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Islam & SpiritualitéHistoire & Mémoire

L'année de l'Éléphant : Abraha marche sur La Mecque pour détruire la Kaaba

8 novembre 2026 à 12 h 57 · 15 min de lecture
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Série · Épisode 1 sur 134

La Sira du Prophète Mohamed

Chaque jour, un épisode de la vie du Prophète Mohamed, raconté en français d’aujourd’hui d’après la Sira d’Ibn Hisham, la plus ancienne biographie du Prophète qui nous soit parvenue.

Voir toute la série →
L'année de l'Éléphant : la Kaaba photographiée vers 1880

Abraha, qui gouverne le Yémen au nom du roi d'Abyssinie, veut détourner vers son église de Sanaa le pèlerinage des Arabes. Après un affront, il marche sur La Mecque avec une armée et un éléphant pour détruire la Kaaba. Devant la ville, l'éléphant refuse d'avancer, et des oiseaux venus de la mer anéantissent l'armée.

Pourquoi lire

  • Le face-à-face entre Abraha et ʿAbd al-Muttalib, le grand-père du Prophète
  • Le récit de la plus ancienne biographie du Prophète, en français d'aujourd'hui
  • Ce que les sourates al-Fîl et Quraysh rappellent de cet événement

Sommaire

  1. 1.Une église pour détourner le pèlerinage
  2. 2.Les « reporteurs » des mois sacrés
  3. 3.L’affront
  4. 4.Ceux qui tentent de l’arrêter
  5. 5.Tâ’if se soumet
  6. 6.Les deux cents chameaux
  7. 7.Devant le roi
  8. 8.À l’anneau de la porte
  9. 9.L’éléphant qui refuse d’avancer
  10. 10.Les oiseaux venus de la mer
  11. 11.Ce que dit le Coran
  12. 12.« Les gens de Dieu »
  13. 13.Après Abraha
  14. 14.Notes

« Je suis le maître des chameaux. La Maison a un Maître qui la protégera. » Face au roi venu raser la Kaaba avec son armée et son éléphant, le chef de La Mecque ne réclame que ses deux cents chameaux. Le lendemain, l'éléphant refuse d'avancer.

Une église pour détourner le pèlerinage

Abraha gouverne le Yémen au nom du Négus, le roi d'Abyssinie1.

À Sanaa, il fait bâtir al-Qalîs2, une église comme on n'en a jamais vu sur terre à cette époque.

Abraha écrit alors au Négus : « Ô roi, je t'ai bâti une église comme aucun roi avant toi n'en a eu. Et je n'aurai de cesse que je n'y aie détourné le pèlerinage des Arabes. »

La lettre fait parler toute l'Arabie. Un homme se met en colère. Il est de la tribu de Kinâna3, et il appartient à une famille bien particulière : les « reporteurs » des mois.

Restes de l'édifice identifié à al-Qalîs, l'église d'Abraha, à Sanaa en 1942
Les restes de l'édifice que la tradition yéménite identifie à al-Qalîs, l'église d'Abraha, à Sanaa, en 1942. Photographie d'al-ʿAmrî, domaine public, via Wikimedia Commons.

Les « reporteurs » des mois sacrés

Au temps d'avant l'islam, quatre mois de l'année sont sacrés4 : rajab, dhû al-qaʿda, dhû al-hijja et muharram.

Les « reporteurs » (en arabe, al-nasaʾa) peuvent rendre profane un mois sacré, et rendre sacré à sa place un mois ordinaire. Ainsi, le nombre des mois sacrés reste de quatre.

C'est d'eux que parle le Coran :

« Le report d'un mois sacré n'est qu'un surcroît de mécréance, par lequel s'égarent ceux qui ont mécru. Ils le rendent profane une année et sacré une autre année, pour faire concorder le nombre des mois que Dieu a rendus sacrés. » (Coran 9, 37)

Ibn Hisham précise que « faire concorder » veut dire ici « faire correspondre ».

Le premier à avoir reporté les mois se nomme al-Qalammas. Après lui, la charge passe de père en fils. Le sixième et dernier, Abû Thumâma Junâda, l'exerce encore quand l'islam arrive.

Chaque année, une fois le pèlerinage terminé, les Arabes se rassemblent autour de lui. Il proclame les quatre mois sacrés. S'il veut rendre profane le mois de muharram, il le déclare permis, et rend sacré à sa place le mois de safar.

Au moment du départ, il se lève et dit : « Ô Dieu, j'ai rendu permis l'un des deux safar, le premier, et j'ai reporté l'autre à l'année prochaine. »

Un poète de Kinâna s'en vante dans ses vers : c'est sa tribu, dit-il, qui décide pour tous les Arabes quels mois deviennent sacrés.

Ibn Hisham ajoute que le premier des mois sacrés est muharram.

L'affront

L'homme de Kinâna part pour Sanaa. Il entre dans l'église d'Abraha et la souille : Ibn Hisham précise qu'il y fait ses besoins. Puis il rentre chez lui.

Abraha l'apprend. « Qui a fait cela ? » demande-t-il.

On lui répond : « Un Arabe, un homme de cette Maison où les Arabes vont en pèlerinage, à La Mecque. Il a entendu que tu voulais détourner vers ton église le pèlerinage des Arabes. Il s'est mis en colère, et il est venu montrer qu'elle n'en était pas digne. »

Abraha entre dans une violente colère. Il jure de marcher sur la Maison jusqu'à la démolir.

Il ordonne aux Abyssins de se préparer. L'armée s'équipe, puis se met en route. Avec elle marche un éléphant.

La nouvelle se répand chez les Arabes. Elle les frappe d'horreur. Il veut détruire la Kaaba, la Maison sacrée de Dieu : ils estiment que le combattre est pour eux un devoir.

Ceux qui tentent de l'arrêter

Un des nobles et des rois du Yémen se dresse contre lui. On l'appelle Dhû Nafar. Il appelle les siens, et tous les Arabes qui veulent le suivre, à défendre la Maison de Dieu.

Il affronte Abraha. Il est battu et fait prisonnier.

Quand Abraha veut le faire tuer, Dhû Nafar lui dit : « Ô roi, ne me tue pas. Peut-être te serai-je plus utile vivant que mort. » Abraha l'épargne et le garde enchaîné près de lui. Abraha, dit le texte, est un homme indulgent.

L'armée reprend sa route. Dans le pays de la tribu de Khathʿam, un autre homme se dresse devant elle : Nufayl ibn Habîb, à la tête des deux clans de Khathʿam, Shahrân et Nâhis, et d'autres tribus arabes. Il est battu à son tour, et fait prisonnier.

Au moment d'être tué, Nufayl propose un marché : « Ô roi, ne me tue pas. Je serai ton guide en pays arabe. Et voici mes deux mains : je te garantis l'obéissance de Shahrân et de Nâhis. » Abraha le laisse aller, et l'emmène comme guide.

Tâ'if se soumet

L'armée arrive à Tâ'if5. Masʿûd ibn Muʿattib sort à sa rencontre avec des hommes de la tribu de Thaqîf.

« Ô roi, lui disent-ils, nous sommes tes serviteurs. Nous t'écoutons et nous t'obéissons. Nous ne nous opposons pas à toi. Notre temple n'est pas celui que tu cherches. Celui que tu veux est à La Mecque. Nous allons t'envoyer quelqu'un pour t'y conduire. »

Leur temple, c'est celui d'al-Lât6. Les gens de Tâ'if le vénèrent à la manière de la Kaaba7. Ibn Hisham cite à ce propos un vers du poète Dirâr ibn al-Khattâb : « Thaqîf s'est enfuie vers sa Lât ». Ibn Hisham s'attarde ensuite sur les origines de la tribu de Thaqîf, avec des vers à l'appui.

Abraha laisse Tâ'if en paix.

Thaqîf lui donne un guide, Abû Righâl. Celui-ci conduit l'armée jusqu'à al-Mughammas8, tout près de La Mecque. Là, Abû Righâl meurt.

Les Arabes de l'époque se mettent alors à lapider sa tombe9. Et au temps d'Ibn Ishaq, l'auteur de ce récit, les gens la lapident encore, à al-Mughammas.

Les deux cents chameaux

Abraha installe son camp à al-Mughammas. Il envoie un Abyssin, al-Aswad ibn Maqsûd, avec des cavaliers jusqu'à La Mecque.

Al-Aswad rafle les troupeaux des gens de la région, ceux de Quraysh10 et des autres. Parmi eux se trouvent deux cents chameaux d'ʿAbd al-Muttalib11. C'est alors le doyen de Quraysh et son chef.

Quraysh, Kinâna, Hudhayl et tous ceux qui vivent dans le territoire sacré pensent d'abord se battre. Puis ils comprennent qu'ils n'en ont pas la force. Ils y renoncent.

Abraha envoie à La Mecque un autre homme, Hunâta le Himyarite12. « Demande qui est le chef de ce pays, lui dit-il. Puis dis-lui : le roi n'est pas venu vous faire la guerre. Il est venu détruire cette Maison. Si vous ne la défendez pas les armes à la main, il n'a que faire de votre sang. S'il ne veut pas la guerre, amène-le-moi. »

À La Mecque, Hunâta demande qui est le chef de Quraysh. On lui désigne ʿAbd al-Muttalib, fils de Hâshim. Il lui répète les paroles d'Abraha.

ʿAbd al-Muttalib répond : « Par Dieu, nous ne voulons pas le combattre, et nous n'en avons pas la force. C'est la Maison sacrée de Dieu, la maison d'Abraham13, Son ami intime. » Ce sont ses mots, ou à peu près, précise Ibn Ishaq. « S'Il la protège de lui, c'est Sa maison et Son sanctuaire. S'Il le laisse faire, par Dieu, nous n'avons aucun moyen de la défendre. »

« Alors viens avec moi, dit Hunâta. Il m'a ordonné de t'amener. »

Devant le roi

ʿAbd al-Muttalib part avec quelques-uns de ses fils. Arrivé au camp, il demande à voir Dhû Nafar, le noble yéménite prisonnier. C'est un ami.

Il le trouve dans sa prison. « Dhû Nafar, peux-tu quelque chose pour nous ? »

« Que peut un prisonnier, répond Dhû Nafar, entre les mains d'un roi qui s'apprête à le tuer, ce matin ou ce soir ? Je ne peux rien. Sauf une chose : Unays, le cornac de l'éléphant, est mon ami. Je vais lui parler de toi et lui demander de t'obtenir une audience. »

« Cela me suffit », dit ʿAbd al-Muttalib.

Dhû Nafar fait dire à Unays : « ʿAbd al-Muttalib est le chef de Quraysh, le maître de la caravane de La Mecque. Il nourrit les hommes dans la plaine, et les bêtes sauvages au sommet des montagnes. Le roi lui a pris deux cents chameaux. Obtiens-lui une audience, et aide-le autant que tu pourras. »

Unays le fait. Abraha accepte de recevoir ʿAbd al-Muttalib.

ʿAbd al-Muttalib est un homme d'une grande beauté et d'une allure imposante. En le voyant, Abraha le traite avec un profond respect. Il ne veut pas le faire asseoir plus bas que lui. Mais il ne veut pas non plus que les Abyssins le voient assis à ses côtés sur le trône royal. Alors Abraha descend de son trône, s'assoit sur le tapis, et fait asseoir ʿAbd al-Muttalib près de lui.

Par son interprète, il lui demande ce qu'il veut.

« Je veux que le roi me rende les deux cents chameaux qu'il m'a pris. »

Abraha fait répondre : « Tu m'as plu quand je t'ai vu. Tu m'as déçu quand tu m'as parlé. Tu me parles de deux cents chameaux que je t'ai pris, et tu ne dis rien d'une Maison qui est ta religion et celle de tes pères, et que je suis venu détruire ? »

« Je suis le maître des chameaux, répond ʿAbd al-Muttalib. La Maison a un Maître qui la protégera. »

« Elle ne sera pas protégée de moi. »

« Cela, c'est ton affaire. »

Selon certains savants, deux autres chefs accompagnent ʿAbd al-Muttalib : Yaʿmur ibn Nufâtha, chef des Banû Bakr, et Khuwaylid ibn Wâthila, chef de Hudhayl. Ils offrent à Abraha le tiers des richesses de la région pour qu'il reparte sans toucher à la Maison. Il refuse. Dieu sait si cela s'est passé ou non, écrit Ibn Ishaq.

Abraha rend ses chameaux à ʿAbd al-Muttalib.

À l'anneau de la porte

ʿAbd al-Muttalib rentre à La Mecque et raconte tout aux gens de Quraysh. Il leur ordonne de quitter la ville et de se mettre à l'abri sur les hauteurs, dans les montagnes et les ravins. Il craint pour eux les violences de l'armée.

Puis il va à la Kaaba et saisit l'anneau de sa porte. Quelques hommes de Quraysh se tiennent avec lui. Ils prient Dieu et Lui demandent Son secours contre Abraha et ses soldats.

La main sur l'anneau, ʿAbd al-Muttalib prie en vers. L'homme défend sa demeure, dit-il à Dieu : défends donc la Tienne. Que leur croix et leur force ne l'emportent pas demain sur Ta force. Ibn Hisham ne retient que ces vers comme authentiques. Un autre Qurayshite, ʿIkrima ibn ʿÂmir, demande à Dieu d'humilier al-Aswad, l'homme qui a raflé les troupeaux.

Enfin, ʿAbd al-Muttalib lâche l'anneau de la porte. Avec les hommes de Quraysh, il monte se mettre à l'abri dans la montagne. Et ils attendent de voir ce qu'Abraha fera de La Mecque.

L'éléphant qui refuse d'avancer

Au matin, Abraha se prépare à entrer dans La Mecque. Il fait préparer l'éléphant et range son armée. L'éléphant s'appelle Mahmoud. Le plan d'Abraha est arrêté : démolir la Maison, puis repartir au Yémen.

Les soldats tournent l'éléphant vers La Mecque. C'est alors que Nufayl ibn Habîb, le guide prisonnier, s'approche. Il se place contre le flanc de l'animal, lui prend l'oreille et lui dit : « Agenouille-toi, Mahmoud, ou retourne sain et sauf d'où tu viens. Tu es dans le territoire sacré de Dieu. » Puis il lâche l'oreille.

L'éléphant s'agenouille. Nufayl s'enfuit en courant et grimpe dans la montagne.

Les soldats frappent l'éléphant pour le faire lever. Il refuse. Ils le frappent à la tête avec une hache. Il refuse. Ils lui enfoncent leurs crochets dans le bas du ventre et l'en lacèrent. Il refuse.

Ils le tournent vers le Yémen : il se lève et part au trot. Ils le tournent vers la Syrie14 : il fait de même. Vers l'Orient : de même. Ils le tournent vers La Mecque : il s'agenouille.

Les oiseaux venus de la mer

Alors Dieu envoie contre eux des oiseaux venus de la mer, semblables à des hirondelles. Chaque oiseau porte trois pierres : une dans le bec, deux dans les pattes. Elles sont grosses comme des pois chiches et des lentilles. Celui qu'elles touchent meurt. Mais elles ne les touchent pas tous.

Les soldats s'enfuient. Ils se précipitent sur la route par laquelle ils sont venus. Ils cherchent partout Nufayl ibn Habîb, pour qu'il leur montre le chemin du Yémen.

En voyant le châtiment que Dieu fait descendre sur eux, Nufayl dit en vers : où fuir, quand c'est Dieu qui poursuit, et quand al-Ashram15 est le vaincu, et non le vainqueur ? Dans un autre poème, il s'adresse à une femme, Rudayna. Si elle avait vu ce qu'il a vu, dit-il, elle lui pardonnerait. Il a loué Dieu en voyant les oiseaux, et il a craint les pierres qui tombaient. Et tous les soldats réclamaient Nufayl, « comme si je devais quelque chose aux Abyssins ».

Miniature persane : des oiseaux noirs s'abattent sur l'armée d'Abraha et ses éléphants, près de la Kaaba
Les oiseaux s'abattent sur l'armée d'Abraha et ses éléphants, près de la Kaaba (à gauche). Miniature du Târîkh-nâma de Balʿamî, début du XIVe siècle. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Les fuyards tombent le long de toutes les routes. Ils meurent à chaque point d'eau.

Abraha lui-même est atteint dans son corps. Ses hommes l'emportent avec eux. En chemin, ses doigts tombent, une phalange après l'autre. Chaque fois, une plaie suinte de pus et de sang. Quand ils arrivent à Sanaa, il n'est plus qu'un oisillon. Il ne meurt, dit-on, qu'au moment où sa poitrine s'ouvre sur son cœur.

On raconte aussi que la rougeole et la variole apparurent pour la première fois en Arabie cette année-là. Et que, la même année, on y vit pour la première fois des plantes amères : le harmal, la coloquinte et l'ʿushar.

Aïcha16 racontera plus tard : « J'ai vu à La Mecque le conducteur de l'éléphant et son cornac. Ils étaient aveugles et paralysés, et mendiaient leur nourriture. »

Ce que dit le Coran

Plus tard, Dieu envoie Mohamed comme prophète. Parmi les bienfaits qu'Il rappelle alors à Quraysh, il y a celui-ci : Il a repoussé les Abyssins, et préservé ainsi Quraysh et sa situation.

Il dit, dans la sourate al-Fîl, « l'Éléphant » :

« N'as-tu pas vu comment ton Seigneur a traité les gens de l'Éléphant ? N'a-t-Il pas fait échouer leur ruse ? Il a envoyé contre eux des oiseaux par nuées, qui leur lançaient des pierres d'argile durcie. Et Il les a rendus semblables à des tiges de céréales broutées. » (Coran 105, 1-5)

Il dit aussi, dans la sourate Quraysh :

« Pour l'attachement de Quraysh, leur attachement au voyage d'hiver et au voyage d'été, qu'ils adorent le Seigneur de cette Maison, qui les a nourris contre la faim et rassurés contre la peur. » (Coran 106, 1-4)

Le sens, explique Ibn Ishaq : Dieu ne voulait pas que leur situation change, à cause du bien qu'Il leur destinait, s'ils l'avaient accepté.

Ibn Hisham explique ensuite les mots difficiles de ces deux sourates, en s'appuyant sur des vers de poètes arabes :

  • abâbîl, « par nuées », veut dire « en groupes ». Les Arabes, dit-il, n'emploient pas ce mot au singulier ;
  • sijjîl veut dire « dur, solide ». Certains commentateurs y voient deux mots persans réunis en un seul, sang et gil : la pierre et l'argile ;
  • ʿasf désigne les feuilles des céréales qui n'ont pas encore formé leur tige ;
  • îlâf, « l'attachement », désigne les voyages de commerce de Quraysh vers la Syrie : un en hiver, un en été. Ibn Hisham donne aussi les autres sens du mot en arabe.
Début de la sourate al-Fîl calligraphié, avec la basmala et le premier verset
Début de la sourate al-Fîl, « l'Éléphant », dans un Coran calligraphié par Ahmad Neyrîzî en 1705 (bibliothèque du palais du Golestan, Téhéran). Domaine public, via Wikimedia Commons.

« Les gens de Dieu »

Après la défaite des Abyssins, les Arabes regardent Quraysh d'un autre œil. « Ce sont les gens de Dieu, disent-ils. Dieu a combattu pour eux, et les a délivrés de leur ennemi. »

Les poètes célèbrent l'événement. Ibn Ishaq et Ibn Hisham citent plusieurs de leurs poèmes :

  • ʿAbd Allâh ibn al-Zibaʿrâ, de Quraysh, rappelle que personne n'a jamais pu toucher au territoire sacré de La Mecque. Soixante mille soldats, dit-il, ne sont jamais rentrés chez eux. Et le malade qu'ils ont ramené n'a pas survécu : il parle d'Abraha, mort à Sanaa ;
  • Abû Qays ibn al-Aslat, de Médine, décrit l'éléphant qui s'agenouille sous les crochets des soldats, puis fait demi-tour. Il invite Quraysh à prier son Seigneur près de la Maison, en souvenir du jour d'Abû Yaksûm, c'est-à-dire d'Abraha. Certains attribuent ce poème à Umayya ibn Abî al-Salt ;
  • Tâlib ibn Abî Tâlib, un petit-fils d'ʿAbd al-Muttalib, dit que sans la défense de Dieu, et de Lui seul, les Mecquois n'auraient pas pu protéger leurs troupeaux ;
  • Abû al-Salt ibn Abî Rabîʿa, de Thaqîf, parle des signes de Dieu, de l'éléphant retenu à al-Mughammas, et de la religion d'Abraham, la seule, dit-il, qui comptera au Jour de la Résurrection. Selon Ibn Hisham, on attribue aussi ces vers à son fils Umayya ;
  • al-Farazdaq, dans un poème à la louange du calife Sulaymân, compare la chute du gouverneur al-Hajjâj, quand il s'est enorgueilli, à celle de l'armée de l'éléphant17 ;
  • Ibn Qays al-Ruqayyât chante al-Ashram, venu avec l'éléphant, et reparti avec une armée en déroute sous les pierres des oiseaux.

Après Abraha

Abraha mort, son fils Yaksûm règne sur les Abyssins du Yémen. C'est d'après lui qu'Abraha était surnommé Abû Yaksûm, « le père de Yaksûm ». Après Yaksûm, son frère Masrûq, un autre fils d'Abraha, règne sur le Yémen.


Notes

  1. Abraha est un général venu d'Abyssinie, le royaume chrétien d'Aksoum (dans l'actuelle Éthiopie et l'actuelle Érythrée), qui avait conquis le Yémen. Le chapitre précédent de la Sira raconte comment il en a pris le pouvoir. Le Négus (al-Najâshî) est le titre du roi d'Abyssinie.
  2. Al-Qalîs : le mot viendrait du grec ekklêsia, « église ». Une photographie de 1942 montre encore à Sanaa les restes de l'édifice que la tradition yéménite identifie à cette église.
  3. Kinâna : une grande tribu de la région de La Mecque. Quraysh, la tribu du Prophète, en est issue.
  4. Les mois sacrés : l'islam les a conservés (Coran 9, 36) et a aboli leur report.
  5. Tâ'if : une ville des montagnes, à une centaine de kilomètres au sud-est de La Mecque. La tribu de Thaqîf y vivait.
  6. Al-Lât était l'une des principales divinités de l'Arabie d'avant l'islam. Son temple de Tâ'if a été détruit après la conversion de Thaqîf à l'islam, vers 630.
  7. La Kaaba est l'édifice cubique au centre du sanctuaire de La Mecque, vers lequel les musulmans se tournent pour prier. Avant l'islam, elle était déjà le but d'un pèlerinage pour les tribus arabes. Voir aussi la Kaaba dans notre lexique.
  8. Al-Mughammas : un lieu proche de La Mecque, sur la route de Tâ'if.
  9. Pour les Arabes, Abû Righâl était le traître qui avait guidé vers La Mecque l'armée venue détruire la Kaaba. Son nom est resté dans la langue arabe comme celui du traître par excellence.
  10. Quraysh : la tribu qui domine La Mecque et garde le sanctuaire de la Kaaba. Le Prophète Mohamed en est issu.
  11. ʿAbd al-Muttalib est le grand-père du Prophète Mohamed. Selon Ibn Ishaq, le Prophète naît l'année même de l'Éléphant : c'est le sujet de l'épisode suivant. La tradition situe cette année vers 570 ; certains historiens, d'après des inscriptions retrouvées au Yémen, placent l'expédition d'Abraha quelques années plus tôt.
  12. Himyar : l'ancien royaume du Yémen, avant la conquête abyssine. Un Himyarite est un homme de ce peuple.
  13. Abraham, Ibrâhîm en arabe, a bâti la Kaaba avec son fils Ismaël (Coran 2, 127). Le Coran l'appelle khalîl Allâh, « l'ami intime de Dieu ». Voir Abraham, prophète de l'islam.
  14. La Syrie désigne ici le Shâm, une région plus vaste que la Syrie actuelle, qui englobait aussi la Jordanie, le Liban et la Palestine. Elle faisait alors partie de l'Empire byzantin.
  15. Al-Ashram, « le nez fendu » : le surnom d'Abraha. La Sira raconte qu'il fut blessé au visage (sourcil, nez, œil et lèvre) lors d'un duel contre Aryât, qui commandait alors les Abyssins au Yémen.
  16. Aïcha est la fille d'Abou Bakr, compagnon du Prophète, et deviendra l'épouse du Prophète.
  17. Al-Farazdaq est un grand poète de l'époque omeyyade, mort vers 730. Al-Hajjâj ibn Yûsuf était le gouverneur de l'Irak pour les califes omeyyades ; il est mort en 714. Sulaymân ibn ʿAbd al-Malik a été calife de 715 à 717.

D'après la Sira d'Ibn Hisham (chapitres « L'affaire de l'Éléphant et l'histoire des reporteurs des mois » et « Ce qui a été dit en vers sur l'Éléphant »), elle-même tirée de la biographie d'Ibn Ishaq. Récit adapté en français moderne : les chaînes de transmission et les généalogies ont été retirées, les poèmes sont résumés ; aucun fait n'a été ajouté au récit. Les citations du Coran sont des traductions du sens du texte arabe. Les notes, de la rédaction, donnent le contexte.

Image de couverture : la Kaaba vers 1880, photographie de Muhammad Sadiq Bey (Khalili Collections, CC BY-SA 3.0), adaptée par Oumma.

La Sira du Prophète Mohamed

Épisode 1 sur 134

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    Par Eric Geoffroy · 15 mai 2026

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    1. lun. 23 nov.Jours blancs13, 14 et 15 joumada ath-thania, jeûne recommandéJ-15
    2. mar. 5 janv.Isra et Mi'rajnuit du voyage nocturne, 27 rajabJ-58
    3. sam. 23 janv.Nuit du 15 chaabanenuit du milieu de chaabane, la veille au soirJ-76
    4. lun. 8 févr.Début du Ramadan1er ramadan, premier jour de jeûneJ-92
    5. sam. 6 marsNuit du Destinnuit du 26 au 27 ramadan, la veille au soirJ-118

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    mar. 9 marsAïd el-Fitr1er chawwal, fin du RamadanJ-121
  • ven. 7 maiDix premiers jours de dhou al-hijja1er dhou al-hijja, début du mois du pèlerinageJ-180
  • ven. 14 maiDébut du hajj8 dhou al-hijja, premier jour du pèlerinage (jour de tarwiya)J-187
  • sam. 15 maiJour d'Arafat9 dhou al-hijja, jeûne recommandéJ-188
  • dim. 16 maiAïd el-Kébir (Aïd al-Adha)10 dhou al-hijja, fête du sacrificeJ-189
  • dim. 6 juinNouvel an hégirien1er mouharramJ-210
  • mar. 15 juinAchoura10 mouharramJ-219
  • Calendrier Umm al-Qura, à un jour près selon l’observation du croissant. Tout le calendrier

    Le prénom du jour

    ابْتِهَال

    Ibtihel

    Fille · origine arabe

    « Supplication fervente » : ibtihâl, nom verbal arabe qui désigne l'invocation d'Allah avec humilité et insistance.

    Lire la ficheTous les prénoms