui se fait poser des ventouses ces jours-là trouvera un remède. D'autres récits, chez Ibn Mâja notamment, recommandent certains jours de la semaine (lundi, mardi, jeudi) et en déconseillent d'autres (mercredi, samedi).

Ces textes n'ont pas la solidité des hadiths de Boukhari et Muslim cités plus haut. Les spécialistes du hadith en discutent les chaînes de transmission : certains jugent acceptable le hadith des 17, 19 et 21, d'autres le jugent faible, et les récits sur les jours de la semaine sont considérés comme faibles par une grande partie d'entre eux. Plusieurs savants en concluent que ces dates sont une simple préférence et que, en cas de besoin, la hijama peut se faire n'importe quel jour.

Pour connaître la date du mois lunaire en cours, il faut se référer au calendrier hégirien, dont les mois commencent avec l'observation du croissant et peuvent varier d'un jour selon les pays.

La hijama rompt-elle le jeûne ?

La question oppose les écoles, car deux séries de textes semblent se contredire. D'un côté, un hadith rapporté par Abû Dâwûd et at-Tirmidhî dit que « celui qui pose les ventouses et celui à qui on les pose ont rompu leur jeûne ». De l'autre, Boukhari rapporte que le Prophète s'est fait poser des ventouses alors qu'il jeûnait.

Pour la majorité des savants (hanafites, malikites, chaféites), la hijama ne rompt pas le jeûne : le second hadith serait postérieur au premier, ou le premier viserait le risque de faiblesse qui pousse à rompre. Beaucoup la déconseillent pourtant pendant la journée de jeûne, pour ne pas s'affaiblir. Les hanbalites considèrent au contraire qu'elle rompt le jeûne, pour les deux personnes.

La même logique s'applique, pour la majorité, à la prise de sang ou au don du sang : ils n'annulent pas le jeûne. Pour le reste des règles du mois de jeûne, voir notre page sur le Ramadan.

La hijama est souvent présentée en ligne comme un remède à presque tout : migraines, douleurs, fatigue, voire maladies chroniques. Les études disponibles sont peu nombreuses et de faible qualité. Certaines suggèrent un effet sur certaines douleurs, comparable à celui d'un massage ; aucune n'a démontré qu'elle guérit une maladie, et l'idée d'en faire sortir un « sang toxique » n'a pas de base médicale.

Elle comporte en revanche des risques réels : infections et cicatrices quand les incisions sont mal faites, transmission de virus (hépatites B et C, VIH) si le matériel n'est pas stérile et à usage unique, malaise, brûlures avec les ventouses à flamme, anémie en cas de séances répétées. Elle est déconseillée aux personnes qui prennent des anticoagulants, aux femmes enceintes, aux diabétiques et aux personnes fragiles. Elle ne doit jamais retarder un traitement médical.

En France, inciser la peau pour retirer du sang est un acte médical. Le Code de la santé publique (article L4161-1) réprime l'exercice illégal de la médecine : une personne qui pratique la hijama humide sans être médecin, ou professionnel de santé autorisé, s'expose à des poursuites. Les formations et « certificats de hijama » vendus en ligne ne donnent aucun droit de l'exercer. La hijama sèche, sans incision, est moins encadrée, mais ne peut être présentée comme un traitement.

Pour un croyant, rappellent de nombreux savants, l'esprit de la sunna est de se soigner avec ce qui est le plus sûr et le plus efficace : aujourd'hui, c'est le suivi médical.

Questions fréquentes

La hijama est-elle une obligation en islam ?+

Non. Aucun savant n'en fait une obligation. Les hadiths montrent que le Prophète l'a pratiquée et recommandée comme remède ; certains y voient une sunna à suivre, d'autres une médecine de son époque, l'essentiel étant de se soigner.

Quelles sont les dates sunna pour la hijama ?+

La tradition retient les 17, 19 et 21 du mois lunaire, d'après un hadith rapporté par Abû Dâwûd. Son authenticité est discutée, comme celle des récits sur les jours de la semaine, et beaucoup de savants admettent la hijama n'importe quel jour en cas de besoin.

La hijama est-elle légale en France ?+

La hijama humide, avec incisions de la peau, est un acte médical. Pratiquée par une personne qui n'est pas médecin ou professionnel de santé autorisé, elle relève de l'exercice illégal de la médecine, puni par le Code de la santé publique.

La hijama rompt-elle le jeûne ?+

Pour la majorité des savants (hanafites, malikites, chaféites), non, car le Prophète s'est fait poser des ventouses en jeûnant. Les hanbalites considèrent qu'elle rompt le jeûne, pour celui qui la pratique comme pour celui qui la reçoit.

La hijama soigne-t-elle les maladies ?+

Aucune étude sérieuse ne l'a démontré. Certaines suggèrent un effet sur la douleur, proche de celui d'un massage. Elle ne doit jamais remplacer ni retarder un traitement médical.

Quels sont les risques de la hijama ?+

Infections, cicatrices, transmission de virus si le matériel n'est pas stérile, malaise, brûlures et anémie. Elle est déconseillée sous anticoagulants, pendant la grossesse, en cas de diabète ou de fragilité.

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Page rédigée par la rédaction d'Oumma à partir de ses articles, notamment ceux de ses contributeurs.