Comment bien se concentrer durant la prière ? Le Cheikh Tahar Mahdi répond à cette interrogation. Docteur en civilisation et en langue arabe, il est également détenteur d'un diplôme en charia'a de la prestigieuse université de Damas.
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23 février 2012 à 12 h 00
Comment bien se concentrer durant la prière ? Le Cheikh Tahar Mahdi répond à cette interrogation. Docteur en civilisation et en langue arabe, il est également détenteur d'un diplôme en charia'a de la prestigieuse université de Damas.
Transcription intégrale de la vidéo
Cette vidéo vous est proposée par les sauces Nawhal's.
Cheikh Tahar MahdiBismi Allāhi ar-Raḥmāni ar-Raḥīm. Al-ḥamdu li-llāh wa-ṣ-ṣalātu wa-s-salāmu 'alā rasūli-llāh.
Nous allons parler de la prière dans son sens étymologique et conventionnel. En effet, la prière est l'un des piliers les plus importants de l'islam et où il est mentionné dans plusieurs hadiths. Parmi ces hadiths, nous avons le hadith d'Ibn 'Umar qui dit, l'islam est basé sur cinq piliers, il mentionne parmi ces cinq piliers la prière. Et le Coran parle de l'instauration de la prière : "Wa-aqīmu aṣ-ṣalāta wa-ātu az-zakāh". Donc, cet impératif divin dans le Coran qui nous dit : "Aqīmu aṣ-ṣalāh" signifie que la prière est obligatoire. Après, les détails, bien sûr, de la prière sont donnés par le Prophète.
Alors, la prière, donc, ce sont ses gestes précis, cette récitation spécifique à des horaires spécifiques, dans un endroit spécifique, vers une direction spécifique et avec une intention, surtout, spécifique. Donc ça, c'est la prière obligatoire. Bien sûr, il y a la prière surérogatoire qui n'est pas le sujet de notre discussion aujourd'hui.
Comment peut-on accomplir la prière en ayant le khushu', c'est-à-dire la concentration totale dans la prière ? Car une prière sans concentration, sans détente, est une prière vide de sens et n'a aucunement le rôle qui lui est assigné par les enseignements coraniques et par les orientations prophétiques.
Donc, il y a toute une préparation psychologique qui commence d'ailleurs par la formulation de l'intention bien avant la la prière, le commencement de la prière. Et cela se renforce, cette intention se renforce par l'accomplissement, bien sûr, de ce qu'on appelle al-wudū', les ablutions ordinaires. Et après, donc, quand on se met dans la prière, il faut, bien sûr, se représenter les détails de la prière pour ne pas se perdre et pour ne pas oublier ces éléments de la prière qui, lorsqu'on les oublie, on doit les accomplir et ou bien si on les oublie ou on ne les accomplit pas, on doit refaire notre prière. Bien sûr, là-dessus, il y a beaucoup de divergences entre les jurisconsultes musulmans.
Les savants nous disent que si on veut avoir un khushu' profond dans la prière, une concentration profonde dans la prière, il faut justement se représenter le sens que nous enseigne le mot "Allāhu Akbar". Parce que lorsqu'on dit "Allāhu Akbar", tous les savants appellent le takbīrat al-iḥrām, al-iḥrām, c'est-à-dire le début de la prière. Et le mot "Allāhu Akbar", c'est une relativisation de tout ce qui est dans ce bas monde, y compris l'être humain, et c'est l'absoluité absolue d'Allah Soubhanahou wa Ta'ala. C'est que Dieu est plus grand que tout. Et lorsque je dis "Allāhu Akbar", je sors de ce bas monde et je rentre dans l'au-delà, c'est-à-dire je rentre dans la présence divine. Et c'est cette proximité qui nous donne le khushu', la concentration dans la prière. Le Prophète (sallallāhu 'alayhi wa sallam) nous montre ce sens lorsqu'il nous dit : "Aṣ-ṣalātu min al-ākhirati, fa-idhā dakhala fīhā kharaja min ad-dunyā". La prière fait partie de l'au-delà ; lorsque tu y pénètres, tu sors de ce bas monde. Donc, on ne peut pas prier en réfléchissant, en restant rattaché à nos biens dans ce bas monde, à nos intérêts immédiats. Il faut absolument se projeter totalement dans la prière. Et le Prophète (sallallāhu 'alayhi wa sallam) nous a dit, justement pour renforcer ce khushu' : "An ta'buda Allāha ka-annaka tarāhu fa-in lam takun tarāhu fa-innahu yarāka". C'est d'adorer Dieu comme si tu le voyais car si tu ne le vois pas, lui, il te voit. Donc, avoir cette proximité divine et avoir cette présence divine en tête, dans le cœur et dans l'esprit.
Cela, c'est, en général, les quelques éléments qui nous permettent, bien sûr, d'être concentrés dans la prière. Et d'ailleurs, le Prophète (sallallāhu 'alayhi wa sallam) nous donne une autre un autre enseignement également qui montre que lorsqu'on est dans la prière, en fait, on est en train de parler à Dieu. On est et c'est un dialogue. Réciter le Coran dans la prière, c'est un dialogue, car après chaque récitation d'un verset, il y a une réponse de la part d'Allah. C'est le hadith rapporté par Muslim dans lequel le Prophète dit : "Lorsque le serviteur de Dieu dit : 'Bismi Allāhi ar-Raḥmāni ar-Raḥīm. Al-ḥamdu li-llāhi Rabbi l-'ālamīn. Ar-Raḥmāni ar-Raḥīm', lorsqu'il récite le début de la Fatiha, Dieu, gloire à Lui, dit à ses anges : 'Observez, mon serviteur pieux, il est en train de chanter ma gloire'." Et ainsi de suite, après chaque verset, la récitation de chaque verset, Dieu donc répond, et lorsque le fidèle arrive au verset qui constitue une invocation, une demande adressée à Dieu, eh bien quand le croyant dit : "Ihdinā aṣ-ṣirāṭa al-mustaqīm", guide-nous sur le chemin droit, eh bien Dieu, gloire à Lui, dit aux anges : "Soyez témoins que j'exauce la prière de mon serviteur. Soyez témoins que j'exauce la prière de mon serviteur". Donc, si on veut être concentré dans la prière, il faut se diriger totalement envers Dieu et lui parler car il nous parle également même si on l'entend pas avec les oreilles, mais on l'entend avec le cœur. C'est ce que disent les maîtres soufis lorsqu'ils parlent, bien sûr, de cette éducation spirituelle hautement entretenue par ces maîtres spirituels, c'est d'être constamment en présence d'Allah, et surtout lorsqu'on est dans la prière, on est avec Dieu dans un rendez-vous qui mérite qu'on s'y prépare.
Ça, c'est un point. Il faut se rappeler aussi que lorsqu'on prie, on doit aimer celui à qui on adresse notre culte, notre prière. "Qul inna ṣalātī wa-nusukī wa-maḥyāya wa-mamātī li-llāhi Rabbi l-'ālamīn". Dis que ma prière, mes rites, ma pratique, ma vie, ma mort est à Dieu et c'est Dieu seul qui les possède. Donc ça, c'est une dévotion totale envers Dieu.
Il faut se rappeler aussi que celui qu'on prie nous aime, car dans le Coran, Allah dit : "Yuḥibbuhum wa-yuḥibbūnahu". Il les aime, c'est-à-dire Dieu aime une catégorie de ses serviteurs. Qui sont ceux-là ? Ce sont ceux qui l'aiment également. Les serviteurs qui aiment leur Seigneur, leur Créateur, qui aiment Dieu, ils méritent l'amour de Dieu. Et d'ailleurs, Allah Soubhanahou wa Ta'ala, Dieu gloire à Lui, est jaloux qu'on aime quelqu'un d'autre plus que Lui car il le Prophète (sallallāhu 'alayhi wa sallam) nous a dit : "Qul in kuntum tuḥibbūna Allāha fa-ttabi'ūnī yuḥbibkumu Allāh". Si vous dites que vous aimez Dieu, eh bien suivez suivez mes orientations et Dieu vous aimera. Et dans un autre verset, Dieu dit, si vous aimez vos femmes, vos enfants, vos parents, votre négoce, vos biens de ce bas monde plus qu'Allah et son Prophète et l'effort consacré sur le chemin de Dieu, attendez l'avènement de l'ordre divin. Les savants ont interprété ce verset comme quoi qu'Allah Soubhanahou wa Ta'ala n'accepte pas qu'on aime une créature au-dessus de notre amour de Dieu, gloire à Lui.
Si on veut maintenant parler de la perfection de cette prière, comment la perfectionner ? J'ai dit, donc, ce côté qu'on a mentionné, c'est le côté du cœur, de l'âme, de l'esprit. Il est nécessaire, il est même à la base de la prière puisque quand on parle à quelqu'un, on doit absolument être à sa proximité, lui parler directement, être sincère, se préparer à sa rencontre comme il faut, surtout lorsqu'il s'agit de Dieu, gloire à Lui. Maintenant, Dieu nous a imposé une prière avec des éléments précis qu'il faut absolument accomplir. Et ces éléments se divisent en piliers, en obligations et en sunna, en pratiques prophétiques.
Alors, les savants nous disent, avec bien sûr toute la divergence qui qui est générée par cet élément de rectification de la prière, lorsqu'on oublie, par exemple, takbīrat al-iḥrām, lorsque je rentre directement dans la prière sans prononcer le takbīr, et je continue ma prière et je me rends compte, que ce soit à la fin de la prière ou après le salam de la prière, je me rends compte que j'ai oublié le takbīr qui est un pilier incontournable de la prière, à ce moment-là, je dois absolument refaire ma prière à zéro parce que je n'ai pas commencé la prière. Elle est elle est restée ouverte car le Prophète dit : "Aṣ-ṣalātu taḥrīmuhā at-takbīr wa-taḥlīluhā at-taslīm". Et si j'oublie, si je fais le takbīr, c'est pour ça les savants insistent sur le takbīr, mais j'oublie, par exemple, un autre élément, si par exemple, j'oublie une rak'ah, qu'elle soit la première ou la deuxième ou la troisième ou la quatrième si la prière est quadruple ou elle est triple ou elle est double seulement, eh bien la rak'ah que j'oublie, si je me rends compte encore pendant que je suis encore dans la prière, eh bien j'annule cette rak'ah ou je commence je considère que je viens de commencer la prière avec bien sûr la rak'ah dont je suis sûr que j'ai accomplie et je rajoute cette rak'ah là où je m'en rappelle, que ce soit au milieu ou à la fin. Mais après, je dois faire le sujud de sahw, le sujud de l'oubli justement pour combler ce vide pour rectifier cette prière. Ça, lorsque j'oublie une rak'ah entière. Pareil lorsque j'oublie deux, je les rajoute quand je me rappelle, bien sûr, tant que je suis dans la prière. Si je me rappelle qu'après la prière, eh bien je dois refaire absolument la prière.
Cela est facile lorsqu'il s'agit de rak'ah entière. La rak'ah, c'est le cycle entier qui compose la prière, parce qu'on a des prières qui contiennent deux cycles, deux rak'ah, d'autres qui contiennent trois rak'ah, trois cycles, d'autres qui contiennent quatre.
Et lorsqu'il s'agit d'un élément moins important qu'une rak'ah, par exemple un pilier ou une obligation, alors là, on a deux méthodes de rectification. Si je me rappelle de ce pilier ou cette obligation pendant que je suis encore dans la prière, eh bien je ramène cette obligation immédiatement et je termine ma prière et je fais le sujud de l'oubli. Mais si j'oublie cet élément qui est, par exemple, la récitation de la Fatiha ou le ruku', l'inclinaison, ou la prosternation ou le tachahhoud, si j'ai terminé la prière et je me suis rappelé que j'ai oublié ce pilier, eh bien à ce moment-là, je dois refaire également la prière parce que si un pilier ou une obligation manque à la prière, eh bien je ne peux pas considérer cette prière comme étant authentique. Mais si je me rappelle en étant encore assis, la position assise du salam, de la salutation, à ce moment-là, je peux me lever, ramener l'obligation ou le pilier que j'ai oublié et faire le salam et faire la prosternation et faire un autre salam. Voilà en résumé les les éléments de la rectification de la prière. C'est une opinion parmi des dizaines d'opinions. Il y a par exemple les autres écoles qui ont d'autres règles de rectification de la prière. Je vous ai donné le point commun. Alors la règle générale, et je termine par là, la règle générale, c'est lorsqu'on enlève, on retranche de la prière, eh bien on rajoute quand on se rappelle de ce qu'on a retranché, qu'il soit pilier, obligation ou rak'ah, on le rajoute et après on fait sujud avant le salam, et si on rajoute dans la prière, ça ne fait rien, on termine notre prière et on fait le sujud après le salam final. Wa-salāmu 'alaykum wa-raḥmatu-llāhi wa-barakātuh.
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