Le sens de l'Aïd
Shakeel SiddiqBienvenue à tous et à toutes dans Islam aujourd'hui. On reçoit cheikh Zakaria Seddiki. Cheikh Zakaria, assalamu 'alaykum.
Zakaria Seddiki'Alaykum salam.
Shakeel SiddiqC'est la dernière émission pour ce mois de ramadan et nous allons parler de l'Aïd ainsi que de zakat al-fitr. Tout d'abord, première question : comment vit-on la fête de l'Aïd, s'il s'agit bien d'une fête ?
Zakaria SeddikiL'Aïd vient de la racine 'ayn, waw, dal en langue arabe, qui veut dire revenir de façon périodique à quelque chose. Puisque ce jour qui suit le jeûne du mois de ramadan revient chaque année, on l'appelle l'Aïd.
Ce jour a un sens joyeux. Le croyant, après avoir adoré Dieu par le jeûne, ce pilier de l'islam, exprime la joie d'avoir pu observer cet acte d'adoration. Il a exprimé sa soumission à Dieu par cette abstinence certes difficile, mais accomplie pour satisfaire son Créateur.
C'est pour cela que dans un hadith du Prophète, sallallahu 'alayhi wa sallam, il est dit clairement que le jeûneur a deux joies : lorsqu'il rompt son jeûne et lorsqu'il rencontre son Seigneur. L'Aïd est la première joie, et la prochaine, incha'Allah, aura lieu lorsqu'il rencontrera Dieu dans l'au-delà : il sera content de voir la récompense qu'Allah, subhanahu wa ta'ala, lui a réservée.
Shakeel SiddiqOn remarque que de nombreux musulmans fêtent l'Aïd un peu comme on pourrait fêter Noël. Qu'en est-il ? Est-ce bien de se regrouper en famille, de faire un repas, et de ne pas travailler ce jour-là ?
Zakaria SeddikiSe regrouper en famille ou entre amis est une chose vers laquelle l'islam appelle et qu'il met en avant.
Shakeel SiddiqTrès bien.
Zakaria SeddikiEn revanche, il n'y a rien de textuel à ma connaissance pour appeler les gens à ne pas travailler : il n'y a pas de textes disant que le jour de l'Aïd, il ne faut pas travailler. On peut décider de ne pas travailler pour se consacrer à la famille et fêter ensemble, mais à ma connaissance, ce n'est pas religieux.
Ce qu'il convient de faire ce jour-là, c'est la salat de l'Aïd, qui est une pratique cultuelle.
Shakeel SiddiqEst-ce qu'elle est obligatoire, d'ailleurs ?
Zakaria SeddikiLa majorité des savants pensent qu'elle n'est pas obligatoire. Elle est fortement recommandée. C'est l'expression de cette joie : on ne se réjouit pas dans le péché et la désobéissance, mais dans l'obéissance et l'adoration d'Allah. La fête en islam n'exclut pas l'adoration ; au contraire, elle inscrit davantage l'individu dans l'adoration de Dieu.
Les modalités de zakat al-fitr
Shakeel SiddiqConcernant zakat al-fitr, que l'on doit donner à la fin du ramadan, la plupart des juristes classiques considèrent qu'elle doit être donnée en nourriture. Qu'en est-il aujourd'hui ? Est-ce qu'on continue à la donner en nourriture ? Est-ce qu'on doit vraiment s'arrêter à cet avis ?
Zakaria SeddikiCela dépend des circonstances de chacun. Imaginons un commerçant qui possède un stock de blé ou de riz : il a le droit de le donner et c'est une bonne chose, cela fait un repas pour les pauvres, les SDF et autres. En ce jour de l'Aïd, comme le dit le Prophète, sallallahu 'alayhi wa sallam, on fait en sorte que le pauvre et le nécessiteux ne ressentent plus leur besoin. On va vers eux pour leur offrir un repas afin qu'ils puissent exprimer cette joie partagée par tout le monde.
Offrir un repas est plus convivial que donner de l'argent sans véritablement développer de lien avec l'autre. C'est le sens de l'opinion majoritaire des savants. Toutefois, lorsqu'on ne trouve personne à proximité ou lorsqu'on a du mal à préparer un repas ou à fournir des denrées de base, on peut compenser en espèces pour ceux qui le méritent, incha'Allah.
Shakeel SiddiqEn France, qu'est-ce que vous en pensez ? Dans notre contexte, est-ce préférable d'opter pour l'argent ou pour une invitation ?
Zakaria SeddikiSi l'on peut inviter, c'est l'idéal.
Shakeel SiddiqAu restaurant, par exemple ?
Zakaria SeddikiInviter quelqu'un à la maison, c'est convivial.
Shakeel SiddiqCe sont les liens de fraternité que l'on souhaite renforcer ?
Zakaria SeddikiBien sûr, et cela favorise aussi la circulation de ces denrées de base. L'inconvénient, lorsqu'un pauvre reçoit plusieurs repas ou une grande quantité de blé ou de riz, c'est qu'il risque de devoir les revendre pour avoir de l'argent. Ceux qui préconisent l'argent cherchent à lui éviter ce surplus de nourriture dont il n'a pas réellement besoin.
Shakeel SiddiqEn termes financiers, que représente cette somme actuellement ?
Zakaria SeddikiCe n'est pas une somme importante. C'est l'équivalent d'environ deux kilos et demi de blé ou de riz.
Shakeel SiddiqC'est ainsi que l'on mesure la somme ?
Zakaria SeddikiOui, à la base c'est le sa', qui correspond à 2,03, c'est-à-dire quatre mudd, quatre poignées.
Shakeel SiddiqDe blé ?
Zakaria SeddikiDe blé, d'orge ou de denrées de base. L'imam Chafii estimait par exemple qu'on pouvait donner du lait car c'est un aliment fondamental. Selon cette mesure du sa', on estime la valeur à environ sept dollars, 5 euros, quatre ou trois euros selon le marché, car le cours de ces produits varie.
Shakeel SiddiqCe qui permet à zakat al-fitr de s'adapter au contexte social du pays ou de la région.
Zakaria SeddikiOui, c'est cela.
Shakeel SiddiqD'accord.
Zakaria SeddikiTout le monde est concerné, car on l'appelle zakat al-badan : elle concerne les personnes et non les biens. Toute personne qui a de quoi se nourrir pour sa journée, qu'elle soit pauvre ou riche, se voit recommander, voire imposer, de la donner.
Qui donne et qui reçoit ?
Shakeel SiddiqD'accord. D'ailleurs, qui donne la zakat ? Est-ce toute personne qui jeûne ?
Zakaria SeddikiCe n'est pas lié au jeûneur. Même un enfant peut la donner s'il en a les moyens, car c'est une purification.
Shakeel SiddiqEt au sein de la famille ?
Zakaria SeddikiC'est le responsable de la famille selon le droit musulman qui s'en charge. Par exemple, le père la donne pour ses enfants et pour son épouse, pour les personnes sous sa tutelle.
Shakeel SiddiqD'accord. Pour un homme, sa femme et deux enfants, cela fait quatre zakat al-fitr à donner.
Zakaria SeddikiOui.
Shakeel SiddiqÀ qui la donne-t-on ? Est-ce obligatoirement à des musulmans ou peut-on la verser à un voisin qui ne partage pas cette confession ?
Zakaria SeddikiDonner zakat al-fitr à un non-musulman est une question débattue par les juristes. Ils ont majoritairement exclu cette possibilité parce qu'il s'agit d'un acte purement rituel. Ils préconisent d'entretenir la convivialité par d'autres moyens, car cette zakat relève d'un cadre cultuel qui ne dépend pas des règles sociales générales.
Elle a été prescrite pour exprimer la joie d'avoir jeûné et pour purifier les manquements commis pendant le jeûne. Étant le complément d'un acte cultuel, elle conserve ce caractère rituel. Cela n'empêche nullement de partager des repas et d'accueillir des non-musulmans autrement. Il est également possible, à mon avis, de donner zakat al-mal, la zakat annuelle, qui représente 2,5 % du patrimoine et s'avère bien plus conséquente, alors que zakat al-fitr demeure très symbolique.
Shakeel SiddiqPour préserver cette proximité et ces liens fraternels, est-ce que l'on peut transférer cette zakat à l'étranger ?
Zakaria SeddikiLes juristes indiquent qu'elle doit être distribuée dans l'entourage immédiat. On ne doit pas la transférer ailleurs tant qu'on n'a pas vérifié si des personnes autour de nous peuvent la recevoir.
Shakeel SiddiqÀ partir de quel moment doit-on la verser ?
Zakaria SeddikiDès les derniers jours du ramadan. Elle doit obligatoirement être donnée avant salat al-Aïd. Sinon, elle devient une simple sadaqa et non plus zakat al-fitr. L'idéal est de s'en acquitter durant les deux derniers jours du ramadan, pas avant.
Shakeel SiddiqMerci beaucoup, barakallahu fikum, cheikh Zakaria. Je vous souhaite à tous et à toutes un 'Aïd Mubarak, et vous dis à très bientôt dans Islam aujourd'hui. Assalamu 'alaykum wa rahmatullah.