La contraception est-elle permise en islam ? Ce que disent les hadiths sur le 'azl
Le Coran ne parle pas directement de contraception. La question s'est posée à travers le 'azl, le retrait de l'homme avant l'éjaculation, seule méthode connue à l'époque.
Jâbir ibn 'Abd Allâh rapporte : « Nous pratiquions le 'azl du vivant du Messager de Dieu, alors que le Coran était révélé » (Bukhârî, n° 5208). Dans la version de Muslim, il ajoute : « Cela parvint au Prophète, et il ne nous l'interdit pas. »
D'autres récits nuancent. Interrogé par Abû Sa'îd al-Khudrî, le Prophète répond : « Vous faites cela ? Aucune âme destinée à exister jusqu'au Jour de la Résurrection ne manquera d'exister » (Bukhârî, n° 5210). Il ne l'interdit pas, mais rappelle que la naissance d'un enfant relève du décret divin (qadar). Chez Muslim, un compagnon explique qu'il ne veut pas que sa femme, qui allaite, retombe enceinte. Abû Dâwûd rapporte qu'il a démenti ceux qui comparaient le 'azl à un infanticide (n° 2171), alors qu'un hadith de Judâma bint Wahb, chez Muslim, le qualifie d'« infanticide caché ».
De ces textes, la majorité des savants ont conclu que le 'azl est permis, certains le jugeant seulement makrûh (déconseillé). L'Andalou Ibn Hazm l'a interdit. Une condition revient chez les malikites : l'imam Mâlik précise dans le Muwatta' que l'homme ne pratique pas le 'azl avec son épouse sans son accord (n° 1262).
Pilule, stérilet, préservatif : quelle contraception est permise ?
Les savants contemporains raisonnent par analogie avec le 'azl. Un entretien publié par Oumma, « La sexualité en islam a une portée spirituelle », le résume : aucun texte n'interdit d'espacer les naissances ou d'en limiter le nombre, et la grande majorité des juristes admettent la contraception temporaire, par exemple quand des grossesses trop rapprochées empêchent d'élever correctement ses enfants.
Trois conditions reviennent. D'abord, l'accord du couple : le médecin Abdallah Thomas Milcent rappelait dans sa réponse sur l'IVG qu'un époux ne peut décider seul de ne pas avoir d'enfants, puisque la descendance fait partie des buts du mariage. Ensuite, l'absence de danger pour la santé. Enfin, le caractère réversible : la stérilisation définitive sans raison médicale est refusée par la plupart des savants.
Le stérilet fait davantage débat. Selon son type, il peut aussi empêcher l'implantation d'un œuf déjà fécondé. Le Dr Milcent proposait une gradation : les méthodes qui empêchent la fécondation sont moins discutées que celles qui agissent après elle. Beaucoup de savants l'autorisent néanmoins.
Le choix de la méthode relève du médecin ou de la sage-femme. Oumma a diffusé les explications de la gynécologue Rabab Mosbah sur les différentes méthodes contraceptives, et rapporté l'expérience australienne d'ateliers de santé reproductive organisés dans des mosquées.
Les étapes de la grossesse dans le Coran et la Sunna : pourquoi 40 et 120 jours ?
Le Coran décrit la formation de l'être humain par étapes : goutte de sperme, adhérence, embryon, os revêtus de chair, puis « une tout autre création » (sourate 23, versets 13 et 14).
Un hadith précise la durée de ces étapes. 'Abd Allâh ibn Mas'ûd rapporte que le Prophète a dit : la création de chacun se fait dans le ventre de sa mère pendant quarante jours, puis l'embryon devient une adhérence pendant une durée semblable, puis un morceau de chair pendant une durée semblable ; ensuite un ange est envoyé, qui inscrit sa subsistance, son terme, ses actes et son destin, puis l'âme (rûh) lui est insufflée (Bukhârî, n° 3208 ; c'est aussi le quatrième des Quarante hadiths de Nawawî). D'où le seuil de 120 jours, retenu par la plupart des juristes comme moment de l'insufflation de l'âme.
Un autre hadith, rapporté par Hudhayfa ibn Asîd chez Muslim, situe l'intervention de l'ange après quarante nuits, quand il donne forme à l'embryon. D'où un second seuil, celui de 40 jours.
Ces textes ne disent pas, à eux seuls, ce qui est permis. Ils ont permis aux juristes de distinguer des degrés : un embryon de quelques jours n'a pas le même statut qu'un fœtus de cinq mois. Mais le fœtus a une valeur dès avant la naissance : le Prophète a fixé une compensation (ghurra) pour une femme qui avait perdu son enfant à la suite d'un coup (Bukhârî, n° 6904).

L'avortement en islam : les avis des écoles selon le stade de la grossesse
Après 120 jours, les savants des quatre écoles s'accordent : avorter un fœtus qui a reçu l'âme revient à ôter une vie, ce que le Coran interdit (« Ne tuez qu'en toute justice la vie qu'Allah a fait sacrée », sourate 6, verset 151). La seule exception largement admise est le danger pour la vie de la mère, attesté par des médecins.
Avant 120 jours, les avis divergent, et parfois au sein d'une même école. Selon les présentations classiques du fiqh, l'avis dominant de l'école malikite interdit l'avortement dès que la semence est fixée dans l'utérus, certains malikites le tenant seulement pour déconseillé dans les quarante premiers jours.
Des juristes de l'école hanafite le permettent avant 120 jours pour un motif sérieux, d'autres le jugent déconseillé sans excuse ; c'est l'avis que présentait le Dr Milcent dans son article sur l'IVG. Chez les chaféites, les avis sont partagés : certains tolèrent l'avortement dans les premières semaines, tandis que Ghazâlî le condamne dès la conception, la faute devenant plus grave à chaque étape. Chez les hanbalites, un avis répandu admet l'interruption dans les quarante premiers jours.
Les institutions contemporaines sont souvent plus strictes. Dâr al-Iftâ' d'Égypte considère l'avortement comme interdit avant comme après l'insufflation de l'âme, sauf nécessité médicale reconnue par un médecin digne de confiance.
Un verset revient dans ces débats : « Ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté » (sourate 17, verset 31). Chaque situation se discute avec un savant de confiance : cette page n'est pas une fatwa.
Malformation, viol, danger pour la mère : les cas difficiles
Le danger pour la mère. C'est le cas le plus consensuel. Les juristes appliquent la règle du moindre mal : la vie de la mère, déjà présente et qui a des responsabilités, passe avant celle du fœtus.
La malformation grave. En 1990, l'Académie de jurisprudence islamique de la Ligue islamique mondiale a admis l'avortement avant 120 jours lorsqu'une commission de médecins spécialistes établit, examens à l'appui, que le fœtus est atteint d'une malformation grave et incurable, et que les parents le demandent. D'autres instances, comme Dâr al-Iftâ' d'Égypte, refusent la malformation comme motif. Pour la trisomie 21, qui n'empêche pas la vie, beaucoup de savants ne la rangent pas parmi les malformations « incurables » qui justifieraient l'avortement ; d'autres laissent la décision aux parents dans le délai des 120 jours. La réponse dépend du diagnostic : elle se prépare avec l'équipe médicale et un imam.
Le viol et l'inceste. Les savants contemporains sont partagés. Certains, s'appuyant sur l'avis hanafite, admettent l'interruption dans les premières semaines ; d'autres la refusent. Le Dr Milcent, interrogé sur le cas d'une femme violée, reconnaissait honnêtement ne pas avoir de réponse définitive. Au Maroc, Oumma a rendu compte du débat sur la légalisation de l'avortement « dans des cas extrêmes », viol, inceste et malformation, et en Algérie des avortements clandestins pratiqués faute de cadre.
Dans tous ces cas, un avis religieux ne remplace ni l'avis médical, ni l'écoute.

Que dit la loi française sur la contraception et l'IVG ?
En France, l'article L2212-1 du Code de la santé publique dispose que la femme enceinte qui ne veut pas poursuivre sa grossesse peut en demander l'interruption à un médecin ou à une sage-femme, avant la fin de la quatorzième semaine de grossesse (soit seize semaines après le début des dernières règles). L'IVG médicamenteuse se pratique jusqu'à la septième semaine (service-public.fr). L'IVG est prise en charge à 100 %, y compris pour les mineures.
L'interruption pour motif médical relève d'un autre article (L2213-1). Elle peut avoir lieu à tout moment si deux médecins d'une équipe pluridisciplinaire attestent que la grossesse met en péril grave la santé de la femme, ou qu'il existe une forte probabilité que l'enfant soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable. Depuis la loi constitutionnelle du 8 mars 2024, l'article 34 de la Constitution mentionne la « liberté garantie à la femme » d'avoir recours à une IVG.
La loi dit ce qui est autorisé, pas ce qui est religieusement recommandé. Le délai légal de quatorze semaines correspond à une centaine de jours après la conception : il se situe en deçà du seuil de 120 jours, mais au-delà des quarante premiers jours retenus par plusieurs écoles. Une femme peut demander conseil à un médecin, à une sage-femme ou à un centre de santé sexuelle en toute confidentialité.
Après un avortement : regrets, pardon et prière
Dieu pardonne-t-il un avortement ? Le Coran répond par l'espoir : « Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d'Allah. Car Allah pardonne tous les péchés » (sourate 39, verset 53). Le repentir sincère (tawba) consiste à regretter, à demander pardon (istighfâr) et à se tourner vers le bien.
Certains juristes évoquent, lorsqu'un avortement a eu lieu à un stade avancé, une compensation ou une expiation inspirées du jugement prophétique sur la ghurra. Les avis divergent : la question se pose à un imam de confiance plutôt que de se trancher seule, dans l'angoisse.
Sur le plan rituel, la question de la prière dépend du stade. Si l'embryon avait déjà une forme humaine reconnaissable, la majorité des savants considèrent les saignements qui suivent comme des lochies (nifâs) : la femme suspend la prière, puis fait le ghusl quand ils cessent. Si la grossesse était très précoce, ces saignements ne sont pas des lochies selon l'avis le plus répandu, et la femme continue de prier.
Enfin, une grossesse interrompue, volontairement ou non, peut laisser une trace durable. Parler à un médecin, à un psychologue ou à une personne de confiance n'est pas un manque de foi. Voir aussi la page naissance et prénoms.










