Cheikh Tahar MahdiBismillahi ar-Rahmani ar-Rahim, al-hamdu li-llahi wa as-salatu wa as-salamu 'ala rasulillah.
La question de la prière au travail est une question d'actualité et très importante. Elle met même les musulmans dans l'embarras, puisqu'ils n'arrivent pas à équilibrer entre une obligation religieuse qui est la prière et une obligation sociale qui est le travail. En islam, on doit savoir que le travail relève des obligations au même titre que les obligations individuelles comme la prière. La prière est une obligation individuelle, que l'on accomplit en groupe quand on a le temps, mais qui reste individuelle.
Le travail est une obligation communautairetoute la oumma doit se mettre au travail pour subvenir aux besoins de la société musulmane. C'est pour cela que l'islam fait du travail une obligation parfois même plus importante que les obligations religieuses.
L'équilibre entre travail et prière
À partir de cette optique, l'islam a donné des possibilités aux musulmans. Même au temps du Prophète, où ils étaient tous des travailleurs, des caravaniers, des gens qui travaillaient dans les champs ou des étudiants du Prophète, comme Abou Dharr, Abou Houreira, Abdallah ibn Mas'ud, Aïcha et les autres, l'islam leur a donné, en plus des obligations strictes (al-'aza'im) à accomplir dans des horaires précis, des exceptions, ce qu'on appelle les dérogations. Quand on se trouve dans un cas extraordinaire, inhabituel, on doit user de cette dérogation, justement pour être à l'aise avec la pratique des obligations religieuses comme la prière.
Nous savons bien que la prière est une obligation, et que dans l'islam, le travail est également une obligation. Allah ta'ala nous dit dans le Coran : « Wa quli' maloo fasayara Allahu 'amalakum » (« Dis : œuvrez, et Dieu verra vos œuvres, ainsi que le Prophète et les croyants »). Le Prophète et les croyants verront certainement les œuvres de cette dunya, les œuvres profanes dans ce bas monde, et non pas les œuvres religieuses, car les œuvres religieuses sont contemplées uniquement par Dieu, gloire à Lui.
Au niveau du statut, le travail et la prière sont donc à part égale. Ils ont le même statut, et on n'a pas le droit de faire l'une au détriment de l'autre. Il faut toujours chercher la réponse en islam.
Le principe de l'assemblage des prières
Nous avons cette dérogation qui est mentionnée par Abdallah ibn Abbas dans Sahih al-Bukhari, dans Sahih Muslim, dans Ibn Majah, Tirmidhi, Nasa'i, c'est-à-dire dans les livres de hadith, et que les compagnons ont pratiquée à grande échelle dans la société prophétique, qui est l'exemple pour nous.
Nous avons ce qu'on appelle l'assemblage des prières. Il y a aussi le raccourcissement des prières, mais cela ne concerne que le voyage. Pour l'assemblage des prières, lorsqu'on a un travail important, lorsqu'on habite un peu loin de la mosquée ou lorsqu'on a une tâche qu'on ne peut pas interrompre au milieu, on doit rassembler chaque deux prières ensemble et les accomplir de deux manières différentes.
Soit on rassemble au moment du dhuhr la prière de l'asr, c'est-à-dire qu'on fait dhuhr et qu'on y joint l'asr à l'heure du dhuhr. C'est l'assemblage par anticipation. Soit, si l'on n'a pas le temps au moment du dhuhr, on reporte dhuhr jusqu'à ce que l'heure de l'asr arrive, on fait d'abord dhuhr, puis l'asr à sa suite. On gagne ainsi du temps pour accomplir notre travail. Le principe est le même pour le maghreb et l'icha.
L'interdiction de reporter toutes les prières au soir
En ce qui concerne l'assemblage des quatre prières le soir, après le travail, je vous dis, chers frères et sœurs, que cela est hors norme. C'est absolument interdit en islam. L'islam a déjà apporté sa solution : c'est l'assemblage de deux prières ensemble, mais certainement pas de quatre prières ensemble.
Quand on est au travail et qu'on ne veut pas provoquer de problèmes, il ne faut pas agir ainsi, puisque le travail est aussi une 'ibada, une obligation. Le Prophète, que la prière et le salut de Dieu soient sur lui, a dit que les actes ne valent que par les intentions. Ayez une bonne intention en travaillant et vous serez récompensés pour chaque geste accompli au travail.
C'est pourquoi on doit prier à son aise. Qu'est-ce que cela signifie ? Si je ne peux pas prier debout, je prie assis dans mon bureau. Si je ne peux pas prier dans mon bureau, je sors dans le parking et je prie dehors pour ne pas gêner les gens. Si je ne peux pas prier dehors debout dans le parking, je peux entrer dans ma voiture et prier assis. À ce moment-là, il faut s'y préparer préalablement et avoir déjà ses ablutions.
Pendant la pause, on peut partager son temps entre le repos, la nourriture et la prière. Si l'on trouve le temps pour faire une pause et manger, on peut certainement économiser un peu de temps pour l'obligation religieuse, d'autant que la prière obligatoire, accomplie de manière parfaite, ne dépasse pas cinq minutes. Vous pouvez même la réduire à trois minutes, même s'il s'agit d'une prière de quatre unités. Vous faites donc votre prière selon la position qui vous est possible, qui est à votre portée. Mais ne la laissez pas jusqu'à la nuit pour rassembler dhuhr, asr, maghreb et icha : cela n'existe pas en islam. Certains savants ont même dit qu'aucune prière accomplie de cette manière ne sera acceptée par Dieu, parce qu'elle aura été accomplie en dehors des normes de l'islam.
Ne pas empiéter sur le temps de travail
Le travail est une obligation, c'est un droit et un devoir vis-à-vis de l'employeur, vis-à-vis de la société, ou vis-à-vis de l'État si l'on travaille pour l'État. On n'a pas le droit de voler du temps au travail pour prier, surtout pendant les heures de travail proprement dites.
Moi, je suis parmi les juristes (faqihs) qui disent qu'il est absolument interdit de prier pendant les heures de travail. On a seulement le droit de prier pendant le temps de pause, j'insiste là-dessus. Si l'on est surpris par un responsable de l'entreprise en train de prier et qu'il met la pression, on doit s'excuser, car sur le plan islamique et religieux, on a empiété sur les droits des autres. On n'a pas le droit de prendre du temps à l'entreprise alors que l'on est payé pour accomplir un certain nombre d'heures. On n'a pas le droit de détourner ce temps, cela est foncièrement anti-islamique.
Si vous me demandez si vous devez ne pas prier, je vous réponds que non : il y a toujours le système des dérogations. Vous pouvez prier. Ne mangez pas et priez pendant la pause. Pourquoi prier pendant les heures de travail ? Priez pendant la pause, et je pense que même votre employeur n'osera pas vous l'interdire. Soyez donc sages, et lorsque vous commettez une erreur à ce niveau, soyez intelligents et demandez pardon à vos responsables. C'est ainsi que vous donnerez une belle image de l'islam et de vous-mêmes.