Chronique “Sagesses d’islam“, avec Slimane Rezki
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20 avril 2018 à 12 h 00
Chronique “Sagesses d’islam“, avec Slimane Rezki
Transcription intégrale de la vidéo
Chers amis auditeurs et téléspectateurs, je suis content de vous retrouver sur Oumma TV dans la chronique Sagesses d'Islam, à travers laquelle, aujourd'hui encore, nous allons parler de ce grand saint médiéval du IXe siècle, Tayfur Abû Yazîd al-Bistâmî, originaire de Bastam à l'est de la Perse, près de Nishapur dans le Khorassan.
Il s'agit d'une sagesse traduite par Abdelwahab Meddeb dans son livre Les Dits de Bistami, dans laquelle il dit : « Rien de surprenant à ce que je t'aime, moi pauvre serviteur, mais il est étonnant que toi-même, toi le Souverain tout-puissant. » Et ce bismillah ar-rahmani ar-rahim, wa salatu wa salamu 'ala al-mustafa al-mukhtar sayyidina Muhammad salallahu 'alayhi wa sallam.
C'est une des paroles que j'affectionne en particulier, car c'est l'être humain, le serviteur qu'il était lui-même, qui s'exprime. Quand, dans un cheminement et une quête spirituelle, on prend conscience de la grandeur divine, de très nombreuses choses se passent dans notre existence. Nos vies changent et nous avons des prises de conscience successives.
Dans ce rapport à Dieu, on prend conscience du lien qui vient de s'établir : plus on avance dans cette quête spirituelle et plus on monte dans les étapes, plus l'ego devient diaphane, se soumet et disparaît, puisqu'il est le voile dont on parlait dans la sagesse précédente. Ce rapport nous donne alors une connaissance de Dieu beaucoup plus réelle que celle qui était uniquement conjecturale.
Dans cette sagesse, il y a cette prise de conscience lorsqu'il dit : finalement, rien de surprenant à ce que je t'aime, moi pauvre serviteur dans le besoin, être faible. Dans le Coran, Allah dit en effet : « inna khalaqna al-insana da'ifa », l'être humain a été créé faible. Il ne faut jamais oublier que la faiblesse est notre nature foncière et que, même initiés, nous restons faibles.
Moi qui suis faible, avec toute la dépendance que je peux avoir envers toi, alors que toi, Seigneur, tu n'as aucune dépendance à mon égard, je t'aime. En soi, c'est normal, parce que je peux aussi t'aimer par besoin. Mais il ajoute que le plus surprenant, c'est que toi, Seigneur, tu aimes, alors que tu es le souverain suprême, le Tout-Puissant, que tu es indépendant et n'as besoin de rien ni de personne.
Dans ce rapport d'amour réciproque, pourquoi m'aimes-tu ? Pourquoi aimes-tu un serviteur aussi faible que moi ? J'ai des raisons de t'aimer, mais toi, pourquoi m'aimes-tu ? C'est là que l'on voit la grandeur et la manifestation de la majesté divine, de cette miséricorde sans fin : Il aime sans raison, Il aime sans pourquoi, de façon complètement désintéressée.
Si l'on comprend bien la démarche initiatique demandée dans le Coran, il s'agit pour nous aussi, serviteurs, d'être capables d'aimer Allah pour Allah, et non plus uniquement par besoin et pour ses cadeaux. De toute façon, quand on l'aime pour sa face, les cadeaux, le paradis et tout ce qui va avec sont acquis.
Il s'agit de dépasser ce stade et de faire la différence entre les gens de la droite (ashab al-maymana) et les proches de Dieu, les prédécesseurs : « as-sabiquna as-sabiqun, ula'ika al-muqarrabun », ceux qui aiment Allah pour sa face (yuriduna wajha Allah). Ils l'aiment de façon complètement désintéressée. « Wa la nuridu minkum jaza'an wa la shukura », c'est-à-dire que l'on n'attend ni merci, ni récompense, ni salaire. On le fait pour la face de Dieu et uniquement par amour de Dieu (wa nut'imukum li wajhi Allah, li hubbi Allah).
C'est à cela que nous appelle cette sagesse, car c'est ainsi qu'Allah nous aime. Il nous est dit que certains serviteurs entreront au paradis sans jugement, sans compte, sans balance, sans estimation. Une sagesse nous enseigne que ces personnes sont celles qui n'auront pas non plus compté avec Dieu, qui se seront données totalement, sans aucun intérêt. Je ne fais pas cela pour des hassanates, pour un paradis, pour de belles petites vierges, pour des fleuves ou pour des fruits : je fais cela pour Allah, mon Dieu ; fais ce que tu veux de moi, de toute façon, je t'aime.
Pour conclure, cela me rappelle cette histoire rapportée par Farid al-Din Attar au sujet d'un homme à qui l'on vient annoncer : hier soir, en rêve, il m'a été dit que tu ferais partie des gens de l'enfer. Cet homme, éperdument amoureux du divin, lui répond : est-ce que Dieu est partout ? Car dans le Coran, Il dit : « Inna Allaha ma'akum aynama kuntum », Dieu est avec vous où que vous soyez.
La personne qui affirme avoir rêvé de lui répondoui, bien sûr, Allah est partout, Il n'est pas réductible à un endroit ou à une condition. L'homme lui demande alors : s'Il est partout, sera-t-Il aussi en enfer ? L'autre lui dit oui. Il lui répond : alors cela me va. Tant que je suis avec Dieu, c'est cela qui m'intéresse, non pas le paradis ou l'enfer, mais Dieu.
On voit ici que l'on se situe dans une troisième dimension, qui dépasse celle de la crainte et de l'espoir : celle de l'amour pur. C'est à cet amour que le Prophète, par son exemple, nous a appelés toute sa vie, et c'est de cet amour dont parlait Abû Yazîd al-Bistâmî dans cette sagesse.
Qu'Allah nous accorde de réaliser cet amour infini, désintéressé, total, inconditionné et absolu dans notre vie, afin de le rencontrer auprès de l'Élu, sayyidina Muhammad salallahu 'alayhi wa sallam.
Merci beaucoup. Au plaisir de vous retrouver très bientôt dans les Sagesses d'Islam.
Salam aleykoum.
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