Au sommaire aujourd'hui d'OummaTV, une intervention d'Eric Geoffroy qui évoque le pluralisme religieux dans le Coran. L'islam considère en effet la diversité des peuples et des religions comme l'expression de la Sagesse divine.
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2 juin 2010 à 12 h 00
Au sommaire aujourd'hui d'OummaTV, une intervention d'Eric Geoffroy qui évoque le pluralisme religieux dans le Coran. L'islam considère en effet la diversité des peuples et des religions comme l'expression de la Sagesse divine.
Transcription intégrale de la vidéo
L'islam est sans doute, dans ses fondements premiers et historiques, la seule religion qui ait conçu un pluralisme religieux au sein même de ses textes scripturaires, c'est-à-dire le Coran et la tradition prophétique.
Tout cela est inscrit profondément dans le Coran. Selon le texte coranique, nous devons reconnaître les prophètes antérieurs, les religions révélées antérieurement et les textes révélés antérieurement.
Ce sont des choses bien connues, même si souvent, je pense, les musulmans ne vont pas à fond dans cet universalisme du message islamique. Il se trouve que les soufis, en tous les cas pour certains d'entre eux, ont exploré cette dimension, notamment celle de Din al-Qayyim, c'est-à-dire la religion immuable. Selon l'islam, la religion avec un grand R est la religion d'Adam, premier homme et premier prophète.
Toutes les religions historiques sont apparues dans le temps, dont l'islam en dernier lieu pour cette humanité, pour rectifier à chaque fois le chemin. Si le Prophète a dit qu'il y a eu 124 000 prophètes envoyés à l'humanité, c'est évidemment parce que, à chaque fois, l'humanité devait être remise sur les bons rails.
Le pluralisme religieux dans le Coran est une évidence pour qui le lit bien. Au niveau de la sainteté, c'est-à-dire au niveau du soufisme, les soufis vont intérioriser ce pluralisme religieux en termes d'héritage prophétique. Certains saints musulmans sont des héritiers. Ils sont tous, bien sûr et de manière évidente, des héritiers muhammadiens, cela va de soi. Mais ils sont également les héritiers d'autres prophètes antérieurs à Muhammad, alayhi salat wa salam : Seydina Aïssa (Jésus), qui a un rôle important, Seydina Moussa (Moïse), Seydina Ibrahim (Abraham) et d'autres prophètes. Ce sont là des prophètes majeurs dans l'économie islamique.
Les saints musulmans passent par leur modèle. Tel saint dira : « Je suis dans le moule abrahamique, je suis dans le moule christique. » Cela se traduit même sur leur comportement humain. On ne peut pas détailler ici, mais des livres existent sur ce sujet un peu délicat, certes, mais très important. Cet héritage prophétique christique, mosaïque (de Moïse) et autres passe toujours par ce que l'on appelle la sphère muhammadienne, qui est globalisante.
Les soufis ont également été loin dans ce pluralisme religieux. Ils ont approfondi ces termes coraniques en parlant d'unicité transcendante des religions, en arabe wahdat al-adyan.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela ne signifie pas du tout du syncrétisme. Lorsque chacun chemine dans sa propre tradition spirituelle, plus il progresse, plus il se purifie et plus il se réalise sur le plan spirituel, plus il réalise que Dieu n'a pas révélé en vain autant de religions et de traditions spirituelles. Il y a là une hikma, une sagesse profonde.
Maintenant, qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce à dire que chaque religion est égale et aussi valable qu'une autre ? Est-ce à dire que l'islam, bien que révélé en dernier lieu, n'est pas plus valable qu'une autre religion ? C'est une question qui a été souvent débattue. La plupart des musulmans et des soufis répondent que non : l'islam est arrivé en dernier lieu, pour une raison cyclique bien sûr. Il n'empêche que le musulman, tout comme le soufi, doit reconnaître que Dieu a été infiniment miséricordieux en révélant plusieurs lois et en envoyant beaucoup de prophètes, et que cela relève encore d'une miséricorde pour l'humanité.
C'est là la connaissance qu'en ont les soufis. Je parle bien des soufis qui se situent dans un cadre islamique orthodoxe, en pratiquant les cinq piliers. Cela ne les empêche pas d'avoir une vision universelle : la sainteté existe évidemment en islam et dans le soufisme, mais elle existe aussi, qu'on le veuille ou non, dans le christianisme, dans le judaïsme, dans le bouddhisme, dans l'hindouisme. Il faut reconnaître que c'est un effet de la sagesse divine que d'avoir multiplié les rayons de la baraka. Même si l'islam, venant après comme une cerise sur le gâteau, procure une initiation et une vie spirituelle très fortes, peut-on pour autant juger les autres spiritualités ? Moi, je ne le fais pas.
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