Qu'est-ce que le mariage en islam ?
Le mot arabe nikâh désigne à la fois le contrat de mariage et l'union qu'il fonde. Ce n'est pas un sacrement : c'est un engagement pris devant Dieu et devant les hommes, que le Coran qualifie d'« engagement solennel » (sourate 4, verset 21). L'imam Ibrahim Halitim, de la Mosquée El Feth, rappelle dans sa réponse à une lectrice que le Coran n'emploie cette expression qu'à deux reprises : pour le mariage et pour l'alliance prise avec les prophètes.
Le Coran décrit le couple comme un signe de Dieu : « Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l'affection et de la bonté » (30:21). Le Prophète encourageait les jeunes à se marier : « Ô jeunes gens ! Celui d'entre vous qui peut se marier, qu'il se marie, car cela l'aide à baisser le regard et à préserver sa pudeur. Et celui qui ne peut pas, qu'il jeûne » (Al-Bukhârî, n° 5066). Il disait aussi : « Il n'y a rien de comparable au mariage pour deux personnes qui s'aiment » (Ibn Mâja, n° 1847).
Pour la majorité des juristes, le mariage est recommandé (sunna) pour qui en a les moyens. Il devient une obligation pour celui qui craint de tomber dans l'interdit, et il est déconseillé à celui qui sait qu'il ne pourra pas assumer ses devoirs envers son conjoint.
L'imam Azzedine Gaci regrette, dans une tribune récente, qu'on présente souvent le mariage aux jeunes comme une liste de droits et de devoirs. Il rappelle les trois mots du verset 21 de la sourate 30 : sakîna (l'apaisement), mawadda (l'affection) et rahma (la miséricorde). Le contrat donne le cadre ; la relation, elle, se construit chaque jour.
Les conditions de validité du mariage musulman
Le consentement des deux époux. C'est le cœur du contrat. Le Prophète a dit : « Une femme déjà mariée ne doit être donnée en mariage qu'après avoir été consultée, et une vierge qu'avec sa permission » ; on lui demanda comment une jeune fille timide donne son accord, il répondit : « Son silence » (Al-Bukhârî, n° 5136). Khansâ' bint Khidhâm, mariée par son père contre son gré, alla trouver le Prophète, qui annula ce mariage (Al-Bukhârî, n° 5138). Les juristes classiques ont pourtant divergé : les malikites et les chaféites reconnaissaient au père un « droit de contrainte » (ijbâr) sur sa fille vierge, en lui recommandant de la consulter, tandis que les hanafites exigent l'accord de toute femme majeure. La plupart des codes de la famille actuels exigent le consentement personnel, et la loi française est formelle : « Il n'y a pas de mariage, lorsqu'il n'y a point de consentement » (article 146 du Code civil). Un mariage forcé n'est donc ni islamique dans son esprit ni légal, comme le rappelait le théologien Mohsen Ismaïl dans une interview à Oumma.
Le tuteur (wali). Pour les malikites, les chaféites et les hanbalites, la femme est mariée par son tuteur, en général son père, en s'appuyant sur le hadith : « Il n'y a pas de mariage sans tuteur » (Abû Dâwûd, n° 2085). Les hanafites admettent que la femme majeure conclue elle-même son mariage. Le tuteur ne peut pas bloquer sans raison un mariage avec un homme convenable ; le juge peut alors le remplacer (Abû Dâwûd, n° 2083).
Les témoins. La majorité exige deux témoins musulmans au moment du contrat. Les malikites insistent surtout sur la publicité du mariage, qui doit être connu et annoncé. Un mariage tenu secret est réprouvé par toutes les écoles.
La dot (mahr) et l'absence d'empêchement complètent ces conditions. Le Coran énumère les personnes qu'on ne peut pas épouser, parents proches, parents de lait, belle-famille directe (4:23). Le mariage avec une personne d'une autre religion est traité sur la page Mariage et famille en islam.

La dot (mahr) : combien et pour qui ?
Le mahr est un bien que l'époux donne à son épouse. Le Coran le présente comme un don : « Et donnez aux épouses leur mahr, de bonne grâce » (4:4). Il appartient à la femme seule : ni son père ni son mari ne peuvent se l'approprier, et elle peut en faire ce qu'elle veut, y compris en rendre une part de son plein gré, comme le précise le même verset.
Les textes ne fixent pas de montant. Un compagnon qui n'avait rien reçut du Prophète ce conseil : « Cherche, même si c'est une bague en fer » ; ne trouvant rien, il fut marié « pour ce qu'il connaissait du Coran par cœur » (Al-Bukhârî, n° 5135). 'Abd ar-Rahmân ibn 'Awf donna le poids d'un noyau de datte en or (Al-Bukhârî, n° 5155). Les écoles ont discuté d'un minimum : un quart de dinar d'or pour les malikites, dix dirhams d'argent pour les hanafites, aucun seuil pour les chaféites et les hanbalites. Toutes recommandent la modération, car une dot excessive décourage les jeunes de se marier.
La dot peut être versée en une fois ou en deux parties : une part immédiate, remise au moment du mariage, et une part différée, due plus tard ou en cas de séparation ou de décès. Si le mariage est rompu avant d'avoir été consommé, l'épouse garde la moitié de la dot fixée (2:237).
Le trousseau, les cadeaux à la belle-famille ou le financement de la fête relèvent de la coutume, non de la religion. Dans son étude sur les épouses du Prophète, Tahar Gaïd rappelle que la dot est une condition du mariage en droit musulman ; elle n'est en rien le « prix » d'une femme, mais un gage de respect qui lui revient.

Le contrat de nikah, la cérémonie et la walima
Le contrat se conclut par une offre et une acceptation (îjâb et qabûl), en général prononcées par le tuteur de la mariée et par le marié, devant les témoins, après l'accord de la mariée. On fixe la dot, on récite souvent la Fâtiha et un sermon, puis l'assistance invoque Dieu pour les mariés. Aucune formule n'est imposée mot pour mot, et aucun lieu non plus : la mosquée n'est pas obligatoire. L'imam Ibrahim Halitim souligne que, hormis la lecture de la Fâtiha devant témoins, la forme des cérémonies relève surtout des coutumes nationales : procession, henné, trône de la mariée.
Le mariage doit être annoncé. Le Prophète a dit : « Ce qui distingue le licite de l'illicite, c'est le tambourin et la voix lors du mariage » (An-Nasâ'î, n° 3369). Il a aussi recommandé de voir celle qu'on veut épouser : « Regarde-la, car cela est plus à même de créer de l'affection entre vous » (An-Nasâ'î, n° 3235).
La walîma est le repas offert par le marié. Voyant 'Abd ar-Rahmân ibn 'Awf récemment marié, le Prophète lui dit : « Qu'Allah te bénisse : organise un repas de mariage, même si c'est avec un seul mouton » (Al-Bukhârî, n° 5155). Pour son propre mariage avec Safiyya, il fit étendre des nattes de cuir avec des dattes, du lait caillé séché et du beurre (Al-Bukhârî, n° 4213). La majorité des juristes y voit une sunna fortement recommandée, et il faut répondre à l'invitation (Al-Bukhârî, n° 5173). Un avertissement reste d'actualité : « Le pire des repas est celui d'un banquet de mariage où seuls les riches sont invités, tandis que les pauvres ne le sont pas » (Al-Bukhârî, n° 5177).
Pour les paroles à dire aux mariés, voir notre page félicitations de mariage en islam. Le henné des fiançailles a sa propre page : le henné en islam.

Mariage religieux et mariage civil en France
En France, seul le mariage célébré par l'officier de l'état civil, à la mairie, a une valeur légale (article 165 du Code civil). L'article 433-21 du Code pénal, consulté sur Légifrance, prévoit que tout ministre d'un culte qui procède « de manière habituelle » à des mariages religieux sans que lui ait été justifié l'acte de mariage civil est puni d'un an d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende. La plupart des mosquées demandent donc le livret de famille avant de célébrer un nikah, et délivrent ensuite un certificat de mariage religieux.
Les imams eux-mêmes insistent sur ce point. En 2019, le Conseil théologique des imams du Rhône a déclaré obligatoire de célébrer le mariage civil avant le mariage religieux, et proposé de faire les deux le même jour. Ces imams voyaient arriver des femmes mariées seulement religieusement, parfois abandonnées ou victimes de violences, sans aucun droit devant la justice et sans pouvoir se remarier tant que le mari refusait de prononcer le divorce.
Car un nikah sans mariage civil ne protège personne : pas de pension, pas de partage des biens, pas de droits de veuve ni d'héritage. Oumma a analysé le succès d'applications qui célèbrent des mariages religieux en ligne, sans valeur légale, et les inquiétudes qu'elles soulèvent pour la sécurité des femmes. Le même phénomène s'observe en Angleterre, où beaucoup de « mariages halal » ne sont pas reconnus par la loi.
Pour l'imam de la Mosquée El Feth, le nikah étant un contrat, c'est l'acte civil qui le valide en France. Avant de se marier, il est sage d'en parler à un imam de sa mosquée, et de se renseigner en mairie ou auprès d'un notaire sur le régime matrimonial. Pour les difficultés de la vie à deux, voir le couple en islam ; pour la séparation, le divorce en islam.

















