Au programme aujourd'hui sur OummaTV, un entretien avec le chercheur Rachid Benzine auteur du livre les Nouveaux penseurs de l'islam aux éditions Albin Michel.
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2 juin 2010 à 12 h 00
Au programme aujourd'hui sur OummaTV, un entretien avec le chercheur Rachid Benzine auteur du livre les Nouveaux penseurs de l'islam aux éditions Albin Michel.
Transcription intégrale de la vidéo
Cet ouvrage s'appelle « Les nouveaux penseurs de l'islam » et non « Les réformateurs de l'islam » parce que je pense que la notion de réforme est inadéquate pour traiter l'objet de leurs travaux.
Ces penseurs ou ces intellectuels musulmans n'ont pas l'intention de réformer l'islam, de rénover l'islam ou d'adapter l'islam à un monde moderne. Leur objectif est de penser l'islam avec les outils aujourd'hui disponibles au niveau des sciences humaines.
La notion de réforme en islam, la notion d'islah, suppose l'idée de redressement, de réparation, comme si, à un moment de l'histoire musulmane, les musulmans s'étaient éloignés de la voie droite de cet islam authentique.
Pour ces nouveaux penseurs, il ne saurait y avoir d'islam authentique, d'islam pur ou d'islam idéalisé. L'islam, comme dit Abdolkarim Soroush, est une suite d'interprétations de l'islam.
Ils partent du principe qu'il y a le texte révélé, ce texte coranique, avec cette révélation qui vient s'inscrire durant 23 années dans un processus historique et un contexte bien particuliers. Il faut donc comprendre comment cette révélation se joue dans l'histoire, et comment nous pouvons aujourd'hui faire en sorte que cette parole infinie, qui se contracte dans un texte qui est fini (c'est-à-dire un ensemble de versets et de sourates), redevienne infinie une fois devenue un écrit. On la rend infinie par le processus de l'interprétation : si le texte est divin, notre interprétation est humaine.
Lorsque l'on prend la notion de réforme au XIXe siècle, par exemple avec Muhammad Abduh, Afghani ou Rachid Rida, il s'agissait avant tout de faire face à l'introduction de la modernité occidentale dans les sociétés dites musulmanes. Je dis sociétés « dites musulmanes » parce qu'il est très important aujourd'hui, pour analyser ces sociétés, de ne pas faire simplement appel à la variable religieuse. Ces sociétés sont travaillées par d'autres facteurs anthropologiques, économiques, structurels, et il y a besoin de mobiliser les outils que nous offrent les sciences humaines pour analyser leur fonctionnement.
Ce que ces penseurs proposent, c'est simplement de penser l'islam en tant qu'objet d'étude. Ils ont une connaissance du patrimoine religieux dans son exhaustivité, et ils confrontent en même temps ce patrimoine et ces interprétations à l'aune de la production des sciences humaines, tout en mettant bien en garde sur le fait qu'il ne s'agit que d'outils.
En tant qu'outils d'investigation, ils doivent aussi faire l'objet de critiques. Ils critiquent donc à la fois le patrimoine traditionnel musulman pour tenter de comprendre comment il émerge dans l'histoire et montrer quels sont les postulats implicites et l'idéologie derrière tout discours, et ils utilisent les sciences humaines en gardant une distance critique par rapport à ces outils.
Il ne s'agit pas de penser à la place des gens. Ils livrent simplement aux croyants et aux non-croyants des éléments de production, des outils, et libre aux croyants de les utiliser ou pas. Ils n'ont pas l'intention de réformer l'islam, parce que c'est vain, c'est une attitude mythique.
Ils proposent de penser l'objet islam, de tenter de comprendre comment il s'articule et ce qu'il advient dans l'histoire.
Ils font une distinction dans la définition de l'islam. Pour eux, l'islam, c'est d'abord le Coran et la tradition prophétique, en sachant bien que la tradition prophétique chez les sunnites et les chiites n'est pas du tout la même, du moins en termes de corpus de hadiths.
Ensuite, après ce premier niveau, le deuxième niveau correspond aux interprétations de ces corpus à travers l'histoire, que ce soit au niveau de la jurisprudence, de la dogmatique, de la philosophie ou de la mystique. Viennent enfin ces interprétations et leurs mises en pratique à travers l'histoire, du Maroc à l'Indonésie, du VIIe au XXIe siècle. Quand nous disons « islam », voici ce que l'on évoque.
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