Qu'est-ce que la omra ? Définition et statut
Le mot omra ('umra en arabe) veut dire « visite » : c'est la visite de la Maison sacrée, la Kaaba, selon des rites précis. On l'appelle souvent « petit pèlerinage », par opposition au hajj, le grand pèlerinage annuel. Le Coran les cite ensemble : « Et accomplissez pour Allah le pèlerinage et l'Umra » (sourate 2, verset 196).
Son statut fait l'objet d'une divergence ancienne. Pour les chaféites et les hanbalites, elle est obligatoire une fois dans la vie, comme le hajj, pour qui en a les moyens. Pour les hanafites et les malikites, c'est une sunna fortement recommandée. Dans tous les cas, elle se répète autant qu'on le souhaite. Un hadith rapporté par al-Bukhârî (n° 1773) dit qu'« une omra efface les péchés commis entre elle et la précédente ».
Les conditions sont celles de tout acte de culte : être musulman, pubère et sain d'esprit pour qu'elle soit due, et en avoir la capacité physique et financière. Un enfant peut l'accomplir, et elle lui est comptée, sans le dispenser de celle qu'il fera adulte selon les écoles qui la tiennent pour obligatoire. La question de la femme qui voyage sans mahram a longtemps divisé les juristes ; l'Arabie saoudite admet désormais les femmes sans accompagnateur, comme Oumma l'a rapporté dans « Accomplir le Hajj ou la Omra sans mahram, c'est désormais possible », et plusieurs écoles le permettent en compagnie sûre.
La omra se fait toute l'année. Elle n'a ni station à Arafat, ni nuit à Muzdalifa, ni lapidation à Mina : ces rites appartiennent au seul hajj, présenté sur la page Le Hajj et la Omra. Pour les formalités (visa, permis Nusuk) et le budget, voir Nusuk et Combien coûte une omra ?.
L'ihram et le mîqât : bien commencer sa omra
Tout commence par l'ihram, l'état de sacralisation. Il ne se réduit pas à un vêtement : c'est l'intention (niyya) d'accomplir la omra, prononcée de cœur, qui fait entrer le pèlerin dans cet état. Il dit alors « Labbayka llâhumma 'umratan » (« me voici, ô Allah, pour une omra ») et commence la talbiya, dont le texte figure plus bas.
Avant, il est recommandé de se laver entièrement (ghusl), de se couper les ongles et de se parfumer le corps (pas les vêtements). L'homme revêt deux pièces de tissu blanc non cousu, l'une autour de la taille, l'autre sur les épaules, et des sandales qui laissent voir le dessus du pied. La femme garde ses vêtements habituels, amples et couvrants ; selon un hadith rapporté par al-Bukhârî (n° 1838), elle ne se couvre pas le visage d'un voile ajusté et ne porte pas de gants en ihram. Yacob Mahi détaille ces règles dans « Le Hajj, pèlerinage : règles et pratique ».
Où le faire ? Le Prophète a fixé des points d'entrée, les mîqât, à ne pas franchir sans être en ihram quand on se rend à La Mecque pour le pèlerinage : Dhul-Hulayfa pour les gens de Médine, al-Juhfa pour ceux du Châm, Qarn al-Manâzil pour le Najd, Yalamlam pour le Yémen (al-Bukhârî, n° 1526). Pour un vol depuis la France qui atterrit à Djeddah, la majorité des savants demande d'entrer en ihram dans l'avion, avant le survol du mîqât ; les compagnies l'annoncent en général. Djeddah se trouve à l'intérieur de la limite, et l'avis qui permet d'y prendre l'ihram reste minoritaire. Qui fait d'abord étape à Médine prend l'ihram à Dhul-Hulayfa, aujourd'hui Abyâr 'Alî, en route vers La Mecque.
Un conseil pratique des anciens, relayé par Ibrahim Halitim dans la « Marche détaillée des rites du Hadj » : on peut ajouter à l'intention « Seigneur, permets-moi de quitter mon ihram là où je serai empêché », ce qui permet de se désacraliser sans compensation en cas de maladie.

Le tawâf : sept tours autour de la Kaaba
Arrivé à la mosquée sacrée, le pèlerin se rend au tawâf, en état de petite ablution. Il commence à hauteur de la Pierre noire, marquée par une ligne au sol et un signal lumineux, et tourne sept fois autour de la Kaaba en la gardant sur sa gauche. À chaque passage devant la Pierre noire, il la salue de la main levée en disant « Allâhu akbar » s'il ne peut l'atteindre, ce qui est le cas presque toujours. 'Umar, en l'embrassant, disait : « Je sais bien que tu n'es qu'une pierre » et qu'il ne le faisait que parce qu'il avait vu le Prophète le faire (al-Bukhârî, n° 1597).
Pour les hommes, deux gestes de la Sunna marquent ce premier tawâf : découvrir l'épaule droite (idtibâ') et presser le pas sur les trois premiers tours (ramal), comme le Prophète le fit (al-Bukhârî, n° 1644). Aucune invocation n'est imposée pendant les tours : chacun prie dans sa langue, lit le Coran ou fait du dhikr. Entre l'angle yéménite et la Pierre noire, on dit souvent l'invocation « Rabbanâ âtinâ fi d-dunyâ hasanatan… », que le Prophète prononçait à cet endroit (Abû Dâwûd, n° 1892).
Après le septième tour, le pèlerin prie deux unités derrière la station d'Abraham si la foule le permet, sinon ailleurs dans la mosquée : « Adoptez donc pour lieu de prière, ce lieu où Abraham se tint debout » (sourate 2, verset 125). Il boit ensuite de l'eau de Zamzam, disponible partout dans la mosquée. Les vertus de cette eau sont réelles pour la tradition, mais Oumma a rappelé qu'elle ne guérit pas le cancer, contrairement à ce qui circule.
En période d'affluence, un tour peut prendre un quart d'heure ou plus. Les étages supérieurs de la mosquée offrent des circuits plus longs mais moins denses, et des fauteuils roulants existent pour les personnes âgées. Oumma a aussi signalé une consigne gratuite pour les bagages, accessible avec le permis Nusuk.

Le sa'y entre Safâ et Marwa, puis le rasage
Le sa'y rappelle la course d'Agar entre les deux collines, à la recherche d'eau pour son fils Ismaël, jusqu'à ce que jaillisse Zamzam. Le Coran le mentionne : « As-Safâ et Al-Marwah sont vraiment parmi les lieux sacrés d'Allah » (sourate 2, verset 158). Les deux collines sont aujourd'hui reliées par une longue galerie climatisée, sur plusieurs niveaux, intégrée à la mosquée.
Le pèlerin monte sur Safâ, se tourne vers la Kaaba et dit l'invocation du Prophète (texte plus bas), puis marche vers Marwa : c'est un parcours. Le retour vers Safâ en fait un deuxième, et ainsi de suite jusqu'au septième, qui s'achève sur Marwa. Entre deux repères lumineux verts, les hommes pressent le pas, comme le Prophète le faisait « au milieu du passage où l'eau de pluie s'écoulait » (al-Bukhârî, n° 1644). La petite ablution n'est pas exigée pour le sa'y selon la majorité des savants, mais elle est préférable.
Vient enfin la désacralisation. L'homme se rase la tête (halq) ou se raccourcit les cheveux sur toute la tête (taqsîr). Le rasage est préférable : le Prophète demanda trois fois la miséricorde de Dieu pour ceux qui se rasent, avant de l'étendre à ceux qui raccourcissent (al-Bukhârî, n° 1727). La femme coupe seulement l'extrémité de ses cheveux, de la longueur d'une phalange. Le Coran évoque les croyants entrant dans la mosquée sacrée « ayant rasé vos têtes ou coupé vos cheveux » (sourate 48, verset 27).
La omra est alors terminée et tous les interdits sont levés. Beaucoup en profitent pour visiter ensuite Médine et la mosquée du Prophète, qui ne fait pas partie de la omra ; la prière dans la Rawda demande un permis réservé dans l'application Nusuk.

Les interdits de l'ihram et les erreurs à éviter
Tant qu'il est en ihram, le pèlerin s'abstient de plusieurs choses : se parfumer, se couper les cheveux ou les ongles, avoir des rapports conjugaux ou des gestes intimes, conclure un mariage, chasser (sourate 5, verset 95). L'homme ne porte ni vêtement cousu à la forme du corps, ni couvre-chef. Le Coran demande aussi de s'abstenir de dispute et de grossièreté pendant le pèlerinage (sourate 2, verset 197), ce qui vaut pour la omra. Un oubli ou une ignorance ne sont pas sanctionnés pour la plupart des savants ; une transgression volontaire appelle une compensation (sacrifice, jeûne ou nourriture donnée aux pauvres), selon un barème que les écoles détaillent.
Quelques erreurs reviennent souvent. Dépasser le mîqât sans ihram : la plupart des écoles demandent alors de revenir au mîqât ou de compenser par un sacrifice. Commencer le tawâf ailleurs qu'à la Pierre noire, ou compter les tours approximativement : en cas de doute, on retient le nombre le plus bas. Faire le sa'y avant le tawâf. Se contenter de couper quelques mèches pour un homme, alors que la coupe doit porter sur l'ensemble de la tête pour la majorité des savants. Enfin, croire que les rites doivent se faire dans le silence : on peut parler, se reposer, boire, et une personne malade peut être portée ou poussée en fauteuil.
Les règles en cas de règles sont claires. Aïcha, arrivée à La Mecque indisposée, reçut ce conseil du Prophète : « Fais tout ce que font les pèlerins sauf le tawâf » (al-Bukhârî, n° 294 et n° 1650). Une femme peut donc entrer en ihram et attendre d'être purifiée pour le tawâf, puis faire le sa'y.
Omra et hajj : quelles différences ? La omra du ramadan
Les deux pèlerinages partagent l'ihram, le tawâf et le sa'y, mais ils ne se confondent pas. Le hajj est un pilier de l'islam, à date fixe (du 8 au 13 dhou al-hijja), et il comprend la station à Arafat, sans laquelle il n'existe pas, ainsi que Muzdalifa, Mina et la lapidation. La omra se fait n'importe quand, en quelques heures, et ne dispense pas du hajj. Le hajj est soumis à des quotas et, pour les résidents d'Europe, à une inscription sur Nusuk ; la omra demande un visa et un permis plus faciles à obtenir. Les dates du prochain hajj sont sur la page Hajj 2027.
Le ramadan est la saison la plus recherchée. Un hadith rapporté par al-Bukhârî (n° 1782 et n° 1863) raconte qu'une femme des Ansâr n'avait pu faire le pèlerinage faute de monture ; le Prophète lui dit : « Fais la omra quand vient le ramadan, car une omra pendant le ramadan équivaut à un hajj ». Les savants précisent qu'il s'agit d'une équivalence de récompense, qui ne remplace pas le hajj obligatoire. Le Ramadan 2027 devrait commencer autour du 8 février 2027, à confirmer par l'observation du croissant ; l'affluence est alors maximale, surtout pendant les dix dernières nuits, et les prix suivent.
La omra n'est pas un voyage comme un autre, rappelle Talha Mahamat Allim dans « Un voyage spirituel exceptionnel » : on règle ses dettes ou l'on s'assure de l'accord de ses créanciers, on demande pardon à ceux qu'on a lésés, on apprend les rites avant de partir. Le texte « Le Pèlerinage : ses secrets et ses symboles » en donne le sens intérieur : l'ihram évoque le linceul, le tawâf un cœur qui tourne autour de Dieu. Au retour, le Prophète disait trois fois « Allâhu akbar », puis : « Nous revenons repentants, adorant et louant notre Seigneur » (al-Bukhârî, n° 4116).
















