Le chercheur Rachid Benzine souligne la distinction indispensable entre le caractère sacré du Coran et le travail d'interprétation des croyants.
Oumma TVThéologie & HistoireIdées & Débats4:35
6 août 2008 à 13 h 06
Le chercheur Rachid Benzine souligne la distinction indispensable entre le caractère sacré du Coran et le travail d'interprétation des croyants.
Transcription intégrale de la vidéo
Cet ouvrage s'appelle Les Nouveaux Penseurs de l'islam et non Les Réformateurs de l'islam parce que je pense que la notion de réforme est inadéquate pour traiter l'objet de leurs travaux. Ces penseurs ou ces intellectuels musulmans n'ont pas l'intention de réformer l'islam, ils n'ont pas l'intention de rénover l'islam, ils n'ont pas l'intention d'adapter l'islam à un monde moderne. Leur objectif est de penser l'islam avec les outils qui sont disponibles aujourd'hui au niveau des sciences humaines.
La notion de réforme en islam, la notion d'islah, suppose l'idée de redressement, de réparation, comme si, à un moment au cours de l'histoire musulmane, les musulmans s'étaient éloignés de la voie droite de cet islam authentique. Pour ces nouveaux penseurs, il ne saurait y avoir un islam authentique, un islam pur, un islam idéalisé. L'islam, comme dit Abdolkarim Soroush, est une suite d'interprétations de l'islam.
Ils partent du principe qu'il y a le texte révélé, ce texte coranique avec cette révélation qui vient s'inscrire dans un processus historique bien particulier, dans un contexte bien particulier durant 23 années. Il faut donc comprendre comment cette révélation se joue dans l'histoire, et ensuite comment aujourd'hui nous pouvons faire que cette parole infinie, qui se contracte dans un texte qui est fini (un ensemble de versets, un ensemble de sourates), devienne infinie. On la rend infinie par le processus de l'interprétation. Si le texte est divin, notre interprétation est humaine.
Lorsqu'on prend la notion de réforme au XIXe siècle avec Muhammad Abduh, Afghani ou Rachid Rida, il s'agissait avant tout de faire face à l'introduction de la modernité occidentale dans les sociétés dites musulmanes. Je dis « sociétés dites musulmanes » parce qu'il est très important aujourd'hui, pour analyser ces sociétés, de ne pas faire simplement appel à la variable religieuse. Ces sociétés sont travaillées par d'autres facteurs : anthropologiques, économiques, structurels. Il y a donc besoin de mobiliser les outils que nous permettent les sciences humaines pour analyser leur fonctionnement.
Ce que ces penseurs proposent, c'est simplement de penser l'islam en tant qu'objet d'étude. Ils ont une connaissance du patrimoine religieux dans son exhaustivité et, en même temps, ils confrontent ces interprétations et ce patrimoine à l'aune de la production des sciences humaines. Ils mettent bien en garde sur le fait que ce ne sont que des outils et qu'en tant qu'outils d'investigation, ils doivent aussi faire l'objet de critiques.
Ils critiquent ainsi à la fois le patrimoine traditionnel musulman, pour tenter de comprendre comment il émerge dans l'histoire et montrer les postulats implicites de toute idéologie derrière chaque discours, et ils utilisent les sciences humaines en ayant une distance critique par rapport aux outils. Ce qu'ils nous proposent, c'est de penser l'islam. Il ne s'agit pas de penser à la place des gens : ils livrent simplement aux croyants et aux non-croyants des éléments de production, des outils, et libre aux croyants de les utiliser ou pas. Ils n'ont pas l'intention de réformer l'islam parce que c'est vain, c'est une attitude mythique.
Ils proposent de dire« Nous allons penser l'objet islam, nous allons tenter de comprendre comment il s'articule dans l'histoire, ce qu'il advient dans l'histoire. »
Ils font bien une distinction dans ce qu'on appelle la définition de l'islam. Pour eux, l'islam, c'est d'abord le Coran et la tradition prophétique, en sachant que la tradition prophétique chez les sunnites et les chiites n'est pas du tout la même, du moins en termes de corpus de hadiths. C'est le premier niveau.
Le deuxième niveau, ce sont les interprétations de ces corpus à travers l'histoire, que ce soit au niveau de la jurisprudence, de la dogmatique, de la philosophie ou de la mystique.
Enfin, le troisième niveau correspond à la mise en pratique de ces interprétations à travers l'histoire, du Maroc à l'Indonésie, du VIIe au XXIe siècle. Quand nous disons islam, voici ce que l'on évoque.
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